
Le 9 juillet2026 au soir, deux membres des Basij ont été abattus à Mashhad par des hommes armés.
Les affrontements récents au Kurdistan iranien, l’attaque contre des membres des Basij à Mashhad et les tensions persistantes au Baloutchistan et au Khouzistan ne constituent pas encore une insurrection nationale. Mais, au moment où la République islamique affronte une guerre extérieure de haute intensité, leur simultanéité pose une question nouvelle: le pouvoir peut-il continuer à isoler et à réprimer séparément ces contestations du pouvoir sans qu’elles finissent par converger?
Alors que l’attention internationale reste focalisée sur la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, le programme nucléaire iranien et la sécurité dans le Golfe, une autre menace se précise à l’intérieur même de la République islamique. Le 9 juillet au soir, deux membres des Basij ont été abattus à Mashhad par des hommes armés. Quelques jours plus tôt, les Gardiens de la révolution avaient affronté des combattants kurdes dans le nord-ouest du pays, près de la frontière irakienne. Au Baloutchistan comme dans le Khouzistan arabe, les attaques, les opérations militaires et la répression se poursuivent depuis des années. Pris séparément, ces événements relèvent de situations locales différentes. Mis bout à bout, ils posent une question plus large: la guerre extérieure pourrait-elle accélérer la fragilisation intérieure de la République islamique?
Pourquoi la République islamique a tenu jusqu’ici
Depuis la révolution de 1979, la République islamique a démontré bien davantage qu’une simple capacité à encaisser les crises. Elle a su mobiliser des populations très différentes autour d’un mélange de défense nationale, d’exaltation révolutionnaire, de contrainte et de ferveur religieuse.
Lorsque l’Irak envahit l’Iran en septembre 1980, le régime khomeyniste était encore jeune et profondément contesté. Des insurrections secouaient plusieurs régions, notamment le Kurdistan, et les purges avaient affaibli l’armée. Saddam Hussein pensait pouvoir exploiter ces fractures. Il espérait notamment que les Arabes du Khouzistan se retourneraient contre Téhéran et accueilleraient les troupes irakiennes comme des libérateurs.
Ce calcul échoua. Dans leur majorité, les Arabes iraniens ne se rallièrent pas à l’envahisseur. Ils défendirent leurs villes, leurs familles et leur territoire. Cette réaction ne signifiait pas nécessairement une adhésion au nouveau régime islamique. Elle révélait plutôt la force d’une appartenance iranienne capable, au moment de l’invasion, de prendre le dessus sur les divisions ethniques et les griefs contre le pouvoir central.
Le chiisme joua néanmoins un rôle décisif. Le régime présenta la guerre comme le prolongement du combat de l’imam Hussein contre l’oppression. Le sacrifice, le martyre et l’obéissance religieuse furent transformés en instruments de mobilisation militaire. L’enthousiasme né de la chute du Shah renforça encore cette ferveur durant les premières années de la guerre.
Mais cette mobilisation ne fut jamais uniforme. Une partie des Kurdes iraniens continua de combattre la République islamique, tandis que d’autres servirent dans l’armée, parfois par patriotisme, parfois par conscription ou pour défendre leurs propres régions contre l’Irak.
La force du régime fut donc d’avoir amalgamé plusieurs ressorts différents: le patriotisme iranien, la peur de l’invasion, le chiisme, l’exaltation révolutionnaire, le culte du martyre et la contrainte exercée par l’État. C’est cette combinaison, davantage qu’une simple «résilience», qui lui permit d’imposer à la société huit années de guerre et des pertes humaines considérables. À chaque étape, le pouvoir a réussi à préserver l’essentiel : la cohésion de son appareil sécuritaire et le contrôle du territoire.
Cette capacité à survivre ne repose pas seulement sur la force militaire. Elle tient à un système qui combine idéologie, surveillance, répression, encadrement religieux, clientélisme et contrôle de l’information. Le régime a appris à isoler les foyers de contestation, à empêcher leur convergence et à présenter toute opposition intérieure comme une menace contre l’unité nationale ou comme l’instrument d’une puissance étrangère.
C’est aussi ce qui explique pourquoi tant de prévisions annonçant l’effondrement rapide de la République islamique se sont révélées erronées. Pourtant, la séquence actuelle présente une configuration différente. Pour la première fois depuis longtemps, Téhéran pourrait être contraint de gérer simultanément une confrontation militaire extérieure de haute intensité, la protection de ses infrastructures stratégiques et une multiplication de foyers de tension sur son propre territoire.
Mashhad, une attaque au cœur d’une ville symbole
Ce n’est pas encore une insurrection nationale. Ce n’est pas davantage une guerre civile. La question est désormais de savoir si le régime peut continuer à contenir séparément des crises qui pourraient peut-être se rejoindre. La dernière alerte est venue de Mashhad. La ville n’est pas un lieu quelconque. Elle abrite le sanctuaire de l’imam Reza, un des principaux centres de pèlerinage chiite en Iran, et compte parmi les bastions religieux du régime. Le 9 juillet 2026 au soir, deux membres des Basij ont été abattus par des hommes armés. Lorsqu’une attaque armée vise des Bassidjis dans un tel centre urbain, l’événement dépasse le simple fait-divers.
Selon les médias proches du régime, deux hommes portant des uniformes militaires et armés de pistolets ont ouvert le feu sur plusieurs membres des Basij dans la rue Fakouri. L’un des miliciens serait mort sur place, tandis que le second aurait succombé à ses blessures après son transfert à l’hôpital. Les assaillants ont réussi à prendre la fuite. Aucune organisation n’a revendiqué l’attaque et rien ne permet encore d’établir les motivations des auteurs.
La portée politique de l’incident tient d’abord au lieu. La ville a occupé une place centrale dans les cérémonies funéraires organisées après la mort d’Ali Khamenei. Le régime voulait faire de ces funérailles une démonstration de continuité politique et de cohésion nationale. Pourtant, la mobilisation populaire observée n’a pas nécessairement collé à l’image d’un pays entièrement rassemblé autour de l’ancien Guide suprême.
Quelques jours plus tard, la mort de deux membres des Basij dans cette même ville rappelle que la démonstration de continuité institutionnelle ne suffit pas à effacer les interrogations sur la solidité du pouvoir. L’événement est d’autant plus significatif que les Basidji ne sont pas une force de sécurité ordinaire. Cette milice, placée sous l’autorité des Gardiens de la révolution, joue un rôle central dans la surveillance de la société, la répression des manifestations, le contrôle des universités, des quartiers et des lieux de travail. S’en prendre aux Basidji, c’est donc viser l’un des instruments les plus visibles de la présence du régime dans la vie quotidienne des Iraniens.
Les combats du Kurdistan iranien
Quelques heures auparavant, de violents affrontements avaient éclaté dans le nord-ouest de l’Iran. Les combats se sont déroulés dans les secteurs de Piranshahr et de Sardasht, deux villes de la province de l’Azerbaïdjan occidental, à proximité immédiate de la frontière avec le Kurdistan irakien. Cette région montagneuse constitue depuis des décennies l’un des principaux foyers de tension entre Téhéran et les mouvements kurdes iraniens, dont plusieurs disposent de bases, de réseaux ou de zones de repli de l’autre côté de la frontière.
Selon des organisations kurdes de défense des droits humains, cinq membres du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran ont été tués lors d’une embuscade tendue par les forces du Corps des Gardiens de la révolution islamique. Le bilan reste difficile à confirmer de manière indépendante. Mais l’existence d’affrontements ne fait aucun doute: elle a été reconnue aussi bien par les organisations kurdes que par le quartier général Hamzeh Sayyid al-Shuhada du Corps des Gardiens de la révolution.
Depuis ces combats, les forces iraniennes ont considérablement renforcé leur présence dans la région. Des troupes supplémentaires, des unités du CGRI (Gardiens de la Révolution) et des moyens lourds ont été déployés dans plusieurs secteurs frontaliers du Kurdistan iranien. Ce mouvement montre que Téhéran ne considère pas les affrontements de Piranshahr et de Sardasht comme de simples incidents isolés, mais comme une menace susceptible de se prolonger ou de s’étendre.
D’autres combats auraient également opposé les forces gouvernementales à des combattants liés au Parti pour une vie libre au Kurdistan, le PJAK, dans le secteur de Sardasht. Là aussi, le bilan reste à établir de façon indépendante, mais l’essentiel est ailleurs: le régime reconnaît lui-même qu’il doit à nouveau engager ses forces contre des groupes armés dans l’une de ses périphéries les plus sensibles.
Ces affrontements ne constituent pas une nouveauté absolue. Le Kurdistan iranien connaît depuis des décennies des phases d’accalmie suivies de reprises de la violence. Mais le contexte actuel leur confère une portée différente. Ils surviennent au moment où Téhéran doit déjà consacrer une part importante de ses moyens à la guerre extérieure, à la protection de ses sites nucléaires, de ses infrastructures énergétiques et de ses principaux centres de commandement.
Une puissance régionale bâtie sur un équilibre intérieur fragile
Vue de l’extérieur, la République islamique apparaît comme un État fortement centralisé, doté d’institutions solides et d’un appareil sécuritaire puissant. Cette image n’est pas fausse. Mais elle masque un équilibre intérieur plus complexe. L’Iran est un vaste État situé au carrefour du Moyen-Orient, du Caucase, de l’Asie centrale et du sous-continent indien. Cette position lui confère un poids considérable dans les équilibres régionaux, mais elle l’oblige aussi à administrer un territoire traversé par de nombreuses réalités ethniques, linguistiques, religieuses et tribales.
Les Persans constituent le principal groupe de population, mais ils coexistent avec d’importantes communautés azéries, kurdes, baloutches, arabes, turkmènes et lories. Dans leur immense majorité, ces populations participent à la vie nationale iranienne et ne sont pas engagées dans des mouvements séparatistes. Mais plusieurs régions périphériques connaissent depuis longtemps des tensions alimentées par des revendications identitaires, des inégalités économiques, des discriminations, des difficultés environnementales, des trafics transfrontaliers ou la présence de groupes armés.
Pendant des décennies, la République islamique est parvenue à empêcher que ces foyers ne convergent. Sa stratégie a consisté à traiter chaque foyer de tension, en alternant dialogue avec les responsables locaux, pression politique, présence militaire, renseignement, contrôle économique, arrestations et répression. Cette méthode a permis au régime islamique d’atteindre son objectif principal: aucune contestation régionale n’a réussi à remettre durablement en cause le contrôle de l’État sur l’ensemble du territoire national.
La question qui se pose aujourd’hui est différente. Le problème n’est pas l’existence de ces lignes de fracture. Elles sont anciennes et parfaitement connues du pouvoir. L’enjeu est de savoir si plusieurs d’entre elles pourraient se manifester simultanément, alors même que l’appareil sécuritaire est fortement mobilisé par la guerre extérieure.
Les trois ceintures de vulnérabilité de la République islamique
Les périphéries les plus sensibles de l’Iran ne présentent ni les mêmes revendications ni les mêmes risques. Au nord-ouest, le Kurdistan iranien représente d’abord une vulnérabilité territoriale et frontalière. La présence de mouvements armés kurdes de part et d’autre de la frontière avec l’Irak oblige le régime à maintenir une importante présence militaire dans une zone montagneuse difficile à contrôler. Téhéran accuse régulièrement ces organisations de bénéficier du soutien de services de renseignement étrangers et d’utiliser le territoire du Kurdistan irakien comme base arrière. Les groupes kurdes dénoncent, de leur côté, la répression politique, les discriminations et l’absence de reconnaissance de leurs droits culturels et politiques.
Au sud-est, le Sistan-et-Baloutchistan constitue une vulnérabilité d’une autre nature. Cette région, frontalière du Pakistan et de l’Afghanistan, est l’une des plus pauvres du pays. Elle est peuplée en grande partie de Baloutches sunnites, dans un État dominé par le clergé chiite. La pauvreté, le chômage, les trafics transfrontaliers, les tensions religieuses et la présence de groupes armés y créent un environnement particulièrement instable. Le pouvoir y fait régulièrement face à des attaques contre les forces de sécurité, les postes-frontières et les installations militaires.
Le Khouzistan, entre question arabe et cœur énergétique de l’Iran
Le troisième espace sensible est le Khouzistan, que de nombreux militants arabes désignent sous le nom d’Ahwaz. Située dans le sud-ouest de l’Iran, cette province abrite une importante communauté arabe iranienne. Elle concentre aussi une part majeure des ressources pétrolières, des installations pétrochimiques et des infrastructures énergétiques du pays. La question arabe y est donc directement liée à la sécurité économique de la République islamique.
Le Khouzistan occupe également une place particulière dans l’histoire contemporaine de l’Iran. Lorsqu’il lança son offensive en septembre 1980, Saddam Hussein pensait que les Arabes ahwazis accueilleraient les troupes irakiennes en libérateurs et se soulèveraient contre Téhéran. Son calcul reposait sur l’idée que les solidarités ethniques et linguistiques l’emporteraient sur l’appartenance à l’État iranien.
Les événements lui donnèrent tort. Les oppositions au pouvoir central ne se transformèrent pas en soulèvement généralisé en faveur de Bagdad. Une grande partie de la population locale défendit son territoire contre l’invasion irakienne, tandis que de nombreux Arabes iraniens combattirent dans les rangs des forces iraniennes. Cet épisode rappelle que les fractures intérieures de l’Iran ne se réduisent pas à des oppositions ethniques ou communautaires. Un Arabe du Khouzistan peut contester le pouvoir central sans pour autant accepter une domination étrangère ou souhaiter le démembrement du pays.
Cette fidélité à l’Iran n’a toutefois pas fait disparaître les griefs. Une partie de la population locale dénonce depuis longtemps la marginalisation, le chômage, les difficultés d’accès à l’eau, la pollution et la faiblesse des retombées locales de la richesse pétrolière.
Depuis le déclenchement de la guerre entre l’Iran et les États-Unis, certains mouvements ahwazis ont adapté leur discours au nouveau contexte régional. Ils insistent d’abord sur le contraste entre la pauvreté d’une partie de la population arabe du Khouzistan et l’opulence des sociétés arabes situées de l’autre côté du Golfe. Selon eux, les habitants d’une province qui fournit une part importante du pétrole iranien continuent de subir le chômage, la dégradation de l’environnement et l’insuffisance des investissements publics, tandis que la richesse des hydrocarbures a transformé les monarchies voisines.
À cet argument économique s’ajoute désormais un argument stratégique. Certains mouvements séparatistes affirment qu’un territoire ahwazi détaché de l’Iran pourrait priver Téhéran d’une partie de son accès au Golfe et contribuer au rétablissement de la liberté de navigation. Cette affirmation repose toutefois sur une définition très extensive de l’Ahwaz. Les revendications de certains groupes ne se limitent pas au Khouzistan actuel: elles englobent aussi des zones côtières situées plus à l’est, jusqu’aux abords du détroit d’Ormuz.
Ces mouvements cherchent ainsi à convaincre les États arabes et occidentaux que leur cause ne relève pas seulement d’une revendication identitaire, mais pourrait aussi servir un objectif géopolitique plus large: réduire la capacité de Téhéran à menacer la navigation dans le Golfe. Cet argument relève pour l’instant davantage de la recherche de soutiens étrangers que d’un rapport de force réel. Il montre néanmoins comment la guerre régionale transforme d’anciennes fractures intérieures en instruments possibles de la confrontation avec la République islamique.
Plusieurs organisations arabes ahwazies, dont certaines ont eu recours à la lutte armée, restent actives à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Leur influence réelle demeure difficile à mesurer et rien ne permet d’affirmer qu’elles disposent aujourd’hui d’une capacité d’insurrection généralisée. Mais le Khouzistan constitue une vulnérabilité majeure. Une détérioration durable de la situation sécuritaire dans cette province toucherait directement le cœur énergétique de la République islamique.
Ces trois régions représentent donc trois formes distinctes de fragilité :
• Le Kurdistan menace la sécurité des frontières occidentales
• Le Baloutchistan met à l’épreuve le contrôle du sud-est
• Le Khouzistan arabe touche directement les ressources énergétiques et économiques du pays
Ce qui inquiète le pouvoir n’est pas seulement l’existence de chacune de ces crises. C’est la possibilité qu’elles se développent au même moment.
L’autre front: les grandes villes iraniennes
Les régions périphériques ne constituent pas la seule source de préoccupation pour les autorités iraniennes. Depuis plus de vingt ans, les principales contestations contre la République islamique sont également venues des grands centres urbains. Les manifestations étudiantes de 1999, le Mouvement vert de 2009, les protestations de 2019 contre la hausse du prix des carburants puis le mouvement «Femme, Vie, Liberté» déclenché en 2022 après la mort de Mahsa Amini ont montré que le cœur démographique du pays pouvait lui aussi défier le pouvoir.
Mais, parmi tous les signes de mécontentement urbain, il en est un que les pouvoirs iraniens ont toujours redouté plus que les autres: celui du Bazar de Téhéran. Le Grand Bazar n’est pas seulement un centre commercial. Il constitue depuis des générations un réseau économique, social et religieux capable de financer des mouvements, d’organiser des grèves et de relayer la contestation bien au-delà de ses propres murs.
Les bazaris ont joué un rôle majeur dans la chute du Shah en 1979. Leurs fermetures de boutiques, leur soutien financier aux opposants et leurs liens avec le clergé ont contribué à transformer une succession de manifestations en mouvement révolutionnaire. Après l’instauration de la République islamique, ils ont longtemps été considérés comme l’un des soutiens naturels du nouveau régime.
C’est précisément pour cette raison que leur mécontentement inquiète autant le pouvoir. Lorsque les commerçants du Bazar cessent de protester uniquement contre les taxes, l’inflation ou l’effondrement de la monnaie et commencent à reprendre des slogans politiques, le signal dépasse largement la seule crise économique.
La fermeture du Bazar peut paralyser une partie de l’activité, mais elle peut surtout donner à la contestation une organisation, des relais et des ressources dont les mouvements spontanés manquent souvent. La République islamique sait qu’une mobilisation étudiante peut être réprimée, qu’une révolte périphérique peut être isolée et qu’une manifestation urbaine peut être dispersée. Elle redoute davantage le moment où la rue, les universités, les classes populaires et le Bazar commenceraient à agir dans la même direction.
Les protestations récentes des commerçants montrent que cette ancienne alliance entre le pouvoir religieux et les bazaris s’est fragilisée. Une partie d’entre eux dénonce désormais l’effondrement du rial, l’inflation, la corruption et la place prise par les Gardiens de la révolution dans l’économie. Le régime ne perd pas seulement un soutien économique: il risque de voir se détacher l’un des milieux qui avaient contribué à sa naissance. (Financial Times)
À chaque fois, la réponse du régime a été d’une extrême fermeté. Les Gardiens de la révolution, les Basidjis et les forces de sécurité ont procédé à des arrestations massives, à des tirs contre les manifestants, à des procès expéditifs, à des exécutions et à un contrôle renforcé d’Internet et des réseaux sociaux. Cette répression a permis d’empêcher la chute du régime, mais elle n’a pas supprimé les causes profondes du mécontentement.
C’est précisément cette mémoire des grandes contestations urbaines qui donne une portée particulière aux incidents de Mashhad. Pour la première fois depuis plusieurs années, une attaque armée visant les Basij intervient dans une grande ville au moment où les affrontements reprennent également dans plusieurs régions périphériques. Si les périphéries devaient un jour entrer en résonance avec les grandes métropoles iraniennes, la République islamique serait confrontée à une équation sécuritaire d’une tout autre ampleur que celles qu’elle a connues jusqu’à présent.
Ce qui change aujourd’hui
Les tensions au Kurdistan, au Baloutchistan, dans le Khouzistan ou dans les grandes villes iraniennes ne sont pas nouvelles. La République islamique y est confrontée depuis des décennies et, jusqu’à présent, elle est toujours parvenue à empêcher que ces différents foyers de contestation ne convergent.
Pour la première fois depuis longtemps, le régime doit gérer simultanément une confrontation militaire de haute intensité à l’extérieur de ses frontières et une multiplication d’incidents sécuritaires sur son propre territoire. Les Gardiens de la révolution, les Basij, les forces de sécurité intérieure et les services de renseignement conservent des capacités considérables. Mais ils doivent désormais protéger les dirigeants et leurs propres structures, les installations nucléaires, les infrastructures énergétiques, les ports, les axes logistiques, les frontières et les principales agglomérations du pays.
La question n’est donc pas de savoir si la République islamique est encore capable de réprimer une contestation. Elle est de savoir si elle peut continuer à contenir simultanément plusieurs crises de nature différente sans que celles-ci finissent par se renforcer mutuellement.
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