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Au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’extension de la guerre au Moyen-Orient inquiète

Genève – Réuni lundi 16 mars, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a été le théâtre de vives alertes sur l’aggravation de la guerre au Moyen-Orient. Experts indépendants et diplomates ont décrit une « spirale des conflits armés » alimentée par les frappes israéliennes et américaines contre l’Iran, les ripostes de Téhéran contre les États du Golfe et l’escalade militaire au Liban.

À Genève, le principal forum des Nations unies consacré aux droits humains a consacré une large part de ses débats à l’extension rapide du conflit au Moyen-Orient. Devant les États membres, plusieurs experts ont dénoncé l’augmentation du nombre de victimes civiles depuis le lancement, le 28 février, d’une campagne aérienne menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Sara Hossein, présidente de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran, a décrit « une campagne aérienne dévastatrice » visant officiellement des sites militaires et nucléaires iraniens mais ayant déjà provoqué « un nombre croissant de victimes civiles, y compris des enfants ». Selon elle, la population iranienne se retrouve « prise en étau entre une offensive militaire de grande ampleur et la répression continue exercée par son propre gouvernement ».

L’experte a également évoqué des frappes ayant touché des zones résidentielles, des dépôts pétroliers et une usine de dessalement, causant de « graves préjudices » à la population civile. Parmi les attaques les plus meurtrières figure le bombardement d’une école à Minab, dans le sud de l’Iran, détruite dès le premier jour du conflit. Plus de 168 personnes y auraient été tuées, « la grande majorité étant des écolières, dont certaines âgées de seulement sept ans », a-t-elle affirmé.

Les inquiétudes portent aussi sur le respect du droit international humanitaire. Sara Hossein s’est dite préoccupée par des déclarations publiques de responsables américains laissant entendre que les « règles d’engagement » habituellement appliquées ne seraient pas respectées dans ce conflit.

La rapporteuse spéciale du Conseil sur l’Iran, Mai Sato, a pour sa part dressé un tableau alarmant des conséquences humanitaires de la guerre. Selon les informations recueillies par son mandat, près de 1 000 civils auraient déjà été tués, tandis que des hôpitaux et des sites classés au patrimoine mondial auraient été détruits.

Les frappes visant les infrastructures pétrolières auraient en outre entraîné « des conséquences environnementales désastreuses », a-t-elle averti, dans un pays déjà confronté à une grave pénurie d’eau. La crise humanitaire s’aggrave également à l’intérieur du territoire iranien : environ trois millions de personnes auraient été déplacées depuis le début des hostilités. L’absence de sirènes d’alerte et d’abris anti-bombes fonctionnels dans plusieurs villes renforce les inquiétudes quant à la protection des civils.

Face à ces accusations, l’ambassadeur iranien auprès de l’ONU à Genève, Ali Bahreini, a dénoncé une guerre meurtrière menée contre son pays. Selon Téhéran, plus de 1 300 personnes ont été tuées et plus de 7 000 blessées, « dont un bébé de six mois ». « La communauté internationale ne doit pas rester silencieuse », a-t-il déclaré devant le Conseil.

La guerre, entrée dans sa troisième semaine, s’étend désormais à près d’une douzaine de pays de la région. Les États du Golfe ont vivement dénoncé les frappes iraniennes contre leurs territoires. S’exprimant au nom du Conseil de coopération du Golfe et de la Jordanie, l’ambassadeur de Bahreïn, Abdullah Abdulatif Abdullah, a condamné des attaques visant « des civils, des infrastructures critiques et des biens civils ».

Le diplomate a également rappelé que ces pays saluaient l’adoption, le 11 mars, de la résolution 2817 du Conseil de sécurité condamnant les frappes iraniennes contre ses voisins, un texte soutenu par 136 États membres des Nations unies. Les États du Golfe rejettent par ailleurs les conclusions des experts indépendants qualifiant certaines de ces attaques d’actes de représailles, estimant qu’« il n’existe aucune justification juridique à de telles actions ».

Au-delà des positions diplomatiques opposées, l’inquiétude est largement partagée quant à la dynamique d’escalade régionale. Les Philippines, s’exprimant au nom de plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, ont averti que « cette spirale de conflits armés a déjà coûté la vie à de nombreux innocents, y compris des enfants », appelant à empêcher que de telles violences ne deviennent la norme.

Au Conseil des droits de l’homme, où les débats ont pris un ton particulièrement grave, nombreux sont ceux qui redoutent désormais que le conflit ne s’enracine durablement dans une région déjà profondément instable.

Source: communiqué ONU

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