Washington est l’allié historique de Séoul, un partenaire fondamental dans sa reconstruction d’après-guerre et un allié stratégique face à la menace sécuritaire nord-coréenne. Cette alliance se traduit notamment par une forte présence militaire américaine et par un parapluie nucléaire garanti à la Corée du Sud. Toutefois, l’enlisement de la guerre au Moyen-Orient dans laquelle se sont engagés les États-Unis ne plaît ni au gouvernement sud-coréen ni à sa population, qui manifeste contre l’envoi de troupes en renfort sur le terrain et souhaite que le pays reste hors du conflit.
Cependant, Washington exerce des pressions sur Séoul depuis le début de la guerre pour obtenir son soutien militaire dans la région. Le manque d’engagement de la Corée du Sud a provoqué des réactions hostiles du côté américain, allant de menaces de retrait des troupes stationnées dans la péninsule coréenne à des menaces sur les tarifs douaniers.
La guerre économique entre les États-Unis et la Chine produit également un effet de polarisation tel que le risque de tomber dans une dépendance envers l’une ou l’autre puissance est élevé, d’autant que ces deux acteurs occupent une place importante dans le paysage économique sud-coréen.
Face à cette situation géopolitique et à ses répercussions économiques préoccupantes pour la Corée du Sud, Lee Jae Myung a opté depuis quelques mois pour une voie alternative : il travaille à la création ou au renforcement de partenariats stratégiques qui lui permettraient de gagner en indépendance vis-à-vis de Washington, tout en évitant de tomber dans la dépendance à Pékin.
Un rapprochement stratégique avec l’Afrique, territoire disputé par les géants américains et chinois
Entre les 9 et 11 septembre 2026, les délégations de 54 pays africains se sont réunies à Séoul pour le sommet KOAFEC (Korea-Africa Economic Cooperation). Une série d’accord a été signée entre la Corée du Sud et la Banque Africaine de Développement (BAD). Au-delà des intérêts économiques ce renforcement des relations diplomatiques est pour la Corée du Sud très stratégique, diversifiant ses partenariats hors Etats-Unis et en proposant aux Etats africains des accords dans un contexte d’enjeux majeurs sur le continent africains, voyant s’opposer les Etats-Unis, la Chine, ou encore la Russie pour le contrôle des ressources.
D’après Ousmane Fall, directeur par intérim de la BAD, les accords signés portent notamment sur une coopération dans le domaine de l’intelligence artificielle et le numérique ainsi qu’un mémorandum d’entente pour la coopération dans le financement et la préparation de projets et programmes gouvernementaux. L’objectif serait de fonder un « hub » d’intelligence artificielle qui viserait à coordonner des initiatives afin que l’intelligence artificielle pèse davantage dans les économies africaines. Ce partenariat bénéficierait à la Corée du Sud qui, en échange, jouirait d’un accès aux ressources minières du continent pour alimenter don industrie de pointe. Cet accord est hautement stratégique pour Séoul dans un contexte d’instabilité. Son économie reposant en grande partie sur ses technologies, la garantie d’un accès souverain aux ressources indépendamment de puissances comme la Chine ou les Etats-Unis représente un enjeu majeur.
Visite en France de Lee Jae Myung : 140 des relations franco-coréennes mises à l’honneur
Cette année marque le 140e anniversaire des relations entre la France et la Corée du Sud. De nombreux évènements culturels et rencontres se sont déroulés tout au long de l’année pour mettre en lumière le renforcement des relations entre les deux pays.
Lee Jae Myung était en visite officielle en France du 6 au 9 septembre 2026. La relation entre Paris et Séoul a été élevée au rang de « partenariat stratégique global » en début d’année, principalement en raison des convergences d’intérêts et des potentielles coopérations renforcées dans les domaines de la défense, de l’énergie, du quantique, des semi-conducteurs ou encore de l’intelligence artificielle. Toutefois, la coopération entre les deux pays n’est pas nouvelle. En effet, le réseau de lignes à grande vitesse en Corée du Sud est un dérivé de la technologie du TGV français, les lignes ayant été construites en partenariat avec la SNCF. Cependant, les relations peinent à décoller au-delà de ces partenariats. Marianne Péron-Doise, directrice de l’Observatoire géopolitique de l’Indopacifique[1], y voit plutôt l’objectif de la constitution d’un réseau de partenaires capables de défendre leurs intérêts sans subir les choix des grandes puissances, plutôt que la création d’un « bloc » géopolitique.
En effet, les partenariats reposent en partie sur des domaines dans lesquels ces deux puissances sont aussi concurrentes (comme la défense, l’IA, le nucléaire, l’automobile ou encore l’aéronautique). Ensuite, les moyens nécessaires pour concrétiser cette volonté de renforcement des relations ne sont pas garantis. Les universités, entreprises et administrations nécessiteront des moyens pour mettre en œuvre ce partenariat. Or, le contexte géopolitique qui pèse en Asie de l’Est, avec le rapprochement de la Chine avec la Russie et la Corée du Nord, ainsi qu’en Europe, avec la guerre au Moyen-Orient et l’instabilité du détroit d’Ormuz, impose des priorités qui dépassent ce partenariat dans l’immédiat.
Bien que Séoul cherche à diversifier ses partenariats et à renforcer les partenariats existants, la dépendance de la Corée du Sud à son allié américain est un frein à son projet. Tant que la Corée du Nord demeure une menace existentielle pour la Corée du Sud, l’alliance militaire et sécuritaire entre Séoul et Washington reste indispensable, tout comme le maintien de bonnes relations diplomatiques. Or, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, il est évident que ce partenariat n’est pas intouchable et peut être soumis aux exigences du président américain. L’exemple récent le plus parlant est la pression exercée par Washington sur Séoul pour soutenir la guerre engagée par Donald Trump en Iran, bien que la Corée du Sud ait exprimé son intention de ne pas prendre part aux hostilités. En riposte, Donald Trump avait menacé de retirer les troupes américaines et de réduire les exercices militaires conjoints, des entraînements majeurs et fondamentaux pour leur partenariat stratégique et la sécurisation de la région.
[1] https://www.iris-france.org/visite-detat-de-lee-jae-myung-en-france-ou-en-est-la-cooperation-franco-coreenne/







