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L’Iran a réaffirmé mardi sa volonté de conserver un rôle central dans la gestion du détroit d’Ormuz, tandis que s’est achevé en Suisse un premier cycle de négociations avec les États-Unis destiné à mettre un terme au conflit qui secoue le Moyen-Orient depuis plusieurs mois.
Au terme d’un marathon diplomatique de dix-huit heures organisé au Bürgenstock, dans les Alpes suisses, les délégations conduites par le vice-président américain JD Vance et le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf ont quitté les lieux lundi soir 21 juin, laissant à des équipes d’experts le soin de poursuivre les discussions techniques.
Selon la diplomatie iranienne, ces consultations ont permis la création de quatre groupes de travail consacrés à la levée des sanctions, au dossier nucléaire, à la reconstruction économique de l’Iran et au suivi des engagements pris par les deux parties. Elles avaient pourtant mal démarré, la délégation iranienne ayant quitté les lieux pour protester contre de nouvelles menaces de Donald Trump proférées sur son réseau Truth Social.
Les négociations ont repris une heure plus tard grâce aux interventions des médiateurs qataris, pakistanais et suisses et aux instructions de Mohammad Bagher Ghalibaf, affirmant qu’il ne fallait tenir aucun compte des déclarations de Trump. Elles doivent désormais se poursuivre dans les prochaines semaines avec pour objectif l’élaboration d’un document final dans un délai initial de soixante jours renouvelables.
JD Vance a estimé que les discussions avaient permis de poser «des bases très solides pour aboutir à un accord final réussi», tandis que Washington annonçait dans la foulée une suspension temporaire de certaines sanctions visant les exportations pétrolières iraniennes.
Trump annonce des avancées majeures
Le président américain Donald Trump a affirmé que l’Iran avait accepté de se soumettre à des inspections nucléaires internationales renforcées pour une durée indéterminée. Selon lui, ces inspections permettront de garantir une véritable «honnêteté nucléaire» et constituent une condition indispensable à la poursuite des discussions. «Sans cet engagement iranien, aucune négociation supplémentaire n’aurait eu lieu», a déclaré le président américain.
Donald Trump a également annoncé avoir accepté de maintenir le détroit d’Ormuz ouvert à la navigation internationale et de mettre fin au blocus naval instauré pendant le conflit, à la suite de concessions obtenues de la part de Téhéran. Les bâtiments militaires américains demeureront néanmoins positionnés dans la région afin de pouvoir rétablir rapidement les mesures de contrôle si les circonstances l’exigeaient, même si Washington estime désormais qu’une telle éventualité est peu probable.
POTUS a par ailleurs indiqué que les avoirs iraniens débloqués et les allègements de sanctions accordés dans le cadre des discussions seraient placés sous séquestre sous supervision américaine. Selon lui, ces ressources seront exclusivement utilisées pour l’achat de produits alimentaires et de fournitures médicales, notamment du maïs, du blé et du soja provenant des États-Unis.
«L’Iran fait face à une crise humanitaire nécessitant une aide immédiate», a-t-il affirmé, avant de conclure: «Les discussions se déroulent bien.»
Déblocage de 12 milliards de dollars
L’Iran a effectivement annoncé avoir obtenu un accord prévoyant le déblocage immédiat de douze milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger. Selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi, ces fonds seront libérés en deux tranches de six milliards de dollars. L’Iran a toutefois contesté que l’utilisation de ces ressources soit soumise à un mécanisme de contrôle destiné à garantir qu’elles soient exclusivement consacrées à des besoins civils et humanitaires.
Concernant le pétrole, principale ressource économique de la République islamique, les autorités américaines ont autorisé jusqu’au 21 août l’ensemble des transactions liées à la production, à la vente et au transport d’hydrocarbures iraniens.
Ormuz au cœur des négociations
Le détroit d’Ormuz demeure l’un des principaux enjeux des discussions. Par cette voie maritime transitent habituellement près de 20 % du pétrole mondial ainsi qu’une part importante du commerce international de gaz naturel liquéfié. Mohammad Bagher Ghalibaf a réaffirmé que la situation ne reviendrait pas à celle qui prévalait avant le déclenchement de la guerre.
«L’administration du détroit d’Ormuz ne redeviendra jamais ce qu’elle était avant la guerre», a-t-il déclaré. «L’Iran administrera désormais ce passage stratégique.»
À cet effet, la délégation iranienne s’est rendue à Mascate afin d’engager des consultations spécifiques avec le Sultanat d’Oman.
Selon les responsables iraniens, les discussions relatives au détroit d’Ormuz seront menées dans un premier temps entre l’Iran et Oman avant d’être soumises aux autres parties participant au mémorandum d’entente actuellement en préparation. À l’issue de leurs entretiens, Téhéran et Mascate ont publié une déclaration conjointe affirmant que «toutes les dispositions relatives au détroit d’Ormuz doivent respecter pleinement la souveraineté et les droits souverains des deux États riverains du détroit».
Les deux pays ont également insisté sur leur attachement à la liberté de navigation et au respect du droit international, tout en rappelant que toute architecture de sécurité future devra tenir compte de leurs responsabilités souveraines dans cette zone stratégique. Les conclusions des discussions bilatérales doivent désormais être présentées aux autres participants au processus diplomatique en vue d’une coordination régionale plus large.
Cacophonie sur le dossier nucléaire
Le dossier nucléaire demeure l’un des principaux points de négociation. Selon Washington, Téhéran aurait accepté le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dont les activités avaient été suspendues après les frappes israélo-américaines contre plusieurs installations nucléaires iraniennes en 2025.
Depuis ces bombardements, les inspecteurs n’ont plus eu accès aux principaux sites concernés, alimentant les interrogations sur l’état des stocks d’uranium hautement enrichi du pays. Mais Téhéran dément fermement cette version. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaei, a affirmé que l’Iran n’avait pas l’intention d’autoriser les inspecteurs de l’AIEA à accéder aux installations nucléaires endommagées par les frappes, précisant qu’aucune réunion n’avait eu lieu avec le directeur général de l’agence et qu’aucun protocole n’existait concernant l’inspection de ces sites.
Tout en rejetant toute inspection des installations touchées, l’Iran affirme néanmoins qu’il continuera à respecter ses obligations au titre du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et de ses accords de garanties, et maintient que son programme nucléaire poursuit exclusivement des objectifs civils.
Le Liban, premier test pour l’accord
Les discussions ont également porté sur le Liban, à la demande de Téhéran.
Les parties sont convenues de mettre en place une cellule de gestion des conflits destinée à consolider le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Le président libanais Joseph Aoun a indiqué avoir reçu un appel du vice-président américain JD Vance consacré aux efforts visant à stabiliser la situation sécuritaire au Liban et à prévenir toute reprise des hostilités. Pour le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, le respect de ce cessez-le-feu constituera «le premier test réel» de la solidité du protocole d’accord actuellement négocié entre Washington et Téhéran.
Pour Netanyahou, les objectifs militaires n’ont pas encore été atteints
Alors que les discussions diplomatiques se poursuivent, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a souligné que les objectifs militaires de son pays n’avaient pas encore été pleinement atteints. «Israël a frappé l’Iran et ses alliés dans la région, mais l’opération n’est pas encore terminée. L’affaire n’est pas encore gagnée», a-t-il déclaré. Le chef du gouvernement israélien a également insisté sur la nécessité pour Israël de renforcer son autonomie en matière de défense.
«Nous apprécions le soutien américain, mais Israël doit se libérer de cette dépendance», a-t-il affirmé, appelant au développement d’une industrie d’armement nationale capable de produire de manière autonome les principaux systèmes militaires nécessaires à la sécurité du pays. Ces déclarations illustrent les divergences persistantes entre les différents acteurs régionaux malgré les progrès enregistrés dans les négociations.
Une désescalade encore fragile
Malgré les nombreux obstacles qui subsistent, les avancées réalisées lors de ce premier cycle de discussions nourrissent l’espoir d’un règlement durable du conflit. La poursuite des négociations sur le nucléaire, la levée des sanctions, la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz et la stabilisation du Liban sera déterminante au cours des prochaines semaines.
Si plusieurs responsables américains et iraniens affichent désormais un optimisme prudent, les déclarations de fermeté venues d’Israël rappellent que les équilibres régionaux demeurent fragiles et que tout accord devra encore surmonter d’importants défis politiques et sécuritaires avant de pouvoir être pleinement mis en œuvre.





