
Un drone ukrainien a frappé la raffinerie de pétrole de Kapotna le 18 juin 2026 au sud-est de Moscou.
Une note interne attribuée à Sberbank et révélée par des hackers envisage huit scénarios pour sortir de la guerre en Ukraine. Si la victoire totale de Moscou n’est créditée que de 7 % de chances, le scénario le plus probable serait celui d’un conflit gelé. Mais derrière ces projections apparaît surtout une conviction : le Kremlin peut encore poursuivre la guerre, mais il doit désormais jouer avec le temps, les réserves financières et la capacité de résistance de son économie. Une logique qui pourrait expliquer l’escalade militaire actuelle.
À la fin du mois d’août, un groupe de hackers baptisé « Black Mirror », en référence à la célèbre série américaine d’anticipation, a publié des captures d’écran d’une note interne retrouvée dans la correspondance électronique de German Gref, le patron de Sberbank, première banque de Russie. Le document, intitulé «Scénarios de sortie de guerre dans le conflit russo-ukrainien », daterait du mois d’avril. Plusieurs éléments ont retenu l’attention des journalistes qui ont examiné le document : certaines données correspondent notamment à des déclarations publiques antérieures de German Gref concernant les perspectives de l’économie russe. Ce qui rend la note tout à fait crédible et sans doute authentique. Le site Le Grand Continent en a publié l’intégralité.
Ce document est intéressant moins parce qu’il prédirait l’avenir que parce qu’il permet de comprendre la manière dont une partie des élites économiques russes envisage les différentes issues possibles de la guerre. Et cette lecture est particulièrement révélatrice. Sur les huit scénarios étudiés, une victoire totale de la Russie n’est créditée que de 7 % de chances de réalisation. À l’inverse, une paix correspondant aux intérêts de l’Europe et de l’Ukraine ne recueille que 2 %.Entre les deux se trouve une multitude de scénarios de gel, d’épuisement et de négociation. Mais une constante apparaît : le temps est devenu une arme.
7 % pour une victoire russe totale
Le premier scénario imagine une victoire complète de la Russie. Moscou contrôlerait alors la totalité des territoires revendiqués dans les oblasts de Donetsk et Louhansk, les villes de Zaporijjia et Kherson, ainsi que la région de Kharkiv. Mais les auteurs de la note identifient un problème essentiel : les effectifs de son armée. Pour parvenir à cette victoire, la Russie devrait procéder à une nouvelle mobilisation d’au moins 300 000 hommes. Les pertes seraient actuellement estimées à environ 25 à 30 000 soldats par mois, tandis que les quelque 80 000 contractuels recrutés chaque trimestre suffiraient à peine à compenser les pertes et les besoins en renforts.
Une nouvelle mobilisation constituerait donc une prise de risque considérable pour le Kremlin. Les files de voitures observées à la frontière géorgienne sont à cet égard un signal politique autant que militaire. Elles témoignent de la crainte d’une nouvelle mobilisation parmi une partie de la population susceptible d’être appelée et son désir d’y échapper.
Le pouvoir russe dément officiellement tout projet de mobilisation générale. Mais si celle-ci devenait nécessaire, le Kremlin devrait prendre le risque de voir sa population s’y refuser. Les primes d’engagement auraient fortement diminué ces dernièrs mois, lorsqu’elles sont effectivement versées. Après avoir utilisé l’argent pour attirer des volontaires ou des mercenaires étrangers (Africains, Coréens etc.), le système de recrutement militaire semble rencontrer les limites de son modèle. Et la Russie doit désormais faire face à une autre difficulté : l’Ukraine est capable de frapper loin derrière le front.
La profondeur russe n’est plus sanctuarisée
Les frappes ukrainiennes en profondeur contre les raffineries, les installations énergétiques, les sites militaires, les infrastructures logistiques et les centres de stockage constituent un obstacle majeur au scénario d’une victoire russe. L’objectif ukrainien est clair : rendre la guerre suffisamment coûteuse pour que la supériorité quantitative russe perde une partie de son efficacité.
Les drones ont changé la géographie du conflit. Le front ne constitue plus une frontière entre une zone de guerre et une zone arrière relativement protégée. Les raffineries russes, les dépôts de carburant, les centres logistiques ou les infrastructures militaires peuvent désormais être frappés à plusieurs centaines de kilomètres de la ligne de contact où une «kill zone» dominée par les drones limite la progression des troupes.
La Russie dispose certes de moyens considérables pour répondre à ces attaques. Mais elle est confrontée à une équation nouvelle : plus elle augmente son effort militaire, plus elle expose son économie à des attaques qui peuvent réduire ses recettes et augmenter ses dépenses. La note identifie pourtant un possible saut technologique susceptible de modifier radicalement cet équilibre : les essaims de drones coordonnés par l’intelligence artificielle.
Une telle innovation pourrait permettre à l’un des deux camps de saturer les défenses adverses et de concentrer ses forces sur deux ou trois axes de pénétration. Mais une révolution technologique de cette ampleur aurait elle aussi un prix. Pour Moscou, elle impliquerait une augmentation considérable des dépenses militaires, alors que le déficit budgétaire russe atteignait déjà 4 580 milliards de roubles au premier trimestre 2026. C’est ici que la guerre rejoint son autre champ de bataille : celui de l’économie.
La théorie des jeux contre la réalité du champ de bataille
Les auteurs de la note utilisent implicitement une logique classique de la théorie des jeux : dans une guerre d’attrition, le camp qui accepte de supporter les coûts les plus importants finit théoriquement par disposer d’un avantage. Mais cette théorie rencontre une limite fondamentale. Le camp qui est prêt à payer le plus cher n’est pas nécessairement celui qui est le plus riche. Et surtout, dans une guerre existentielle, celui qui défend son territoire, sa souveraineté et son identité peut être davantage motivé que celui qui cherche à conquérir. C’est le principal risque de la stratégie russe.
Moscou dispose de davantage de ressources que Kyiv. Mais l’Ukraine n’a pas besoin de gagner une guerre conventionnelle classique. Elle doit empêcher la Russie d’obtenir une victoire décisive et faire en sorte que le coût de la conquête augmente progressivement. C’est pourquoi la guerre d’usure pourrait se transformer en guerre d’épuisement économique.
12 % : le scénario d’un abandon occidental
Un deuxième scénario favorable à Moscou, crédité de 12 %, repose sur une hypothèse différente : non pas l’effondrement militaire de l’Ukraine, mais celui du soutien occidental. La Russie obtiendrait alors un gel des territoires conquis, sans traité formel, une levée partielle des sanctions et des garanties concernant la non-adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Ce scénario dépendrait moins de la capacité militaire russe que de la capacité de Moscou à attendre. Il suppose une lassitude croissante des opinions publiques occidentales, une crise énergétique, des difficultés économiques et une crise politique en Ukraine.
Il pourrait également être favorisé par des changements politiques en Europe, notamment si des partis hostiles au soutien militaire à Kyiv arrivaient au pouvoir dans des pays essentiels comme la France ou l’Allemagne. La guerre deviendrait alors un « jeu de la poule mouillée » : chaque camp tente de convaincre l’autre qu’il est prêt à aller plus loin et attend que son adversaire cède le premier. Pour Moscou, l’objectif serait de transformer la lassitude occidentale en avantage géopolitique.
32 % : le conflit gelé, scénario privilégié
C’est toutefois le troisième scénario qui apparaît comme le plus probable dans la note : 32 % pour un conflit gelé. L’hypothèse serait celle d’un accord négocié sous l’impulsion de Donald Trump, utilisant l’aide américaine — son arrêt comme son éventuel renforcement — comme moyen de pression simultané sur Moscou et Kyiv. Le front serait figé sur les lignes issues des combats.
La Russie conserverait les territoires qu’elle contrôle. Une partie des sanctions serait levée. L’Ukraine n’entrerait pas dans l’OTAN, mais chercherait à obtenir de Washington et des Européens des garanties de sécurité suffisamment solides pour empêcher une nouvelle offensive russe. La « coalition des volontaires », réunissant plusieurs dizaines d’États, pourrait jouer un rôle de maintien de la paix. A moins que des contingents «jugés neutres» d’Indiens ou de Turcs (bien que membres de l’OTAN) par exemple ne jouent ce rôle.
Ce scénario ressemble à une paix coréenne : pas véritablement de traité de paix, mais une ligne de démarcation, une interruption des combats et une confrontation appelée à durer. Pour Moscou, ce serait un succès politique : le Kremlin pourrait présenter à sa population le contrôle des territoires occupés comme l’aboutissement d’une guerre destinée à protéger les populations russophones et à faire reculer l’OTAN. Un narratif qui est bien entendu contredit par les bombardements de populations russophones à Marioupol ou Kharkiv notamment. Mais pour l’Ukraine et l’Europe, cette pause aurait une autre signification. Elle permettrait à Kyiv de se réarmer, de renforcer son intégration européenne et de reconstruire son économie militaire. L’Europe et l’OTAN disposeraient elles aussi du temps nécessaire pour reconstituer leurs arsenaux. Autrement dit, un gel de la guerre pourrait constituer une victoire tactique russe mais une défaite stratégique à plus long terme.
22 % : une guerre qui s’éteint sans véritable paix
Le quatrième scénario, évalué à 22 %, est celui d’un conflit qui s’éteint progressivement sans accord formel. Les combats diminueraient d’intensité. La ligne de front resterait stable. La guerre des drones continuerait, mais à un niveau inférieur. Ce scénario supposerait un épuisement mutuel. Pour la Russie, l’intérêt serait considérable : réduire les dépenses militaires et consacrer davantage de ressources à la reconstruction des territoires occupés et à l’économie intérieure. Pour l’Ukraine, ce serait le temps de la « patience stratégique ». Kyiv pourrait utiliser cette période pour accélérer son rapprochement avec l’Union européenne, moderniser son armée et renforcer son industrie de défense. Mais l’absence d’accord véritable rendrait cette paix extrêmement fragile. Une telle « armistice instable » pourrait simplement constituer une nouvelle étape avant une reprise des hostilités.
15 % : la guerre jusqu’aux dernières limites de l’économie
C’est le cinquième scénario qui mérite probablement le plus d’attention. Il ne prévoit ni victoire, ni véritable négociation, ni gel définitif. Il prévoit la poursuite de la guerre au niveau d’intensité actuel. Les pertes russes atteindraient entre 20 000 et 25 000 hommes par mois pour des gains territoriaux de seulement 100 à 200 mètres par jour. La guerre des drones continuerait à maintenir une zone de danger permanente sur le front tandis que les infrastructures seraient frappées dans la profondeur des deux pays. C’est une véritable stratégie d’épuisement.
Le principe est brutal : le premier qui s’épuise perd. Et c’est précisément ici que l’expression de « guerre jusqu’aux dernières limites de l’économie » prend tout son sens. La Russie accepterait de payer un prix humain et économique considérable pour continuer à avancer, même à un rythme extrêmement faible. Or cette stratégie intervient au moment où la progression russe sur le front est devenue particulièrement faible. La Russie n’aurait jamais aussi peu progressé depuis près de trois ans. La frustration militaire pourrait donc nourrir l’escalade.
Moscou augmente la pression parce que le temps lui est compté
Profitant des difficultés ukrainiennes en matière d’intercepteurs et de l’apparition de nouveaux drones à réaction, la Russie intensifie ses bombardements. Les grandes villes ukrainiennes sont frappées de jour comme de nuit. Les infrastructures énergétiques et militaires sont visées. Le nombre de victimes civiles augmente. La Russie cherche ainsi à obtenir par la puissance aérienne ce qu’elle ne parvient pas à obtenir rapidement sur le terrain.
Dans le même temps, Moscou poursuit une stratégie de pression hybride en Europe : cyberattaques, sabotages, provocations et opérations clandestines. L’objectif est de tester la résilience des sociétés occidentales et, surtout, de faire monter le coût politique du soutien à l’Ukraine. Cette stratégie correspond parfaitement à une guerre d’attrition : si la Russie ne peut pas briser l’Ukraine militairement, elle doit tenter de briser la coalition qui permet à l’Ukraine de continuer à combattre.
Le fonds souverain comme compte à rebours
L’effort militaire russe représente environ 130 milliards d‘euros par an, soit autour de 6 % du PIB selon les estimations évoquées dans la note. Et, parallèlement, les recettes énergétiques diminuent sous l’effet des sanctions et des frappes ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières. Le déficit budgétaire russe aurait déjà atteint environ 43 milliards d ‘euros au premier trimestre 2026. Le Kremlin peut encore financer la guerre. Mais il doit désormais financer une guerre qui réduit progressivement les capacités économiques qui permettent de la financer. C’est le paradoxe fondamental de cette stratégie.
La Russie dispose encore de réserves financières et peut émettre de la dette. Mais ces mécanismes ont leurs limites. Les réserves liquides du fonds souverain pourraient être fortement réduites, voire épuisées à la fin de l’année selon certaines projections. Parallèlement, l’émission d’obligations permet de financer le déficit, mais au prix d’un endettement croissant. Selon les hypothèses évoquées dans la note, la dette pourrait atteindre 35 à 40 % du PIB en 2028.
Ce niveau ne signifie pas en soi une faillite de l’État russe. Mais il traduit un changement fondamental : Moscou ne pourrait plus compter éternellement sur ses réserves pour financer l’effort de guerre. À cela s’ajoutent l’inflation, les taux d’intérêt élevés et la stagnation de l’activité civile. L’économie de guerre peut continuer à produire des missiles, des drones et des munitions tout en détruisant progressivement sa capacité à produire autre chose. C’est le coût caché de la guerre.
La Russie peut-elle encore tenir deux ans ?
Selon les sources ukrainiennes, l’économie russe pourrait encore supporter l’effort militaire pendant environ deux ans. Deux ans, dans une guerre d’attrition, représentent une durée considérable. Mais deux ans représentent également un horizon suffisamment court pour expliquer l’urgence du Kremlin. Si Moscou estime que sa situation économique se dégradera fortement à partir de 2027 ou 2028, il peut avoir intérêt à maximiser ses gains territoriaux avant que la fenêtre ne se referme. C’est peut-être là l’une des clés de l’escalade actuelle. La Russie ne chercherait pas nécessairement à gagner demain. Elle chercherait à gagner avant que son économie ne l’en empêche.
Et l’Ukraine ?
L’équation ukrainienne est évidemment différente. Kyiv dispose de beaucoup moins de ressources financières et démographiques. Ses difficultés de recrutement vont également s’accentuer. L’État ukrainien est déjà dans une logique de survie économique et dépend du soutien financier, militaire et industriel de ses alliés. Mais l’Ukraine dispose d’un avantage essentiel : elle n’a pas besoin de maintenir le même niveau de dépenses militaires que la Russie pour imposer des coûts considérables à son adversaire. Les drones, les frappes de précision et la guerre électronique permettent de transformer des moyens relativement limités en dégâts économiques importants. Les Ukrainiens se sont par ailleurs révélés innovants, réactifs afin de trouver des solutions à leur manque d’armement, en utilisant les drones, mais aussi les robots autonomes et l’intelligence artificielle.
L’Europe devient le troisième protagoniste
Tout cela explique pourquoi la guerre ne se joue plus seulement entre Moscou et Kyiv. Elle se joue également à Washington, Berlin, Paris, Bruxelles et dans les opinions publiques européennes. Si l’Europe continue d’augmenter son aide, Moscou devra supporter une guerre plus longue. Si l’Europe ralentit, la Russie pourra considérer que sa stratégie d’attrition fonctionne. Le réarmement européen change cependant progressivement cette équation. L’Europe augmente ses dépenses militaires, reconstitue ses stocks de munitions et développe ses propres capacités industrielles. Mais il lui faut du temps pour rattraper son retard. Notamment dans la production de drones et de munitions.
Mais ce réarmement intervient alors même que plusieurs pays européens sont confrontés à des élections où les partis d’extrême droite hostiles à la poursuite de l’aide à l’Ukraine pourraient progresser.Pour Moscou, l’attente devient donc une stratégie. Pour Vladimir Poutine, il ne suffit pas de vaincre l’armée ukrainienne : il faut attendre que les démocraties qui la soutiennent se lassent.
Les scénarios de rupture
Les derniers scénarios de la note sont moins probables mais plus spectaculaires. Une paix de compromis pourrait intervenir à la faveur d’un changement politique en Russie ou en Ukraine. Cela peut intervenir si Pékin estime que Poutine va trop loin et le pousse à négocier. Moscou pourrait alors accepter de restituer une partie des territoires conquis en échange de la reconnaissance de sa souveraineté sur la Crimée et sur une partie du Donbass. Pour Kyiv, cela constituerait une concession extrêmement douloureuse mais pourrait ouvrir la voie à une intégration européenne accélérée et à des garanties de sécurité.
Mais une paix correspondant aux conditions de l’Europe et de l’Ukraine n’obtient que 2 % pour les rédacteurs de la note. Elle supposerait une défaite stratégique russe, un retrait des territoires conquis, voire un retour aux frontières de 1991, l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et le versement de réparations. Cela suppose un effondrement économique russe, avec une contraction de 15 % du PIB, une inflation galopante et un défaut sur la dette extérieure. Ce serait l’équivalent, dans leur grille de lecture, d’un nouveau traumatisme, comme celui vécu par les Russes après la chute de l’Union Soviétique en 1991. Les analystes russes jugent bien sût cette hypothèse désagréable hautement improbable.
La désescalade par l’escalade
Il existe enfin des événements qui échappent à tous les modèles rationnels. Le recours à une arme nucléaire tactique en est un. La doctrine de « désescalade par l’escalade » défendue notamment par certains stratèges russes pousserait Moscou à envisager une frappe nucléaire limitée afin de contraindre l’Ukraine et ses alliés à négocier. Pour l’heure, Moscou s’est contenté de menacer d’un tel usage pour faire peur. Si la décision opérationnelle était effectives, cela provoquerait probablement une rupture majeure : isolement international accru de la Russie, de nouvelles sanctions à hauteur de celles imposées à la Corée du Nord et une possible riposte conventionnelle occidentale.
Un accident nucléaire constituerait un autre scénario de rupture. Une centrale touchée par des missiles ou un incident majeur pourrait provoquer une catastrophe dépassant largement les frontières du conflit avec un nuage radioactif qui contaminerait l’Ukraine mais aussi ses voisins, russes compris. Enfin, une innovation technologique majeure — notamment dans les drones autonomes, l’intelligence artificielle ou la défense antimissile — pourrait bouleverser l’équilibre militaire.
Négocier avant que l’équilibre ne se renverse
La conclusion implicite de cette note est particulièrement intéressante. Les analystes recommandent de chercher une négociation avant la fin de 2026, tout en maintenant la pression militaire. Ce paradoxe est au cœur de la stratégie russe : continuer à combattre pour améliorer sa position dans une éventuelle négociation, mais ne pas attendre que l’économie rende cette position intenable. Moscou disposerait encore de marges de manœuvre. Mais ces marges se réduisent.
L’État russe dépense désormais des centaines de milliards de roubles supplémentaires chaque trimestre pour maintenir son économie de guerre. Dans le même temps, l’Europe commence à reconstituer sa puissance militaire et industrielle. Le temps peut donc devenir un allié de Moscou — mais il peut aussi se retourner contre lui.
Au fond, les huit scénarios de cette note racontent tous la même histoire. La Russie ne dispose pas aujourd’hui d’une victoire militaire rapide. L’Ukraine ne dispose pas non plus des moyens de reprendre rapidement tous les territoires occupés. Le conflit est donc devenu une course à l’épuisement. Qui manquera le premier d’hommes à envoyer au front? Qui manquera le premier d’argent pour financer l’effort de guerre ? Qui sera le premier à subir la pression de son opinion publique ou de ses soutiens extérieurs ? Qui verra ses alliés se détourner du conflit ? Qui sera contraint de négocier ?







