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À l’invitation du président chinois Xi Jinping, le président américain Donald Trump effectuera une visite d’État en Chine, du 13 au 15 mai. Il s’agira aussi de la première visite d’un président américain en Chine depuis 2017, et depuis leur entretien à Busan en octobre 2025.
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a expliqué lors d’une conférence de presse le 11 mai que «le président Xi aura un échange de vues approfondi avec le président Trump sur les grandes questions relatives aux relations sino-américaines, ainsi qu’à la paix et au développement dans le monde».
Ce dernier a estimé que «la diplomatie des chefs d’État joue un rôle irremplaçable dans l’orientation stratégique des relations sino-américaines. La Chine est disposée à œuvrer avec les États-Unis, dans un esprit d’égalité, de respect et d’intérêt mutuel, afin de développer la coopération, de gérer les différends et d’apporter davantage de stabilité et de certitude dans un monde marqué par les turbulences et les transformations».
Cette déclaration vise à montrer la volonté de la Chine d’apaiser les tensions avec son principal rival. D’ailleurs, Edgard D. Kagan, Conseiller principal et titulaire de la chaire Freeman d’études chinoises, a expliqué au Center for Strategic & International Studies (CSIS) que «la priorité absolue de la Chine est une plus grande stabilité dans ses relations avec les États-Unis, notamment une meilleure prévisibilité des droits de douane».
Car concernant les droits de douane, la guerre commerciale entre les deux pays dure désormais depuis 2018, et s’est envenimée avec le retour en 2025 de Donald Trump.
Des Boeing et du soja
En dépit des droits de douane excessifs du président américain, la Chine reste confiante car en 2025, elle est parvenue à contrer l’escalade commerciale sans précédent de Donald Trump, qui avait fait grimper les droits de douane à plus de 140%. Par la suite, Xi Jinping avait menacé de restreindre ces flux en avril et octobre 2025 poussant le président américain à céder, au lieu de brandir la menace de nouvelles taxes.
La Chine est l’un des rares pays à avoir fait face au milliardaire américain. Pékin a maintenu la pression en continuant de restreindre progressivement ses livraisons de terres rares et d’aimants aux États-Unis.
Le contexte actuel est donc beaucoup plus favorable à la Chine, même si celle-ci rencontre des défis économiques en interne. Elle cherche à gagner du temps pour consolider sa position technologique et industrielle et relancer son économie. De leurs côtés, les États-Unis veulent surtout des victoires symboliques plutôt que des réformes structurelles plus profondes du modèle économique chinois. Ainsi, Pékin est sans doute disposé à acheter des avions Boeing et du soja américain pour assurer la stabilité, et à annoncer la création du «Conseil du commerce» et du «Conseil des investissements» dans le but de sceller un accord visant à réduire les obstacles à l’investissement aux États-Unis.
Un engagement massif d’investissements de la Chine est possible, mais sa concrétisation reste encore à prouver, tant les entreprises chinoises craignent d’être black listées ou sur-taxées.
Raisons pour lesquelles, la visite de Donald Trump représente un test important pour la fragile trêve commerciale entre Washington et Pékin, instaurée après la rencontre des deux hommes en novembre 2025. Cette trêve pourrait être prolongée, mais les avis divergent, certains observateurs attestent que Donald Trump et Xi Jinping trouveront un moyen de s’entendre sur le commerce, alors que d’autres estiment que la mésentente ne se résoudra pas lors de ces trois jours de visite.
Apaiser les tensions
En effet, les menaces de part et d’autres persistent. Mi-avril, Donald Trump a menacé la Chine de droits de douanes à 50% sur ses marchandises si la Chine apportait une aide militaire à l’Iran dans la guerre au Moyen-Orient. En dépit de cette situation tendue, le vice-Premier ministre chinois He Lifeng, va conduire une délégation en Corée du sud, pour tenir des consultations économiques et commerciales avec le secrétaire américain aux Finances, Scott Bessent, les 12 et 13 mai, selon le ministère du Commerce. Signe d’une volonté d’apaisement.
Souhaitant apaiser les tensions, Edgard D. Kagan atteste que la Chine «se réjouit de la venue de Trump à Pékin, première visite présidentielle américaine en près de neuf ans, qu’elle présentera comme une reconnaissance de son influence mondiale accrue et de sa capacité à résister fermement aux premières tentatives de pression de l’administration Trump».
Concernant l’Iran, la Chine veut éviter toute pression pouvant paraître favorable aux États-Unis et lui donner le bon rôle dans cette guerre. En effet, Pékin ne tient pas à s’impliquer dans ce conflit, qui pourrait remettre en question ses intérêts en matière de sécurité et d’influence dans la région, où les Etats-Unis ne prédominent plus. Evan A. Feigenbaum, politologue américain et vice-président aux études à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, a expliqué que «la Chine s’est concentrée sur la sécurité intérieure et le maintien de l’ordre, et non sur des engagements en matière de défense extérieure, un domaine dans lequel elle n’a aucun intérêt fondamental».
Malgré cela, la Chine pousse Donald Trump à conclure un accord pour la réouverture du détroit d’Ormuz, car sa fermeture pénalise le transport près de 30% des produits chinois. Pour le moment, les réserves de pétrole de Pékin, le recours au charbon et son leadership dans les énergies renouvelables lui permettent de limiter l’impact initial de la fermeture du détroit. Cependant, la hausse des coûts de l’énergie va pénaliser directement la Chine à long terme et réduire la demande sur de nombreux marchés d’exportation qui ont soutenu l’économie chinoise en 2025.
Concernant Taïwan, Xi Jinping rappellera la souveraineté de la Chine sur Taïwan, considérée comme sa 23e province, et cherchera à obtenir un accord explicite des États-Unis pour limiter les ventes d’armes, en contrepartie d’une relation plus.
N’étant pas certaine de la signature d’un tel accord, la Chine mise sur un rythme régulier de rencontres au plus haut niveau qui pourrait incitera les États-Unis à éviter toute action concernant Taïwan susceptible d’irriter Pékin. «Je vais avoir cette discussion avec le président Xi. Le président Xi voudrait qu’on ne fasse pas cette vente d’armes», a déclaré le président américain à la presse le 11 mai.
Les craintes de Taïwan
Ce dernier avait déjà évoqué avec le président chinois, en janvier 2026, la question des ventes d’armes, indiquant au New York Times sa conviction que Xi Jinping ne tenterait pas d’attaquer Taïwan tant qu’il serait en poste à la Maison blanche. Le président chinois «le fera peut-être quand nous aurons un président différent, mais pas avec moi comme président», a assuré Donald Trump, dont le second mandat prendra fin en janvier 2029.
De son côté, Taipei craint que Pékin ne parvienne à persuader Donald Trump d’exprimer son «soutien» à une réunification pacifique ou de déclarer que les États-Unis «s’opposent» plutôt que «ne soutiennent pas» l’indépendance de Taïwan, selon Edgard D. Kagan, Conseiller principal et titulaire de la chaire Freeman d’études chinoises. De plus, le gouvernement taïwanais craint que la confiance de Donald Trump dans sa relation avec le président Xi Jinping n’entraîne un affaiblissement du soutien américain à Taïwan dans des domaines tels que la sécurité, le commerce et les efforts déployés par Taïwan pour préserver son réseau de relations internationales, officielles et non officielles.
Concernant le secteur des hautes technologies, les deux hommes devraient se concentrer sur le secteur de l’Intelligence Artificielle et sur un éventuel assouplissement des restrictions américaines sur les exportations de puces. Or, les sommets entre Joe Biden et Xi Jinping de 2023 et 2024 ont permis d’instaurer un dialogue technique sur l’Intelligence Artificielle, et la conclusion d’un accord visant à ne pas la relier au commandement et au contrôle des forces nucléaires. La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping pourrait s’appuyer sur ces acquis, avec des résultats modestes.
Toutefois, les États-Unis veulent empêcher la Chine d’accéder aux technologies américaines les plus avancées (Nvidia, équipements lithographiques, logiciels de conception), considérant que les puces pourraient renforcer l’armée chinoise et accélérer la stratégie de «fusion civilo-militaire» de Pékin. De son côté, la Chine va tenter d’avoir un assouplissement des restrictions américaines dans le secteur du high –tech, d’accéder aux composants de pointe américains, mais également de gagner du temps pour développer son autonomie technologique.
Conclusion, la rencontre entre les présidents Xi Jinping et Donald Trump est importante car elle concerne la rivalité entre les deux plus grandes puissances mondiales dans des domaines clés et devenus des piliers de leurs économies. Cependant, l’enjeu principal de la rencontre est de désamorcer les tensions commerciales et d’éviter une escalade de la guerre économique. Mais les deux hommes vont aussi tenter d’établir une relation caractérisée par la coordination, la coopération et la stabilité.




