
Alors que l’attention internationale reste concentrée sur les affrontements militaires entre l’Iran, Israël et les États-Unis, un autre conflit se déroule à l’intérieur même de la République islamique. Selon plusieurs sources iraniennes, le jeune Arif Khoshkar a été exécuté après avoir été condamné pour des faits liés au mouvement de contestation. Au-delà de ce drame individuel, son exécution illustre la transformation de la peine de mort en instrument de gouvernement destiné à intimider une société que le régime continue de considérer comme sa principale menace.
Selon les informations diffusées par plusieurs sources iraniennes, la sentence de mort prononcée contre Arif Khoshkar a été exécutée. Les circonstances exactes de son procès et de sa pendaison restent encore difficiles à établir, dans un pays où les autorités contrôlent étroitement l’information relative aux détenus et où de nombreuses exécutions sont conduites sans annonce préalable.
Le cas de ce jeune homme ne peut toutefois pas être réduit à un fait divers judiciaire. Il s’inscrit dans une accélération beaucoup plus vaste du recours à la peine capitale. Iran Human Rights affirme qu’au moins 370 personnes ont été exécutées durant les six premiers mois de 2026, dont 101 au seul mois de juin. L’organisation souligne également que la vague de pendaisons s’est intensifiée après le début des exécutions de prisonniers politiques au mois de mars.
La peine de mort comme instrument de gouvernement
En Iran, la peine de mort ne constitue plus seulement l’aboutissement d’une procédure pénale. Elle est devenue un instrument de contrôle politique, utilisé pour punir certains individus mais surtout pour adresser un avertissement à l’ensemble de la population. Les chefs d’accusation employés par les tribunaux révolutionnaires — « guerre contre Dieu » (moharebeh), « corruption sur terre » (efsad-e fel-arz), espionnage, insurrection armée ou atteinte à la sécurité nationale — permettent de transformer une contestation politique, une participation à une manifestation ou une relation avec l’étranger en crime passible de mort.
Le Center for Human Rights in Iran recensait déjà, à la fin du mois d’avril, au moins 22 exécutions de prisonniers politiques en six semaines, dont dix personnes arrêtées lors des manifestations de janvier. L’organisation décrit des procédures secrètes, des aveux forcés, des accusations de torture et une absence presque complète de garanties judiciaires.
Une justice accélérée par la guerre
La guerre extérieure a offert au pouvoir iranien un cadre particulièrement favorable au durcissement de la répression intérieure. Depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026, toute opposition peut être présentée comme une trahison et toute activité indépendante comme une collaboration avec l’ennemi.
Amnesty International a dénoncé l’utilisation des « conditions de guerre » comme prétexte pour multiplier les arrestations arbitraires, accélérer des procès manifestement inéquitables, prononcer de lourdes peines de prison et procéder à des exécutions à caractère politique.
Cette accélération est essentielle. Des manifestants peuvent désormais être arrêtés, interrogés, condamnés, voir leur sentence confirmée par la Cour suprême puis être pendus en l’espace de quelques mois. Les délais qui permettaient autrefois aux familles, aux avocats ou aux organisations internationales de se mobiliser se réduisent brutalement.
La pendaison comme message adressé à la société
L’objectif n’est pas seulement d’éliminer un opposant. Chaque exécution doit produire un effet collectif. Elle rappelle aux étudiants, aux femmes refusant le voile obligatoire, aux ouvriers en grève, aux militants kurdes ou baloutches, aux commerçants du bazar et aux familles des victimes que toute contestation peut conduire à la prison, à la torture ou à la potence.
Les familles sont parfois prévenues au dernier moment. Les dernières visites peuvent être refusées. Les corps ne sont pas toujours restitués immédiatement, afin d’éviter que les funérailles ne se transforment en rassemblements de protestation. Même après la mort, le condamné demeure ainsi un instrument de pression sur ses proches.
Le régime cherche à faire comprendre que la répression ne s’arrête pas aux participants directs à une manifestation. Elle peut atteindre les avocats, les journalistes, les familles, les internautes ou ceux qui transmettent des informations à l’étranger.
Deux guerres menées simultanément
La République islamique mène désormais deux guerres parallèles. À l’extérieur, elle affronte les États-Unis, Israël et plusieurs États du Golfe, menace la navigation dans le détroit d’Ormuz et tente de démontrer qu’elle conserve une capacité de nuisance régionale malgré les frappes subies.
À l’intérieur, elle combat sa propre société. La logique est identique : compenser l’affaiblissement du pouvoir par l’intimidation. Les missiles et les drones servent à dissuader les adversaires extérieurs ; les prisons et les potences doivent dissuader les opposants intérieurs.
Cette articulation entre guerre extérieure et répression intérieure était déjà perceptible dans les affrontements au Kurdistan iranien, au Baloutchistan, au Khouzistan et dans les attaques visant les membres du Bassidj. Comme l’a montré La Tribune des Nations dans son analyse des fractures internes de l’Iran, ces foyers de contestation ne constituent pas encore une insurrection nationale, mais leur simultanéité nourrit l’inquiétude d’un pouvoir qui redoute leur convergence.
Une démonstration de force qui révèle la peur du régime
En multipliant les pendaisons, la République islamique cherche à projeter une image de force. Mais cette brutalité révèle également sa vulnérabilité. Un pouvoir assuré de sa légitimité n’aurait pas besoin d’exécuter ses opposants à un rythme toujours plus rapide.
Le régime sait que la colère n’a pas disparu. Elle a été contenue par les arrestations massives, les coupures d’Internet, la violence des forces de sécurité et la menace de la peine capitale. Les causes profondes de la contestation demeurent : crise économique, corruption, rejet du système politique, épuisement idéologique et aspiration d’une partie croissante de la jeunesse à vivre autrement.
La peur peut disperser une manifestation et réduire momentanément une ville au silence. Elle ne peut ni restaurer la confiance ni rendre au pouvoir la légitimité qu’il a perdue.
L’exécution d’Arif Khoshkar apparaît ainsi comme le symbole d’une stratégie de survie: la République islamique tente de répondre à son affaiblissement extérieur par une terreur accrue à l’intérieur. Elle peut encore tuer ses opposants. Elle ne parvient plus à convaincre sa population.
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