À l’ombre de Marrakech, la province d’El Kelâa des Sraghna a longtemps évolué dans une forme de discrétion territoriale. Proche d’un pôle touristique international, elle n’a pourtant pas pleinement capitalisé sur cette proximité. Réduite à une fonction de hinterland agricole ou à une destination d’escapade ponctuelle, elle dispose néanmoins de ressources bien plus riches qu’il n’y paraît — encore en attente d’une structuration cohérente.

La province est avant tout une terre d’oliviers. La culture oléicole y façonne les paysages, l’économie locale et les modes de vie. Pourtant, comme dans de nombreuses régions agricoles, la question n’est plus seulement celle de la production, mais de la valorisation. Transformation locale, labellisation, circuits courts, export structuré : autant de pistes encore partiellement exploitées.
Ce constat s’inscrit dans une problématique plus large : comment transformer une économie agricole traditionnelle en levier de développement territorial moderne, capable de générer davantage de valeur ajoutée et d’emplois durables.
Un patrimoine culturel discret mais réel
Au-delà de son identité agricole, El Kelâa des Sraghna possède un patrimoine culturel souvent sous-estimé. Les traditions orales, les pratiques artisanales, les moussems locaux ou encore certaines formes d’expressions artistiques rurales constituent un capital immatériel important.
Plusieurs événements culturels ponctuent déjà la vie locale — festivals de musique traditionnelle, célébrations liées aux récoltes, rencontres artisanales — mais ils restent encore peu visibles à l’échelle nationale. Leur structuration et leur mise en réseau pourraient pourtant contribuer à renforcer l’attractivité du territoire.
Dans un contexte où les voyageurs recherchent de plus en plus des expériences authentiques, ce type de patrimoine peut devenir un véritable atout. À condition, là encore, de dépasser le stade de l’initiative isolée pour construire une offre lisible et cohérente.




Le défi touristique : exister face à Marrakech
Le principal défi de la province reste son positionnement. Aujourd’hui, El Kelâa des Sraghna est largement perçue comme une extension rurale de Marrakech, davantage que comme une destination en soi. Cette situation limite mécaniquement sa capacité à capter des flux touristiques et des investissements.
L’enjeu n’est pas de rivaliser avec Marrakech, mais de se différencier. Là où la ville ocre propose une offre dense, urbaine et internationalisée, El Kelâa des Sraghna pourrait incarner une alternative fondée sur la ruralité, l’authenticité et la proximité avec les terroirs. C’est précisément dans cette logique que s’inscrit l’action du gouverneur Samir Lyazidi.
Un rôle d’impulsion plus que de rupture
À la tête de la province, le gouverneur Samir Lyazidi semble privilégier une approche progressive, centrée sur la structuration plutôt que sur des annonces spectaculaires. Son expérience dans d’autres territoires suggère une certaine prudence stratégique : consolider les bases avant d’ambitionner un repositionnement plus large.


Son action s’articule autour de leviers classiques mais essentiels : amélioration des infrastructures, accompagnement des acteurs économiques locaux, et amorce d’une réflexion sur l’identité territoriale.
Lors de rencontres locales, il insiste régulièrement sur cette nécessité de construction collective :
« Un territoire ne se transforme pas par décret. Il se construit dans la durée, avec ses acteurs, à partir de ses propres ressources. » Dans cette perspective, la notion de “marque territoriale” commence à émerger. L’objectif n’est pas uniquement économique, mais aussi symbolique : donner à la province une visibilité et une cohérence qui lui font encore défaut.
Vers une identité territoriale affirmée ?
Le projet, encore en construction, vise à faire d’El Kelâa des Sraghna autre chose qu’une destination secondaire. Cela suppose de connecter plusieurs dimensions : agriculture, culture, tourisme, mais aussi qualité de vie et attractivité résidentielle. Le gouverneur résume cet enjeu en ces termes :
« Nous ne voulons plus être seulement un territoire que l’on traverse ou que l’on visite en une journée. L’ambition est de devenir une destination à part entière, avec une identité claire et assumée. »
Cette ambition implique des choix structurants : quels projets prioritaires ? quels investissements ? quelle narration territoriale ? Et surtout, quelle capacité à mobiliser durablement les acteurs locaux autour d’une vision commune ?
Un moment charnière
El Kelâa des Sraghna se trouve aujourd’hui à un tournant. Elle dispose d’un socle économique réel, d’un patrimoine culturel exploitable et d’une volonté institutionnelle de faire évoluer son positionnement. Mais comme souvent dans ce type de configuration, le passage du potentiel à la réalisation dépendra de la cohérence et de la continuité de l’action publique.
Dans ce processus, le rôle du gouverneur apparaît moins comme celui d’un acteur providentiel que comme celui d’un chef d’orchestre. Sa capacité à structurer, à arbitrer et à maintenir une direction claire sera déterminante. Comme il le souligne lui-même : « Le développement durable d’un territoire repose moins sur des effets d’annonce que sur la constance, la cohérence et la confiance. »





