À Genève, lors de la 114e Conférence internationale du travail, la République du Congo a défendu une vision fondée sur le dialogue social, la protection sociale et l’emploi des jeunes, tout en réaffirmant son engagement en faveur des normes internationales du travail.
Dans les couloirs du Palais des Nations et du siège de l’Organisation internationale du travail (OIT), où se retrouvent chaque année gouvernements, employeurs et syndicats du monde entier, les débats de cette 114e Conférence internationale du travail se déroulent sur fond d’incertitudes géopolitiques, de ralentissement économique et de transformations technologiques accélérées.
C’est dans ce contexte que la délégation de la République du Congo, conduite par le ministre d’État Pierre Mabiala, ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, a présenté les priorités sociales et économiques de Brazzaville devant l’assemblée réunie à Genève. La délégation comprenait également Rodrigue Malanda-Samba, ministre de l’Emploi, Ingrid Eboucka-Babakas, ministre de la Sécurité sociale, ainsi qu’Aimé Clovis Guillond, ambassadeur et représentant permanent du Congo auprès des Nations unies à Genève.

Dans son intervention, Pierre Mabiala a insisté sur la nécessité de replacer le dialogue social au cœur des politiques publiques. Face aux bouleversements provoqués par les changements climatiques, les migrations, les évolutions démographiques et la multiplication des conflits, le ministre a estimé que la concertation entre gouvernements, employeurs et travailleurs constituait désormais « un impératif » davantage qu’un simple mécanisme institutionnel.
Cette prise de position s’inscrit dans la continuité du projet politique défendu par le président Denis Sassou-N’Guesso, réélu en mars dernier, dont l’un des axes consiste à faire du dialogue social un levier de stabilité et de développement.
Une stratégie de modernisation sociale
Au-delà du discours de principe, la délégation congolaise a présenté une série de réformes engagées avec l’appui de l’OIT. Brazzaville poursuit notamment la mise en œuvre de son Programme de promotion du travail décent 2023-2026, participe à l’Alliance 8.7 destinée à lutter contre le travail forcé, la traite des personnes et le travail des enfants, et renforce progressivement son cadre de santé et de sécurité au travail.
Le gouvernement congolais met également en avant la création de la Caisse d’assurance maladie universelle (CAMU), présentée comme une étape majeure vers l’extension de la protection sociale. Dans un continent où l’économie informelle demeure dominante et où la couverture sociale reste souvent limitée, ces dispositifs sont devenus des indicateurs importants de la capacité des États à accompagner les transitions économiques et démographiques.
L’un des points les plus significatifs de l’intervention concerne toutefois l’emploi des jeunes. Le Congo a annoncé son intention de ratifier plusieurs conventions majeures de l’OIT relatives à la politique de l’emploi, au développement des ressources humaines et aux statistiques du travail. Une démarche qui vise à moderniser les outils de pilotage du marché de l’emploi et à renforcer les capacités d’anticipation de l’État face aux mutations du travail.
Les défis d’une jeunesse africaine en quête d’opportunités
Cette priorité donnée à la jeunesse n’est pas anodine. Comme de nombreux pays africains, le Congo est confronté à une pression démographique croissante. Selon les projections des institutions internationales, l’Afrique concentrera dans les prochaines décennies la plus forte augmentation de population active au monde.
Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle de la création d’emplois, mais également celle de leur qualité, de leur formalisation et de leur adéquation avec les besoins d’économies appelées à se diversifier.
La référence faite par Brazzaville aux conventions internationales sur la formation professionnelle traduit la volonté d’inscrire cette politique dans une logique de montée en compétences, alors que l’automatisation, l’intelligence artificielle et la transformation numérique redéfinissent progressivement les métiers dans toutes les régions du monde.
La question des droits et de la protection des femmes
Le gouvernement congolais a également annoncé son intention de ratifier la Convention n°190 de l’OIT relative à la violence et au harcèlement dans le monde du travail. Cette décision s’inscrit dans le prolongement de la loi Mouebara, adoptée pour renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes et promouvoir leur protection juridique.
Dans un environnement international où les critères sociaux et les questions d’égalité prennent une place croissante dans les politiques publiques comme dans les relations économiques, cette annonce a été perçue comme un signal de convergence avec les standards internationaux défendus par l’organisation genevoise.
Genève, laboratoire des équilibres sociaux mondiaux
Au-delà du cas congolais, cette intervention illustre les débats qui traversent aujourd’hui la Conférence internationale du travail. Depuis sa création en 1919, l’OIT repose sur une conviction simple : la paix durable ne peut être dissociée de la justice sociale.
Or, cette équation est aujourd’hui soumise à de nouvelles tensions. Les effets du changement climatique sur l’emploi, les migrations économiques, les fractures technologiques ou encore les conséquences sociales des conflits redessinent les priorités des gouvernements.
En concluant son intervention, Pierre Mabiala a insisté sur la nécessité d’une réponse collective aux « innombrables injustices sociales » qui continuent de fragiliser les sociétés contemporaines. Une formule qui résume l’esprit de cette conférence genevoise : dans un monde de plus en plus fragmenté, la gouvernance du travail demeure l’un des rares espaces où dialogue social, coopération internationale et développement économique continuent de se rencontrer.
Genève – Palais des Nations / Organisation internationale du travail.





