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Pourquoi l’Algérie intervient au Niger

Par le professeur El Hassane HZAINE

La rivalité avec le Maroc constitue le moteur principal de l’action de l’Algérie au Niger, expliquant à elle seule 84 % de la variance de l’indice de capacité d’influence bilatérale (FBIC) de l’Algérie sur son voisin nigérien. Les tests de causalité démontrent d’ailleurs que l’Algérie agit dans une logique essentiellement réactive : l’influence marocaine précède et cause statistiquement les décisions algériennes.

Cette influence se manifeste à travers plusieurs séquences et leviers géopolitiques clés :

1. Le sentiment d’encerclement comme déclencheur doctrinal

La posture d’affirmation de l’Algérie trouve sa source dans les crises de la fin de l’année 2020, perçues à Alger comme un profond revers diplomatique et sécuritaire :

* La reconnaissance de la marocanité du Sahara par les États-Unis (décembre 2020) : Cet événement a affaibli le levier diplomatique traditionnel de l’Algérie sur ce dossier.

* La crise de Guerguerate (novembre 2020) : L’opération militaire marocaine visant à sécuriser ce poste-frontière, suivie d’un soutien unanime des monarchies du Golfe ainsi que la normalisation avec Israël ont provoqué à Alger un sentiment d’isolement diplomatique et d’encerclement stratégique.

Pour rompre ce sentiment d’encerclement, l’Algérie a opéré un tournant doctrinal historique via un amendement constitutionnel autorisant désormais la projection militaire extérieure, préparant ainsi le terrain à des interventions directes au Sahel. (rappelons que l’ALN n’a pas respecté cette doctrine à en juger par les incursions dans les pays voisins et l’utilisation de proxies (Polisario, mouvements djihadistes divers manipulés par les services de renseignement).

2. La menace de l’Initiative Atlantique et l’alignement de l’AES

Le rapprochement entre le Niger (au sein de l’Alliance des États du Sahel – AES) et le Maroc a accéléré la riposte algérienne. Le 28 avril 2025, les pays de l’AES ont officiellement soutenu l’Initiative Atlantique marocaine pour obtenir un accès direct à la mer.

Alger perçoit cette démarche comme un contournement délibéré de son hinterland. Les analyses statistiques confirment que le Corridor Atlantique Maroc est le facteur explicatif le plus lourd dans la réaction algérienne (représentant 38,7 % de l’importance relative des variables), loin devant la conjoncture économique comme les revenus pétroliers.

3. La riposte par le « Hard Power » sécuritaire au Niger

Face au soft power économique et logistique du Maroc (port de Dakhla, corridors), l’Algérie a choisi de répliquer par le hard power militaire. Après avoir normalisé ses relations avec le régime de transition de Niamey début 2026, l’Algérie a matérialisé sa présence de manière spectaculaire en août 2026 :

* Le 9 août 2026, l’Algérie a fait don au Niger de quatre hélicoptères (deux Mi-24V d’attaque et deux Mi-171 de transport), avec le soutien logistique et les munitions associés.* Le 30 août 2026, elle a franchi un seuil stratégique majeur en déployant quatre avions de chasse Su-30 à Niamey.

Ce déploiement de forces constitue le principal vecteur opérationnel de l’Algérie pour contrecarrer l’influence marocaine, sécuriser sa frontière sud et faire remonter son indice d’influence bilatérale sur le Niger.

Note de la Rédaction : il faut aussi noter la coopération et la proximité ancienne de l’Algérie avec la Russie (depuis l’URSS )et la présence des mercenaires russes de l’Africa Corp (ex-Wagner), garant du maintien de la junte au pouvoir au Niger. Enfin, il faut rappeler que la junte du Général Tiani a été exposée à une tentative de putsch de la part de soldats mutins fin août. Cette tentative a échoué après l’intervention de l’Africa Corps mais cela montre la fragilité de la junte, par ailleurs exposée aux raids de djihadistes et de séparatistes touaregs au nord.

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