
Hassan Fadlallah, député du Bloc de fidélité à la Résistance (Hezbollah), sur la chaîne Al Manar dont il dirige l’information politique.
Les déclarations du député Hassan Fadlallah, membre du bloc parlementaire du Hezbollah, marquent une nouvelle étape dans la confrontation politique ouverte par l’accord-cadre conclu entre le Liban et Israël sous l’égide de Washington. «Les autorités libanaises ne pourront appliquer l’accord de Washington qu’au prix d’une guerre civile soutenue par les États-Unis», a affirmé le responsable du Hezbollah, avant d’ajouter: «Ce qui s’est passé constitue une tentative d’entraver le processus engagé à Islamabad» et «sans la résistance, rien ne passera.»
Au-delà de leur virulence, ces propos soulèvent une question fondamentale: si le gouvernement libanais décidait réellement d’engager un processus de désarmement du Hezbollah, qui serait prêt à l’aider militairement?
Une ligne rouge assumée
Les déclarations de Hassan Fadlallah traduisent la conviction du Hezbollah que l’accord avec Israël ne constitue pas seulement un texte diplomatique. Le mouvement y voit le point de départ d’un processus susceptible de remettre en cause son rôle militaire, son influence politique et, plus largement, l’équilibre stratégique qui prévaut au Liban depuis plusieurs décennies.
En affirmant que «sans la résistance, rien ne passera», le Hezbollah rappelle qu’il considère ses capacités militaires comme une composante essentielle de la défense nationale et refuse que les décisions relatives à la guerre, à la paix ou à la sécurité soient prises sans son assentiment. Le recours à l’expression «guerre civile» renvoie directement au traumatisme de 1975-1990. Plus qu’une prédiction, cette référence constitue un avertissement destiné à dissuader toute tentative de modifier brutalement les rapports de force internes.
Derrière l’accord, la question du désarmement
Depuis plusieurs années, les partenaires occidentaux et plusieurs États arabes défendent un même objectif: renforcer les institutions libanaises et permettre à l’État d’exercer pleinement le monopole de la force. L’accord-cadre avec Israël s’inscrit dans cette logique. Il prévoit un rôle accru des Forces armées libanaises dans les zones concernées et ouvre le débat sur la place future des armes du Hezbollah. Pour le mouvement chiite, cette évolution représente une ligne rouge.
La menace formulée par Hassan Fadlallah conduit à une interrogation essentielle : si Beyrouth décidait d’aller jusqu’au bout de ce processus, quels États accepteraient réellement de soutenir militairement l’armée libanaise? À ce stade, la réponse apparaît beaucoup moins évidente qu’il n’y paraît.
Les partenaires occidentaux privilégient le renforcement de l’État
Les États-Unis demeurent le premier soutien militaire des Forces armées libanaises. Ils fournissent des équipements, des formations et une assistance technique afin d’améliorer leurs capacités. La France poursuit une coopération étroite avec l’armée libanaise et contribue depuis des années aux dispositifs internationaux de stabilisation. L’Union européenne renforce également son assistance, notamment dans les domaines du renseignement, du contrôle des frontières et de la formation. Toutefois, aucun de ces partenaires n’a annoncé son intention de participer à une opération militaire destinée à désarmer le Hezbollah.
Le spectre d’une nouvelle guerre civile
Cette prudence s’explique aisément. Une opération menée contre le Hezbollah pourrait rapidement dégénérer en affrontement entre Libanais, avec un risque élevé d’embrasement confessionnel. Les capitales occidentales gardent en mémoire les conséquences des guerres d’Irak et de Syrie, où des conflits internes se sont transformés en crises régionales majeures impliquant de multiples acteurs. Personne ne souhaite voir le Liban replonger dans une spirale comparable.
L’Arabie saoudite, le Qatar et plusieurs monarchies du Golfe souhaitent un renforcement de l’État libanais et une réduction de l’influence iranienne. Mais leur soutien demeure essentiellement politique, financier et diplomatique. Rien n’indique aujourd’hui qu’ils seraient prêts à engager leurs forces armées dans une opération intérieure au Liban.
Le dilemme israélien
Israël verrait favorablement une réduction des capacités militaires du Hezbollah. En revanche, une coopération militaire ouverte entre Tsahal et l’armée libanaise serait politiquement explosive. Elle risquerait de fragiliser la légitimité des Forces armées libanaises et de conforter le discours du Hezbollah dénonçant une intervention étrangère.
À l’inverse, Téhéran continue de considérer le Hezbollah comme un élément essentiel de sa stratégie régionale. Une tentative de désarmement imposée par la force serait probablement interprétée comme une atteinte directe aux intérêts iraniens, avec un risque d’élargissement du conflit à l’ensemble du Moyen-Orient.
La référence de Hassan Fadlallah au «processus engagé à Islamabad» montre que le Hezbollah ne sépare pas le dossier libanais des négociations régionales plus larges. Dans sa lecture stratégique, l’avenir de ses armes dépend autant des équilibres internes libanais que des discussions entre les grandes puissances régionales et internationales.
Une bataille désormais politique
Au fond, la question dépasse largement le seul désarmement du Hezbollah. Elle pose celle de l’avenir de l’État libanais: pourra-t-il retrouver progressivement le monopole de la force sans provoquer une nouvelle fracture nationale? À ce stade, aucun État n’a publiquement annoncé sa volonté de participer militairement à une opération de désarmement du Hezbollah aux côtés de l’armée libanaise. Le consensus international privilégie le renforcement progressif des institutions, tout en cherchant à éviter qu’une telle évolution ne fasse basculer le Liban dans une nouvelle guerre civile.
Les déclarations de Hassan Fadlallah montrent ainsi que la confrontation entre le Hezbollah et ses adversaires est entrée dans une nouvelle phase. Après les affrontements militaires, c’est désormais l’avenir institutionnel et stratégique du Liban qui est au cœur du rapport de force.





