Accueil / Genève internationale / À Genève, la RDC accuse Kigali et réclame des sanctions contre Paul Kagame

À Genève, la RDC accuse Kigali et réclame des sanctions contre Paul Kagame

Devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le ministre congolais des droits humains a présenté un rapport portant sur la dernière année d’occupation de Goma et Bukavu. Chiffres à l’appui, il a dénoncé un système organisé de violences et de pillage, et appelé explicitement à des sanctions contre le président rwandais.

À la tribune du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève, le ton était grave, presque coupant. Le ministre des droits humains de la République démocratique du Congo, Samuel Mbemba, n’est pas venu livrer un discours diplomatique de circonstance. Il est venu, a-t-il dit, « mettre à la disposition de la communauté internationale un rapport qui contient des chiffres glaçants ».

Publié le 21 février 2026 par son ministère, le document porte exclusivement sur « les douze mois d’occupation de Goma, Bukavu et environs » , soit la dernière année écoulée dans les villes de Goma et Bukavu. « Il s’agit d’un rapport élaboré par la consolidation des différents rapports, notamment ceux des experts des Nations unies et des ONG présentes sur le terrain », a-t-il précisé.

Les chiffres qu’il avance sont implacables. « À l’heure actuelle, nous comptons 17.015 atteintes à la vie et à l’intégrité physique. » Plus loin, il ajoute : « S’agissant des viols, une femme est violée chaque quatre minutes. » À cela s’ajoutent « sept millions de déplacés forcés » en une seule année. « Les chiffres sont glaçants », répète-t-il, insistant sur le fait que ces données concernent la seule période des douze derniers mois.

Pour le ministre, ces exactions ne relèvent ni du chaos ni d’affrontements isolés. « La cause de tout cela, c’est l’exploitation des minerais de la RDC dans le Nord-Kivu comme dans le Sud-Kivu », affirme-t-il. Il met alors le doigt là où cela fait mal : le lien direct entre violences de masse et économie extractive.

Il cite un exemple précis, celui des mines de Rubaya. « À Rubaya, les forces rwandaises ont pris en otage 30.000 exploitants artisanaux et les obligent à extraire chaque jour au minimum trois kilos de coltan », déclare-t-il. Puis il déroule le calcul : « Trois kilos multipliés par 70 dollars le kilo, multipliés par 30.000 personnes, multipliés par 365 jours : cela représente plus de deux milliards de dollars par an, rien qu’à Rubaya. » Une manne colossale qui, selon lui, illustre « un pillage systématique ». Il ajoute : « Ceux qui ne font pas ce que les forces rwandaises demandent sont exécutés sommairement. »

À Genève, Samuel Mbemba ne s’est pas contenté de dénoncer. Il a désigné un responsable. « Le responsable numéro un de ce qui se passe en République démocratique du Congo, c’est le président Paul Kagame », affirme-t-il, évoquant son rôle de « supérieur hiérarchique des forces rwandaises, voire même de ses supplétifs de l’AFC/M23 ». La formule la plus lourde est tombée quelques instants plus tard : « Le Rwanda de Paul KAGAME tue en RDC plus que le Roi Léopold II de Belgique ne l’a fait. »

Dans une enceinte habituée aux précautions de langage, la comparaison frappe. Elle vise, selon le ministre, à souligner l’ampleur historique des pertes humaines accumulées en trois décennies de violences à l’est du pays, que Kinshasa chiffre à plus de dix millions de morts. Mais le rapport présenté à Genève, insiste-t-il, documente uniquement la dernière année d’occupation.

L’interpellation de la communauté internationale a été directe. « Pour le Ministre des droits humains de la RDC, le silence n’est pas synonyme de neutralité. Il correspond à la complexité », a-t-il déclaré, avant d’ajouter dans la transcription de son intervention que ce silence « commence à ressembler à la complicité » . « L’heure doit être à l’action, l’heure n’est plus au silence », a-t-il insisté.

La demande est explicite : « La RDC demande des sanctions contre Paul KAGAME. » Kinshasa se dit prête à coopérer avec une commission d’enquête internationale indépendante, tout en s’interrogeant : « A-t-on véritablement besoin d’une énième enquête pour confirmer que le Rwanda tue et pille en RDC ? La réponse est non. »

En quelques minutes, le ministre congolais a déplacé le débat du registre humanitaire vers celui de la responsabilité politique et des intérêts économiques. En liant frontalement violences, minerais stratégiques et chaîne de commandement, il a mis le doigt là où cela fait mal : au croisement de la géopolitique régionale, des ressources critiques et des hésitations diplomatiques. À Genève, le message congolais était clair : après une année entière d’occupation documentée par des chiffres accablants, le temps des constats ne suffit plus. Kinshasa attend désormais des décisions.

3 Commentaires

  • HUGOT NDOMBELE KISOMBE
    Répondre

    La République démocratique du Congo, à travers son Ministre des Droits Humains, Me Samuel MBEMBA, adopte une posture ferme en plaidant pour des sanctions à l’encontre de Paul Kagame, dans un esprit de responsabilité internationale.
    Dans un contexte marqué par de graves atteintes aux droits fondamentaux, des mesures ciblées s’imposent comme un instrument de pression légitime pour faire prévaloir le droit, protéger les populations civiles et préserver l’équilibre régional.
    Soutenir cette orientation, c’est défendre une vision où la justice internationale prime sur l’impunité et où la souveraineté ainsi que la dignité des peuples ne sauraient être compromises.

  • Great blog right here! Also your site a lot up very fast!

    What host are you using? Can I am getting your affiliate link
    to your host? I wish my site loaded up as fast as yours lol

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *