
De l’Iran à plusieurs pays du Golfe et du Moyen-Orient au sens large, environ 3 000 personnes auraient été arrêtées au cours du premier mois de la guerre en cours dans la région, suscitant des inquiétudes quant aux restrictions de la liberté d’expression et à la répression étatique.
«La répression de l’espace civique et de la liberté d’expression s’est considérablement aggravée au Moyen-Orient, aggravant un climat de peur déjà existant provoqué par de multiples conflits et crises», a déclaré mercredi le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk à Genève.
L’Iran représente la majorité des arrestations signalées, touchant près de 2 350 personnes depuis le début du conflit, selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) de l’ONU à Genève. Les personnes arrêtées font face à des accusations liées à la sécurité nationale, «notamment le terrorisme, la dissidence, l’espionnage présumé et la coopération avec l’ennemi».
Procès accélérés
De nombreuses personnes arrêtées lors des manifestations de janvier en Iran et pendant la guerre en cours sont confrontées à des «conditions choquantes , à des procédures accélérées et au risque d’exécution, a indiqué le Haut-Commissaire.
Huit personnes auraient été exécutées, dont trois liées aux manifestations de masse, alors qu’une coupure d’internet entre dans sa cinquième semaine et que des «interrogatoires et intimidations généralisés de civils par des forces de sécurité lourdement armées dans les espaces publics» sont signalés.
«Des dizaines d’autres personnes condamnées – y compris des enfants – risquent un sort similaire», a averti M. Türk, appelant à l’arrêt immédiat de toutes les exécutions.
Mort en détention
À Bahreïn, le HCDH a signalé la mort en détention de l’activiste Mohammed Al-Mousawi vers le 27 mars, ainsi que de «graves allégations de torture».
Le chef des droits de l’homme de l’ONU a également évoqué d’autres arrestations dans cet État du Golfe, «notamment celles de ressortissants étrangers, pour avoir filmé ou partagé du contenu sur les réseaux sociaux, ou pour avoir exprimé une sympathie présumée envers l’ennemi». Dans les affaires d’espionnage présumé, les procureurs bahreïnis ont requis la peine de mort.
Au Qatar et aux Émirats arabes unis, le HCDH indique que 313 et 109 personnes ont été détenues respectivement, «en lien avec le fait de filmer ou de partager des informations, entre autres accusations».
Des auteurs de vidéos de frappes en procès accéléré aux Emirats
Aux Émirats arabes unis, 35 personnes ont été renvoyées devant des «procès accélérés», parmi lesquelles des individus ayant diffusé des vidéos montrant l’impact des frappes iraniennes et des interceptions. Des ressortissants étrangers figurent également parmi les personnes détenues, selon le HCDH.
Au Koweït, le bureau des droits de l’homme de l’ONU a mis en lumière un nouveau décret imposant des peines d’emprisonnement et de lourdes amendes pour la diffusion d’informations visant à «porter atteinte au prestige de l’armée» ou à éroder la confiance du public envers celle-ci.
En Jordanie, au moins quatre critiques auraient été arrêtés depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, dont trois membres du Parti communiste jordanien, deux étant toujours détenus sans motif connu.
«Nous rappelons à tous les États leur obligation, en vertu du droit international des droits de l’homme, de respecter et de protéger le droit des personnes à la liberté d’expression. Chacun a le droit d’exprimer des opinions critiques, en particulier sur des questions d’intérêt public majeur, sans craindre une arrestation arbitraire ou des sanctions», a déclaré le chef des droits de l’homme de l’ONU.
Restrictions en Cisjordanie occupée
Dans le Territoire palestinien occupé, M. Türk a indiqué que les autorités israéliennes avaient annoncé la détention de 200 Palestiniens entre le 28 février et le 6 mars, notamment pour des publications sur les réseaux sociaux, soupçonnés «d’incitation» et de «glorification de l’ennemi».
Le Haut-Commissaire a également décrit l’agression physique d’un directeur d’école palestinien de 44 ans à Dura, près d’Hébron, le 11 mars, devant sa famille, ainsi que le vandalisme de son domicile par les autorités israéliennes, en raison d’une publication qu’il aurait faite sur les réseaux sociaux en soutien à l’Iran.



