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La fin de l’ère Kaczyński? Comment la crise du PiS redessine les contours de la droite polonaise

De gauche à droite, Mateusz Morawiecki, Jarosław Kaczyński et Karol Nawrocki. Réalisé avec IA.

Pendant près de deux décennies, la politique polonaise a été structurée par la rivalité de deux camps: celui de la Plateforme civique de Donald Tusk et celui de Droit et Justice (PiS) de Jarosław Kaczyński. Tusk a construit la principale force centriste et libérale de Pologne. Kaczyński a fait du PiS la principale force conservatrice.

En juillet 2026, un conflit interne au PIS s’est transformé en rupture politique ouverte. L’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki crée le mouvement «Rozwój Plus» rejoint par une quarantaine de députés et un sénateur. Ce n’est pas encore un nouveau parti. mais la rupture est désormais consommée.

Pour la première fois depuis de nombreuses années, la droite cesse d’être structurée autour d’un leader incontesté. À côté du PiS apparaissent désormais d’autres formations politiques qui s’adressent au même électorat conservateur. La question n’est donc plus seulement de savoir si le PiS parviendra à revenir au pouvoir mais si le PiS restera la principale maison des conservateurs polonais après l’ère Jarosław Kaczyński?

«Droit et Justice» a été fondé en 2001 et est devenu, en un quart de siècle, l’une des forces politiques les plus influentes de la Pologne contemporaine. Le parti a été appelé à former un gouvernement à deux reprises, après les élections de 2005 et de 2015. Après sa victoire de 2015, le PiS est resté au pouvoir jusqu’en 2023.

La particularité de Kaczyński tient au fait que son influence politique n’a jamais dépendu d’une fonction officielle. Il n’a pas été Premier ministre pendant la majeure partie des années où le PiS était au pouvoir, mais il est resté le principal stratège du parti, celui qui fixait sa ligne politique et arbitrait les équilibres entre les différentes composantes du camp conservateur.

Kaczyński dirige toujours le PiS. Mais la question de la succession n’appartient désormais plus à un avenir lointain. Il a 77 ans. La question n’est donc plus seulement de savoir quand sa carrière politique prendra fin, mais si un parti bâti autour de son autorité sera capable de préserver son unité. Le conflit de juillet a précisément montré à quel point cette transition pourrait être difficile.

Kaczyński cherche à préserver la discipline interne du PiS. Morawiecki, de son côté, a créé son propre appareil politique, «Rozwój Plus» en avril 2026, et a commencé à attirer des responsables prêts à envisager une autre voie pour la droite conservatrice. Ce qui n’était au départ qu’un conflit de discipline partisane s’est ainsi transformé en lutte pour l’incarnation de la droite polonaise.

La rupture est actée. Mais sa forme définitive reste à construire

Au départ, le mouvement «Rozwój Plus» se présentait comme une plateforme d’expertise. Il est progressivement devenu un centre d’influence autonome. En juillet, la direction du PiS a demandé à ses membres de renoncer à toute participation à d’autres organisations politiques. Morawiecki a refusé et un groupe important d’une quarantaine de députés l’a suivi.

Le 29 juillet, un pôle parlementaire distinct s’est donc constitué autour de «Rozwój Plus». Son poids est désormais suffisant pour qu’il ne soit plus question d’une simple faction interne au PiS, mais d’une force politique autonome au Parlement. Il faut toutefois éviter de présenter ce processus comme achevé. «Rozwój Plus» n’est pas encore un véritable nouveau parti. Certains des députés qui ont pris le parti de Morawiecki font toujours l’objet de procédures disciplinaires au sein du PiS, tandis que la forme définitive du nouveau projet politique reste encore ouverte. Il est donc plus juste de parler d’une rupture politique déjà consommée, mais dont la traduction organisationnelle est encore en cours.

Pour la première fois depuis longtemps, une formation est en mesure de revendiquer une partie de l’électorat du PiS. Et cela change la logique même de la compétition. Hier encore, la question était de savoir qui succéderait à Kaczyński à la tête du PiS? Aujourd’hui, elle devient progressivement: un seul parti est-il capable d’hériter de représenter l’ensemble du camp conservateur?

La géographie électorale du PIS

Le PiS n’a jamais été le parti de toute la Pologne. Ses bastions se trouvent traditionnellement dans l’est et le sud-est du pays, dans les petites villes et les zones rurales, auprès d’électeurs davantage attachés aux valeurs catholiques et conservatrices. À l’inverse, les grandes villes – Varsovie, Gdańsk, Poznań, Wrocław – sont depuis longtemps nettement plus favorables aux forces libérales et pro-européennes. Cette géographie permet de comprendre l’un des principaux problèmes du PiS. Le parti dispose d’un noyau électoral particulièrement fidèle. Mais ce même noyau constitue aussi son plafond électoral.

Le PiS n’a pas besoin de reconquérir son électorat traditionnel. Son problème est ailleurs: pour retrouver une capacité à gouverner seul, il ne lui suffit pas de mobiliser sa base. Il doit conquérir des électeurs au-delà du de son camp. C’est précisément là que se dessine la différence stratégique entre Kaczyński et Morawiecki. Kaczyński mise avant tout sur la préservation de l’identité politique du PiS et sur la fidélité de son électorat historique. Morawiecki défend une autre approche: il veut élargir la droite au-delà de sa base traditionnelle. Pendant ce temps, à droite du PiS, d’autres forces émergent et cherchent elles aussi à capter une partie de cet électorat.

Morawiecki : successeur de Kaczyński ou fondateur d’une nouvelle droite?

Mateusz Morawiecki a longtemps été considéré comme l’un des principaux prétendants à la succession de Kaczyński. Son parcours diffère de celui de nombreux responsables historiques du PiS. Avant de s’imposer, il a travaillé dans le secteur financier et dirigé Bank Zachodni WBK. En 2015, il a rejoint le gouvernement du PiS et, en 2017, il est devenu Premier ministre. Cette trajectoire a contribué à construire son image de responsable plus technocratique, davantage tourné vers l’économie et plus pragmatique. Cette identité pourrait précisément devenir son principal atout après la rupture.

Morawiecki doit désormais convaincre l’électeur de droite sur les questions de l’État, de la sécurité et des intérêts nationaux. Son défi n’est pas simplement de récupérer une partie des députés du PiS. Il doit transformer la rupture organisationnelle en créant une marque politique autonome et démontrer qu’il existe un électorat qui soutient un gouvernement de droite sans pour autant souhaiter le retour à l’ancien modèle du PiS.

L’activité publique de «Rozwój Plus» montre que l’élargissement de la base électorale constitue l’un des objectifs centraux du projet. C’est pourquoi Morawiecki cherche à se présenter non seulement comme une alternative à Kaczyński, mais aussi comme le possible point de départ d’une coalition conservatrice plus large. Le nouveau projet se heurte toutefois à une difficulté majeure: pour l’instant, il est beaucoup plus solide sur le plan organisationnel que sur le plan électoral.

Selon un sondage de United Surveys réalisé pour Wirtualna Polska, à la fin du mois de juillet, une liste hypothétique de «Rozwój Plus» obtenait environ 7,5 % des intentions de vote. Une autre enquête accordait au projet de Morawiecki 7,4 %. Cela suffit déjà à envisager une représentation parlementaire, mais reste insuffisant pour parler d’un nouveau centre de gravité de la droite polonaise. (Rzeczpospolita)

Il faut également distinguer le soutien au nouveau projet de l’évaluation de ses perspectives futures. Lorsqu’un sondage montre qu’une part importante des Polonais considère le projet de Morawiecki capable de franchir le seuil d’entrée à la Diète, cela ne signifie pas que ce niveau de soutien correspond à sa force électorale réelle.

Deux «Confédérations» – deux menaces différentes pour le PiS

Le PiS doit également composer avec le fait qu’à sa droite existent déjà non pas une, mais au moins deux forces politiques significatives. La première est Konfederacja, associée principalement à Sławomir Mentzen et Krzysztof Bosak. Cette force de droite défend notamment un fort libéralisme économique, une limitation de l’intervention de l’État et une attitude plus critique à l’égard d’une partie des politiques de l’Union européenne.

La seconde est Konfederacja Korony Polskiej ou Confédération de la Couronne polonaise, de Grzegorz Braun. Il s’agit d’une force nationaliste antisémite, plus radicale concernant l’Union européenne et de relations avec l’Ukraine. Les derniers sondages illustrent l’ampleur de cette concurrence. Selon les données de l’IBRiS pour «Rzeczpospolit», à la fin du mois de juillet, le PiS obtenait 17,3 %, Konfederacja 12,3 %, Konfederacja Korony Polskiej 10,9 %.

La situation est ainsi profondément différente. Le PiS ne fait plus face à une seule force concurrente. À sa droite se déploie désormais tout un éventail de projets politiques. Le camp conservateur peut disposer d’un potentiel électoral cumulé considérable. Mais cela ne signifie pas automatiquement que ces voix pourront se transformer en une majorité parlementaire.

Quatre projets de droite peuvent réunir ensemble une part importante de l’électorat et, dans le même temps, se révéler incapables de former un gouvernement en raison de leur concurrence mutuelle. C’est là que se situe le véritable problème du PiS. Il ne s’agit pas seulement de perdre des électeurs mais de perdre la capacité à transformer le potentiel électoral cumulé de la droite en majorité parlementaire.

Si le PiS se déplace vers la droite pour empêcher ses électeurs de rejoindre des forces plus radicales, il risque de perdre les conservateurs modérés. S’il se recentre, il laisse davantage d’espace à Konfederacja et à la Confédération de la Couronne polonaise. Et si une partie de l’électorat conservateur modéré rejoint Morawiecki, le PiS risque de perdre simultanément du terrain à sa droite et au centre.

Nawrocki: un troisième pôle de pouvoir

Un autre acteur pourrait encore bouleverser l’ensemble de cette configuration: il s’agit de Karol Nawrocki. En 2025, le candidat soutenu par le PiS a battu Rafał Trzaskowski au second tour de l’élection présidentielle, avec 50,89 % des voix contre 49,11 %. Le résultat montre que le camp conservateur polonais pouvait réunir une majorité lors d’une élection présidentielle.

Mais Nawrocki n’est pas pour autant un simple prolongement de Kaczyński. Il dispose désormais d’un atout, son propre mandat présidentiel. La droite polonaise compte donc potentiellement plusieurs centres de gravité: l’appareil du PiS, le projet politique de Morawiecki et le pôle présidentiel de Nawrocki.

Nawrocki peut rester un allié du PiS. Mais il peut également devenir progressivement l’arbitre d’un camp conservateur plus large. Dans ce cas, la question de la succession de Kaczyński prendrait une tout autre dimension. Elle ne s’incarnerait pas dans l’émergence d’un leader mais d’une coalition à droite, dans lequel le chef du parti ne détiendrait plus le monopole sur l’électorat conservateur.

L’Ukraine comme test de la nouvelle droite

La «question ukrainienne» est également devenue un indicateur important de la recomposition interne de la droite polonaise. La question des céréales, de l’aide aux réfugiés ukrainiens, de la mémoire historique, du soutien militaire à l’Ukraine et de son éventuelle adhésion future à l’UE est de plus en plus liée à une interrogation plus large: que signifie réellement l’intérêt national pour les conservateurs polonais?

Pour certains représentants de la droite, une position plus ferme à l’égard de l’Ukraine permet de montrer que l’État polonais défend avant tout les intérêts de ses propres électeurs. Pour d’autres, une focalisation excessive sur les conflits avec l’Ukraine pourrait affaiblir la position stratégique de la Pologne dans la région et son rôle sur le flanc oriental de l’OTAN.

C’est précisément là que la question ukrainienne devient le révélateur d’une fracture idéologique plus profonde. Pour une partie de la droite polonaise, l’intérêt national signifie de plus en plus une plus grande autonomie vis-à-vis de Bruxelles, une défense plus ferme des intérêts économiques et historiques du pays et une attitude plus prudente à l’égard de l’Ukraine. Pour une autre partie du camp conservateur, la puissance de la Pologne repose au contraire sur son rôle au sein de l’OTAN, de l’UE et, plus largement, du système de sécurité occidental. La question ukrainienne est donc davantage un symptôme qu’une cause de la crise.

Ce qu’en dit la presse polonaise: une même crise, plusieurs lectures

Les réactions des médias polonais au conflit qui traverse le PiS montrent qu’il ne s’agit plus seulement d’une bataille interne au parti. Selon les rédactions, la scission fait apparaître des risques différents pour l’avenir de la politique polonaise. «Rzeczpospolita» analyse le conflit avant tout comme le début d’une vaste recomposition de la droite. Son chroniqueur politique Michał Szułdrzyński a décrit la rupture comme le début d’une transformation que la droite polonaise n’avait pas connue depuis des années. L’enjeu n’est pas seulement la conquête des électeurs, mais de bâtir de futures coalitions pour savoir qui sera en mesure de former un gouvernement après les prochaines élections législatives. (Rzeczpospolita)

«Gazeta Wyborcza»: Morawiecki construit une alternative

«Gazeta Wyborcza» adopte une position nettement plus critique à l’égard du PiS et de Morawiecki. Ses articles soulignent que «Rozwój Plus» est progressivement passé du statut d’initiative interne à celui de centre politique autonome. Le journal suit notamment les députés qui ont choisi de rester aux côtés de Morawiecki ainsi que ses efforts pour constituer son propre groupe parlementaire. (wyborcza.pl)

Pour «Gazeta Wyborcza», il s’agit avant tout d’une lutte pour le pouvoir au sein de la droite et de la tentative de Morawiecki de profiter de la crise du PiS pour construire son propre projet.

Onet: Morawiecki peut-il transformer la rupture en soutien électoral?

Onet se concentre davantage sur une question concrète: la nouvelle structure de Morawiecki peut-elle devenir une véritable force électorale? Après la scission, Onet souligne que «Rozwój Plus» dispose déjà d’un groupe significatif de parlementaires, mais que son soutien dans les sondages reste pour l’instant très inférieur à celui des principales formations politiques. (onet.pl) Autrement dit, le succès organisationnel de Morawiecki ne garantit pas encore son succès électoral.

«Do Rzeczy»: une rupture dangereuse pour l’ensemble de la droite

«Do Rzeczy», publication conservatrice de droite, analyse la situation sous un angle différent. Ses articles insistent davantage sur le risque que la scission affaiblisse non seulement le PiS, mais l’ensemble de la droite. Le journal souligne que Morawiecki ne cherche pas nécessairement à s’en prendre directement à Kaczyński, mais que la création d’un centre autonome accroît objectivement la concurrence entre les différentes forces conservatrices. (Do Rzeczy).

Du point de vue de la presse conservatrice de droite, le problème n’est pas simplement de savoir qui sortira vainqueur du duel Kaczyński-Morawiecki mais de savoir si les voix de droite ne seront pas tellement dispersées qu’aucune force conservatrice ne pourra parvenir à former un gouvernement. Malgré leurs différences politiques, les médias polonais convergent finalement sur un point. Il ne s’agit plus d’un simple conflit interne au PiS. «Rzeczpospolita» voit le début d’une recomposition de la droite. «Gazeta Wyborcza» voit émerger le projet alternatif de Morawiecki. Onet observe un test de son potentiel électoral. «Do Rzeczy» voit le risque d’un affaiblissement de l’ensemble de la droite par la dispersion des voix.

Quatre scénarios pour l’avenir de la droite polonaise

À partir de la configuration actuelle de la droite polonaise, quatre scénarios peuvent être envisagés pour la suite.

  • Premier scénario – la fragmentation devient la nouvelle norme

Le scénario le plus simple est celui dans lequel la rupture actuelle ne serait pas surmontée. Le PiS resterait l’un des principaux partis conservateurs, mais n’aurait plus le monopole à droite. À ses côtés coexisteraient «Rozwój Plus», Konfederacja et la Confédération de la Couronne polonaise. Dans une telle configuration, le principal problème serait la dispersion des voix de l’électorat de droite entre plusieurs formations. Cette situation pourrait affaiblir l’ensemble de la droite lors des élections législatives, même si le soutien cumulé aux forces conservatrices demeurait élevé.

  • Deuxième scénario – Morawiecki transforme la rupture en nouveau parti

«Rozwój Plus» pourrait progressivement devenir un véritable projet politique. Morawiecki chercherait alors à réunir une partie de l’électorat traditionnel du PiS, les conservateurs modérés, les entrepreneurs et les électeurs qui souhaitent un gouvernement de droite sans retour à la polarisation la plus forte de la décennie précédente.

Ce serait le défi le plus direct lancé à Kaczyński. Mais Morawiecki ne peut pas se contenter d’être «l’anti-Kaczyński». Il doit proposer aux électeurs un modèle politique positif: une politique économique, une position claire sur l’UE, une conception de l’État, une politique à l’égard de l’Ukraine et une réponse à la question des prestations sociales. Sans contenu politique nouveau, le projet risque de rester une simple scission parlementaire issue du PiS.

  • Troisième scénario – la réintégration de la droite

Le scénario inverse ne peut être exclu. Après une période de concurrence, le PiS et l’entourage de Morawiecki pourraient recommencer à rechercher une formule commune. La raison pourrait être très simple: l’arithmétique parlementaire. Si la dispersion de l’électorat de droite compromettait le retour des forces conservatrices au pouvoir, certains responsables pourraient conclure qu’il est nécessaire de geler ou de mettre fin au conflit.

Dans ce cas, Kaczyński pourrait perdre une partie de son contrôle du parti, mais le PiS conserverait son rôle de principale plateforme organisationnelle de la droite. Le parti éviterait ainsi une désintégration définitive, mais il serait difficile de revenir à l’ancien modèle de leadership incontesté.

  • Quatrième scénario – Nawrocki devient le nouveau centre

Le scénario le plus intéressant est peut-être celui dans lequel le principal résultat de la crise du PiS ne serait pas le renforcement de Morawiecki, mais le déplacement progressif du centre de gravité de la droite vers le président. Nawrocki possède ce qu’aucun prétendant interne à la succession de Kaczyński ne possède: un mandat national propre, obtenu directement des électeurs.

S’il parvient à préserver son influence sur le PiS, à maintenir des relations de travail avec les autres forces de droite et à construire son propre réseau politique, il pourrait devenir non pas le successeur de Kaczyński, mais celui autour duquel une partie de la droite polonaise cherchera à se reconstruire.

La question de la succession changerait alors de nature. Il ne s’agirait plus de savoir qui prendra le fauteuil de Kaczyński, mais qui sera capable de coordonner les droites polonaises.

Ce que cela signifie pour Tusk

Le paradoxe est que Donald Tusk pourrait être l’un des principaux bénéficiaires de la crise du PiS – du moins à court terme. Si l’électorat conservateur se répartit entre le PiS, Morawiecki, Konfederacja et la Confédération de la Couronne polonaise, il deviendra plus difficile pour la droite de transformer son soutien cumulé en majorité parlementaire. C’est déjà ce que soulignent plusieurs observateurs polonais et internationaux.

Le Financial Times a décrit la scission du PiS comme un possible «sauvetage» politique pour le gouvernement de Tusk à l’approche des élections législatives de 2027: les voix conservatrices pourraient désormais se répartir entre quatre pôles. Mais cela ne signifie pas que Tusk remportera automatiquement la partie.

Si Morawiecki parvient à construire une large force de centre-droit et si Nawrocki en devient le centre symbolique, la droite polonaise pourrait ne pas s’affaiblir mais, au contraire, élargir sa base électorale. Tusk ne serait alors plus confronté à l’ancien PiS de Kaczyński, mais à un nouveau système de forces conservatrices concurrentes susceptibles de parvenir à des accords entre elles après les élections.

Pour Tusk, le scénario le plus favorable n’est donc pas simplement la chute du PiS. Ce qui lui serait le plus profitable serait une confrontation durable entre les différentes forces de droite, les empêchant de transformer leur soutien électoral cumulé en une majorité parlementaire commune.

La Pologne après Kaczyński

Pendant deux décennies, le PiS, c’était la droite conservatrice et le PiS, c’était les frères Kaczyński. Ce n’est plus une évidence. Jaroslaw Kaczyński tente de préserver le parti et son identité. Morawiecki a déjà créé son outil politique. Konfederacja exerce une pression sur le PiS par sa droite. La Confédération de la Couronne polonaise occupe un segment encore plus radical. Et le président Karol Nawrocki dispose de son propre mandat politique et du potentiel pour diriger le camp conservateur.

Kaczyński contrôle toujours le PiS. Mais il ne contrôle plus nécessairement l’ensemble du camp de droite. Morawiecki ne deviendra peut-être pas son successeur. Nawrocki ne prendra peut-être pas la tête du PiS. Konfederacja ne s’alliera peut-être à aucune de ces forces.

Si la fragmentation actuelle s’installe durablement, l’ère Kaczyński pourrait prendre fin non pas avec l’arrivée d’un nouveau leader incontesté, mais avec la disparition du modèle lui-même — celui dans lequel un seul parti et un seul homme définissaient les contours de la droite polonaise.

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