
De jeunes libanais brandissant le drapeau du Hezbollah à Beyrouth. Photo Paul Keller ( license common créative utilisation non commerciale)
À l’origine du bombardement israélien du 8 avril sur Beyrouth , il y a eu des informations des services de renseignement américains et du Mossad concernant la menace que faisait peser le Hezbollah d’occuper Beyrouth en cas d’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Ces informations de la CIA et du Mossad ont donc conduit, le 8 avril 2026 à un raid massif de l’armée de l’air israélienne pour mettre en échec le plan chiite juste avant son exécution.
Un plan très élaboré
Selon nos informations, le plan de la milice chiite prévoyait de déplacer les combattants du parti retirés du Sud et de les répartir dans les quartiers nord, est et centre de Beyrouth pour bloquer les routes et terroriser la population. Un groupe devait assiéger le Sérail gouvernemental avec l’aide d’officiers et d’éléments d’une force de sécurité collaborant avec le parti. Des lance-roquettes devaient être dirigés vers le Sérail en cas d’échec de l’arrestation du président du gouvernement Nawaf Salam et de son exécution à Beyrouth.
L’ Eenlèvement du ministre Youssef Raji était aussi programmé ainsi que son exécution de manière non publique. De petits groupes avaient loué des appartements près des QG de partis politiques libanais opposés au Hezbollah avec pour mission, exécuter des assassinats. L’un des appartements a été loué par une femme à côté de la maison de la sœur du président Joseph Aoun, au même étage. Son mari a été assassiné (il était commandant dans la brigade Al-Qods iranienne). Un autre appartement était ciblé proche de celui d’un cadre des Forces libanaises, également loué par une femme pour un membre des Gardiens de la Révolution (elle entretenait une relation intime avec lui dans l’appartement).
Des officiers des forces de sécurité étaient impliqués dans les plans de cette tentative de coup d’État. Leur mission: fermer les routes pour empêcher l’arrivée de renforts afin de lever le siège du Sérail et procéder à des arrestations de directeurs d’institutions gouvernementales dont la liste avait été préparée. La dernière partie du plan consistait à bombarder le palais présidentiel de Baabda et à l’encercler pour forcer Joseph Aoun à démissionner, sinon il serait assassiné.
Suleiman Franjieh est accusé par les informations américaines d’être un partenaire du plan. Il serait soupçonné d’avoir reçu des promesses des Gardiens de la Révolution iraniens qu’il serait nommé président du Liban. Il s’agit pour l’instant d’accusations non étayées.
Les agents du Mossad et un groupe de la CIA ont espionné des rassemblements d’éléments et de commandants du Hezbollah alors qu’ils se regroupaient dans des zones résidentielles. Ils les ont trompés en leur faisant croire à un cessez-le-feu pour les amener à se rassembler sans précautions sécuritaires particulières.
Une heure seulement avant l’exécution du plan de coup d’Etat prévu à 14h30, un bombardement israélien visant les points de rassemblements a eu lieu à Beyrouth. Une cinquantaine d’avions ont largué 160 bombes. À noter qu’il n’y a pas eu avertissement préalable à la population civile des zones urbaines visées pour garantir l’effet de surprise. Cela a été un massacre. 3000 éléments du parti ont été tués et blessés. Les lance-roquettes installés par le Hezbollah au centre de Beyrouth en prévision du coup d’Etat ont été détruits.
Le gouvernement libanais minimisera les pertes du parti et n’admettra que le nombre de victimes civiles, environ 250. Les réactions du gouvernement libanais et du président Aoun ont été extrêmement embarrassées.
Les Gardiens de la Révolution réarment le Hezbollah
Ces trahisons et collusion de commandants des forces de sécurité et d’officiers de l’armée libanaise avec le parti compliquent les choses. On connaît désormais les noms d’environ 250 d’entre eux.
Si le président Aoun avait demandé au ministère de la Défense d’utiliser la force contre le Hezbollah, des groupes de l’armée sous le contrôle du colonel Souheil Behiig Harb – dont le limogeage est exigé par les Américains, ainsi que celui du commandant de l’armée – se seraient retournés contre le régime.
La brutale intervention de l’armée de l’air israélienne a permis de sauver le gouvernement libanais, ou tout au moins de lui permettre un répit. Qu’un accord de paix ait lieu ou non entre l’Iran et les USA, le Liban restera terre d’affrontements entre l’Iran et Israël.
Selon les informations d’al-Hadath, le Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien supervise actuellement la remise en condition et le réarmement du Hezbollah. Selon des estimations américaines 100 officiers du Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien, munis de passeports libanais, sont arrivés au Liban au cours des derniers mois.
De même, des éléments du régime d’Assad se sont réfugiés au Liban et exploitent leurs réseaux en Syrie pour faire passer en contrebande des armes et de l’argent. Il est évident que l’Iran, avec le soutien de ses alliés libanais à bien l’intention de mettre en échec l’offensive israélienne au Liban et de maintenir les tensions dans la région.
Les Etats-Unis multiplient les sanctions
Face aux actions iraniennes et de leurs alliés libanais, les Etats-Unis multiplient les sanctions. Ces sanctions américaines, comme l’affirme le magistrat libanais Peter Gemanos, ne sont plus de simples outils de pression symboliques utilisés contre le Hezbollah et ses dirigeants traditionnels, mais se sont transformées en un processus de démantèlement progressif de la structure sécuritaire, politique et financière qui protège l’influence iranienne au Liban. Le département du Trésor américain ne se contente plus de cibler les députés du Hezbollah ou ses réseaux financiers directs, car ce parti, depuis de longues années, est devenu pratiquement isolé d’une grande partie du système financier mondial et arabe, en particulier des systèmes bancaires du Golfe et internationaux qui le traitent comme une entité hostile et soumise à des sanctions.
C’est pourquoi l’inscription de députés du Hezbollah sur les listes de sanctions ne revêt plus le même impact stratégique qu’il y a un peu moins d’une décennie. Le parti s’est adapté à l’isolement et a construit une économie parallèle ainsi que des réseaux de financement non conventionnels qui s’étendent du trafic à l’économie monétaire en passant par le soutien iranien direct. Mais ce qui est nouveau et dangereux aujourd’hui, c’est le glissement des sanctions américaines vers l’environnement chiite plus large, et plus précisément vers le mouvement Amal et ses figures sécuritaires et politiques.
Les dangers de l’isolement d’Amal
Les sanctions contre Ahmad Assaad al-Baalbaki, le responsable sécuritaire du mouvement Amal, portent des implications qui dépassent la personne elle-même. Car le mouvement Amal était, depuis 1983 précisément, considéré par l’Occident et les États-Unis comme «le bras acceptable» au sein de la représentation chiite, tandis que Nabih Berry était traité à la fois comme un élément difficile dans les équilibres libanais et le canal obligatoire pour tout accord interne ou externe. Même durant les phases les plus intenses de confrontation avec le Hezbollah, Washington a maintenu une marge de communication indirecte avec Berry, le considérant comme une partie de la composition politique libanaise traditionnelle.
Mais le tableau a radicalement changé. Après les sanctions contre Ali Hassan Khalil, l’ancien ministre des Finances et l’un des hommes forts de Berry, voilà que tombent aujourd’hui celles contre al-Baalbaki, en plus d’autres noms des forces sécuritaires et d’officiers, pour signifier que Washington ne distingue plus l’aile politique et l’aile sécuritaire au sein du mouvement Amal, ni entre Amal et le Hezbollah en ce qui concerne la protection des armes iraniennes à l’intérieur de l’État libanais.
Le plus dangereux dans ces sanctions, c’est qu’elles frappent la relation historique entre le mouvement Amal et le capital chiite répandu en Afrique, aux États-Unis et dans le Golfe. Ce capital, qui distinguait encore Amal et le Hezbollah, deviendra plus prudent dans toute relation financière, commerciale ou bancaire avec des personnalités affiliées au mouvement. Et c’est là que réside le danger de la décision américaine: un isolement progressif du mouvement Amal par rapport aux réseaux de financement, d’investissement et de la diaspora chiite traditionnelle.
Ces sanctions pourraient être le dernier avertissement américain à Nabih Berry pour qu’il repositionne sa posture politique et sécuritaire, ou peut-être le début d’une phase plus dure dont le titre serait le passage de la punition des individus à l’encerclement de l’ensemble de la structure qui assure la couverture politique et sécuritaire au Hezbollah à l’intérieur de l’État libanais.




