
La confirmation de la mort du Guide suprême de la République islamique par la télévision d’Etat, Ali Khamenei, et de certains haut responsables du régime comme le chef des gardiens de la révolution, Mohammad Pakpour, et d’Ali Shamkhani, proche conseiller du Guide, a pour première conséquence un affaiblissement du régime militaro-religieux des mollahs et des pasdarans.
Cependant sans la défection d’une partie de l’armée ou des Gardiens de la révolution qui ont la main sur l’économie, le programme nucléaire et la sécurité intérieure, on voit mal comment la joie des Iraniens descendus dans la rue à l’annonce de la mort du responsable de la répression sanglante du mois dernier pourrait se transformer en chute du régime installé par la révolution islamique de 1979.
Les risques de guerre civile ne peuvent être écartés. D’une part, parce que la population majoritairement hostile à ses dirigeants actuels pourrait avoir le courage de redescendre dans la rue contre le régime alors que les soutiens du régime restent très mobilisés. Par ailleurs, parmi les 92 millions d’Iraniens, il y a plusieurs minorités ethniques ou religieuses. Les Kurdes au nord ou les Baloutches pourraient profiter du désordre pour faire secession. Même si, selon certains experts iraniens, ces importantes minoritaires seraient attachés à l’intégrité nationale iranienne. A voir.
Genève comme écran de fumée
D’autres conséquences régionales et internationales se dessinent après cette opération militaire préparée depuis des mois par les services de renseignement et l’armée d’Israël et des Etats-Unis.
Pour Genève où se déroulait des négociations entre les envoyés de l’administration Trump,Steve Witkoff et Jared Kushner, un médiateur d’Oman Sayyid Badr Al-Boussaïdi et le ministre des Affaires étrangères iranienne, Abbas Araghtchi, veille encore de la l’intervention militaire, c’est un nouveau mauvais coup de Trump contre la place diplomatique suisse. Ces rencontres genevoises apparaissent dés lors comme un écran de fumée tandis que se préparait depuis des semaines une action militaire, déclenchée le lendemain même d’un round de négociation.
L’Iran dispose de moyens pour mettre le feu à la région
Contrairement à la guerre de douze jours, l’Iran n’a pas seulement risposté en envoyant des missiles sur Israël. En ciblant les bases américaines dans les pays arabes du Golfe persique et en frappant Riyad, Dubaï ou Manama, Téhéran pourrait mettre le feu aux poudres de la veille rivalité régionale entre chiites et sunnites. La réaction très vive de l’Arabie saoudite laisse entrevoir une possible escalade et flambée régionale.
La rivalité chiite sunnite
L’Iran dispose en effet de moyens d’enflammer la région, en faisant entrer dans le conflit ses proxis, comme le Hezbollah libanais, bien qu’affaibli par les opérations israéliennes au sud Liban ou surtout par les Houthis du Yemen, qui n’ont pour l’heure pas envoyer de missiles sur Israël, comme ils l’ont déjà fait à de multiples reprises depuis le 7 octobre. Téhéran peut aussi actionner les minorités chiites du Golfe, à Dubaï, Barhein, ou Oman et jusqu’ au Liban pour déstabiliser les pouvoirs. Une reprise des attentats terroristes en Occident n’est pas non plus à exclure.
Autre conséquence de cette opération, l’affaiblissement d’un rare pays allié de la Russie, qui lui fournit notamment les fameux drones Shaed. Après la chute de Bachar el Assad et l’affaiblissement du Hamas, c’est potentiellement un nouveau revers pour Vladimir Poutine. Il pourrait cependant se réjouir de voir ce conflit régional occuper les Etats-Unis et surtout, faire monter le prix du pétrole, essentielle source financière du financement de sa guerre en Ukraine.
Pour Donald Trump, enfin, c’est un pari risqué à quelques mois des mid-terms en novembre, alors que sa base Maga est très hostile aux interventions américaines extérieures, très coûteuses et qui ne changent rien à leur vie quotidienne. Avec la mort du Guide surprême, il pourrait cependant être crédité d’avoir éliminer le représentant du régime le plus hostile aux Etats-Unis, comme le fut Barack Obama après l’annonce de la mort de Ben Laden.




