Alors que la guerre au Soudan continue de s’étendre loin des principaux fronts militaires, une nouvelle alerte est portée devant les Nations unies. À l’occasion de la 62ᵉ session du Conseil des droits de l’homme, le Paris Integration Forum (PIF) a remis un rapport appelant à l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur de présumés bombardements ayant visé des sites d’exploitation artisanale de l’or dans le nord du pays, à proximité de la frontière égyptienne.
L’organisation affirme avoir recueilli des témoignages faisant état de frappes aériennes ayant provoqué des morts et des blessés parmi des mineurs opérant dans les secteurs de North Wadi, Jebel Al-Aqidat et Al-Ansari. Le document souligne toutefois que le nombre exact de victimes demeure incertain et reconnaît qu’aucune enquête indépendante n’a, à ce stade, permis d’établir avec certitude les circonstances de l’incident ni d’identifier ses auteurs.

Le rapport évoque les accusations formulées par plusieurs acteurs politiques et organisations locales mettant en cause l’Égypte, tout en précisant que ces allégations ne peuvent être considérées comme établies sans vérification indépendante. Le PIF estime que la priorité doit désormais être la recherche de la vérité, davantage que l’échange d’accusations entre les différentes parties.
Au-delà de cet épisode, l’organisation cherche à attirer l’attention sur une évolution plus large du conflit soudanais. Les zones d’exploitation aurifère artisanale, devenues essentielles à la survie économique de milliers de familles depuis l’effondrement d’une grande partie de l’économie nationale, seraient désormais exposées aux conséquences directes de la guerre. Selon le rapport, ces territoires concentrent désormais des enjeux économiques, sécuritaires et géopolitiques où se mêlent exploitation des ressources, trafics, contrôle territorial et influences régionales.
Le document insiste également sur la vulnérabilité particulière des civils travaillant dans ces régions isolées, dépourvues d’infrastructures médicales, de dispositifs d’alerte ou de protection institutionnelle. Si les faits rapportés étaient confirmés, ils soulèveraient des interrogations sur le respect des principes fondamentaux du droit international humanitaire, notamment ceux de distinction entre objectifs civils et militaires, de proportionnalité et de précaution dans l’emploi de la force.
À travers cette initiative de plaidoyer, le Paris Integration Forum demande aux Nations unies, au Conseil des droits de l’homme ainsi qu’aux États membres de soutenir la création d’une enquête indépendante, d’obtenir des clarifications des autorités soudanaises comme égyptiennes, de renforcer la protection des populations civiles présentes dans les zones minières et d’apporter une assistance aux victimes.
Cette démarche intervient dans un contexte où la crise soudanaise, entrée dans sa quatrième année, continue de provoquer l’une des plus graves catastrophes humanitaires contemporaines. Depuis le déclenchement des combats entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide en avril 2023, plusieurs millions de personnes ont été déplacées, tandis que l’accès humanitaire demeure extrêmement limité dans de nombreuses régions du pays.
Si les Nations unies continuent d’alerter régulièrement sur l’ampleur de la catastrophe humanitaire, leur capacité d’action reste largement entravée par les blocages diplomatiques et les divisions de la communauté internationale. Faute de consensus politique et de mécanismes d’enquête suffisamment robustes, de nombreux incidents signalés sur le terrain demeurent sans réponse judiciaire ni établissement clair des responsabilités.
Dans ce contexte, le rapport présenté à Genève ne constitue pas une preuve des faits qu’il décrit, mais s’inscrit dans une stratégie de mobilisation internationale visant à obtenir qu’une enquête indépendante puisse établir les responsabilités éventuelles. Pour ses auteurs, seule une clarification impartiale des circonstances de ces bombardements permettrait d’éviter que de nouvelles zones civiles, jusqu’ici relativement éloignées des lignes de front, ne deviennent à leur tour des théâtres permanents de la guerre.






