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Un casse-tête chinois: avec qui négocier en Iran?

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique, qui affirme avoir pris le contrôle du pouvoir ne forme pas une organisation unifiée. 

Mohsen Sazegara, fondateur du Corps des Gardiens de la Révolution, a été emprisonné quatre fois en Iran et vit aujourd’hui en exil aux Etats-Unis.

«Les Gardiens de la Révolution islamique ressemblent à un dragon à sept têtes, affirme Mohsen Sazegara, fondateur des Gardiens de la Révolution, cité par Emmanuel Razavi. Chaque tête opère indépendamment». D’un côté, il y a l’Organisation du Renseignement qui fonctionne comme le KGB ; son unité d’élite, la Force Al Qods et les structures qui y sont liées se comportent comme des organisations terroristes ; il y a aussi des divisions de missiles, nucléaires et militaires conventionnelles. Une autre partie des gardiens de la révolution est engagée dans des activités commerciales et des opérations d’entreprise. Une partie de leurs forces sont également impliquées dans la production et le trafic de drogue (…). Ces différents leaders revendiquent être à la tête des Gardiens de la Révolution et affirment contrôler la décision gouvernementale. En fait, ils se comportent plus comme des chefs de guerre ou de bandes, étant condamnés à l’isolement les uns des autres par la nécessité de se cacher dans de profonds bunkers et de renoncer à l’utilisation de moyens de télécommunications pour échapper aux tentatives d’assassinat des armées américaine et israélienne».                 

Face à eux, Araghchi, Qalibaf et Pezeshkian n’ont aucun pouvoir de décision et les accords qu’ils signeraient n’ont aucune valeur aux yeux des chefs des Gardiens de la Révolution. Ce sont eux qui gardent dans des abris bunkérisés l’uranium enrichi et il est peu probable qu’ils s’en dessaisissent. La remise de l’uranium enrichi ou sa neutralisation sous contrôle international est pourtant la première des exigences de Donald Trump.

Il semble que le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, ne soit plus en vie, ou tout au moins ne soit plus capable de prendre des décisions. À sa place, ce sont ces chefs des Gardiens de la Révolution Islamique qui gèrent les affaires, prétendant le faire en son nom. Et ils voient dans la guerre le seul moyen de leur survie et notamment de conserver les richesses qu’ils ont accumulées.                

Quelle autorité ont sur leurs troupes ces chefs de guerre, chefs de la Garde révolutionnaire islamique ou officiers supérieurs de l’armée? On peut se poser la question car le ressentiment envers eux de la part de leurs subordonnés est très fort. Ils leur reprochent de se cacher avec leurs familles dans des zones sûres loin des bombardements, alors qu’eux, les officiers de rang inférieur et les soldats, sont maintenus au sein de bases qu’ils savent être la cible de frappes. Ils ont le sentiment d’être utilisés comme boucliers humains. Et gare aux officiers et soldats qui critiqueraient leurs décisions. Ils prennent le risque d’être accusés d’espionnage au profit de l’Etat sioniste.

Il faut dire, explique Mohsen Sazegara, qu’«une grande partie des membres subalternes des Gardiens de la Révolution sont des soldats conscrits. En Iran, les hommes sont tenus, une fois qu’ils atteignent l’âge légal, de compléter deux ans de service militaire obligatoire. Qu’ils servent dans l’armée régulière (appelée Artesh), les Gardiens de la Révolution ou les forces de police n’est pas leur choix ; ils sont assignés par un système d’allocation et de tirage au sort. En conséquence, une partie des Gardiens de la Révolution, y compris dans certaines unités spécialisées, est composée de conscrits. (…).»

Enfin, l’hésitation de Donald Trump et la multitude d’ultimatums et de prolongations du cessez-le-feu ont permis à ces prétendus chefs de guerre de s’enhardir et de croire que l’Iran est à égalité avec l’Amérique et qu’ils ont toujours la capacité de contrôler la région, de l’Irak au Liban. Sans oublier la haine qu’ils vouent envers les monarchies du Golfe.

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