
Sous-marin chinois de dernière génération, type 094 Jin (SNLE) lanceur de missiles balistiques.
Lundi, un sous-marin de la marine chinoise a lancé un missile balistique à longue portée dans les eaux internationales du Pacifique Sud. Ce missile, capable d’emporter une charge nucléaire, a été tiré depuis une position immergée et transportait une ogive factice inerte. Il aurait amerri à proximité de Tuvalu.
Le gouvernement chinois a indiqué que cet essai « faisait partie des activités de routine du programme annuel d’entraînement militaire de la Chine » et qu’il « n’était dirigé contre aucun pays ni aucune cible en particulier ». Pékin a ajouté que les autres États avaient été prévenus à l’avance et les a exhortés à ne pas « surinterpréter » cet événement.
Les réactions de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de Taïwan et du Japon ont été immédiates et critiques. La ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, a qualifié cet essai de «déstabilisateur».
De nombreux observateurs ont rapidement établi un lien entre ce tir et le nouvel accord de défense signé le même jour entre l’Australie et les Fidji. Selon cette interprétation, l’essai visait à rappeler de manière intimidante que les missiles chinois sont capables d’atteindre l’ensemble du Pacifique.
Un essai de routine?
Toutes les puissances nucléaires disposant de missiles balistiques stratégiques, qu’il s’agisse de missiles balistiques lancés depuis des sous-marins (SLBM) ou de missiles balistiques intercontinentaux basés à terre (ICBM), procèdent régulièrement à des tirs d’essai de missiles non armés. Ces essais permettent de vérifier que les armes fonctionnent toujours correctement, conservent leur portée et demeurent capables d’atteindre leurs cibles avec précision.
Au cours des dernières années, des essais similaires ont été réalisés par les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, la France et l’Inde.
L’essai chinois en lui-même n’a donc rien de nouveau ni de particulièrement alarmant. Il s’inscrit dans le cadre normal de la maintenance d’un arsenal nucléaire. Ces essais ne sont pas fréquents, mais ils sont routiniers. Celui-ci a coïncidé avec le début des exercices navals annuels menés conjointement par la Chine et la Russie.
Rien ne permet d’affirmer avec certitude que cet essai, ou le choix de sa date, visait à intimider qui que ce soit.
À quoi servent les missiles lancés depuis des sous-marins?
La Chine maintient officiellement une doctrine de non-recours en premier à l’arme nucléaire (no first use), ce qui signifie qu’elle affirme ne recourir à ses armes nucléaires qu’en représailles à une attaque nucléaire subie.
Les missiles balistiques lancés depuis des sous-marins existent précisément pour garantir une capacité dite de «seconde frappe». En cas d’attaque nucléaire contre le territoire chinois – vraisemblablement menée par une grande puissance comme les États-Unis –, ces sous-marins survivraient probablement à la première frappe et seraient en mesure de riposter.
Dans cette perspective, utiliser l’essai d’une telle capacité stratégique pour intimider des puissances moyennes ou de petits États comme l’Australie, les Fidji ou d’autres pays insulaires du Pacifique paraît peu crédible. Les missiles balistiques intercontinentaux terrestres chinois sont déjà capables d’atteindre l’Australie ainsi que les États insulaires du Pacifique.
Les missiles lancés depuis des sous-marins, comme celui testé lundi, constituent avant tout un instrument de dissuasion destiné aux autres puissances nucléaires. Leur rôle est de garantir la crédibilité de la dissuasion chinoise même dans l’hypothèse d’une première frappe massive détruisant totalement les forces nucléaires terrestres du pays.
Si la Chine avait réellement souhaité intimider les Fidji, par exemple, il aurait été beaucoup moins coûteux et probablement plus efficace de faire voler un bombardier stratégique dans ou à proximité de leur espace aérien, ou de déployer un groupe aéronaval à proximité.
Une communication mal maîtrisée
Cela ne signifie pas pour autant que Pékin a bien géré cet essai. Le gouvernement australien affirme n’avoir été informé que quelques heures avant le lancement, une pratique qu’il juge « incompatible » avec les dispositions de la Convention de La Haye relatives aux notifications de tirs de missiles balistiques.
Cette préoccupation est légitime. Même non armé, un missile balistique représente un risque important pour l’aviation civile et la navigation maritime dans la zone concernée. Il serait donc souhaitable que la Chine améliore ses procédures de notification.
Toutefois, la controverse sur les délais de préavis est distincte de la question de savoir si l’essai lui-même constituait une provocation.
Le problème plus profond réside dans l’asymétrie des réactions. Si les États-Unis avaient procédé à un essai similaire d’un missile balistique lancé depuis un sous-marin dans le Pacifique, il est peu probable que l’Australie ou d’autres alliés de Washington y auraient vu matière à controverse.
Il est donc possible que ce qui suscite réellement les critiques ne soit pas tant le missile lui-même ou le court délai de préavis, mais plutôt le fait de voir un adversaire potentiel démontrer une capacité que toutes les autres puissances nucléaires possèdent déjà et exercent régulièrement.
Une question de perception
Cela étant, on ne peut exclure que des considérations politiques aient influencé la décision de Pékin quant au moment choisi pour cet essai. Les éléments actuellement disponibles ne permettent toutefois pas de le démontrer. Ce qui est certain, c’est que ce tir illustre la poursuite du développement par la Chine d’une architecture de dissuasion nucléaire comparable à celle sur laquelle s’appuient les autres puissances nucléaires.
Que cet essai soit perçu comme une simple étape technique de routine ou comme un avertissement géopolitique dépend sans doute moins du missile lui-même que du regard de ceux qui l’observent.
Cet article est republié depuis la plateforme The Conversation.





