Accueil / Conflits / Gaza: Trump proclame le désarmement du Hamas, mais chacun raconte déjà un autre accord

Gaza: Trump proclame le désarmement du Hamas, mais chacun raconte déjà un autre accord

Par Jean-René Belliard — 31 juillet 2026

Réunis au Caire, les médiateurs égyptiens, américains, qataris et turcs ainsi que des responsables du Hamas ont arrêté les grandes lignes d’une feuille de route prévoyant le désarmement progressif du mouvement islamiste et des autres groupes armés de Gaza. Le processus, dans lequel Israël ne serait pas directement chargé de récupérer ou de neutraliser les armes, doit s’effectuer par étapes. Mais son calendrier et ses mécanismes d’application ne seront élaborés que dans les quatorze jours suivant l’approbation du texte. Donald Trump proclame donc un « désarmement complet » alors qu’Israël, le Hamas et les médiateurs ne donnent déjà ni le même sens aux mots ni le même ordre aux étapes.

Un accord «historique» dont le mode d’emploi reste à écrire

Réunis au Caire, les médiateurs égyptiens, américains, qataris et turcs ainsi que des responsables du Hamas sont convenus d’un document fixant les principes de la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza. La feuille de route prévoit le transfert de l’administration civile et des fonctions sécuritaires à un comité palestinien, le retrait progressif des forces israéliennes et le traitement des armes du Hamas et des autres groupes armés.

Donald Trump n’a toutefois pas attendu que les modalités soient arrêtées. Dans une déclaration au ton triomphal, le président américain a annoncé que son Conseil de la paix était parvenu à un accord «historique» concernant le «désarmement complet» du Hamas et de toutes les autres organisations armées présentes dans la bande de Gaza. Reuters rapporte que la proclamation intervient alors qu’Israël n’a pas accepté le document dans sa forme actuelle.

«Lorsque le désarmement sera achevé, les forces israéliennes se retireront, et la Force internationale de stabilisation travaillera avec une nouvelle force de police palestinienne pour assumer la responsabilité de la sécurité de Gaza.» Donald Trump, 30 juillet 2026

Une précision institutionnelle s’impose: le Conseil de la paix n’est pas un organe des Nations unies. Il a été créé à l’initiative de Donald Trump et demeure présidé par lui. Le Conseil de sécurité a reconnu le cadre transitoire et autorisé une force internationale temporaire, mais le dispositif ne se confond pas avec l’ONU. Le plan officiel publié par le Conseil prévoit que Gaza devienne une zone démilitarisée et que ses infrastructures militaires soient détruites. Le plan en vingt points constitue toutefois un objectif général ; la nouvelle feuille de route doit encore en écrire le mode d’exécution.

Quatorze jours pour définir le calendrier et les mécanismes

Les grandes lignes de la feuille de route, publiées par le Conseil de la paix et rapportées par Ici Beyrouth, relativisent fortement la portée de l’annonce présidentielle. Le calendrier et les mécanismes de mise en œuvre doivent être élaborés dans un délai de quatorze jours à compter de l’approbation du document par les parties.

À ce stade, les participants se sont donc accordés sur des principes, mais pas encore sur les opérations concrètes. Le texte ne précise pas:

• l’ordre exact des retraits israéliens et des remises d’armes;

• les méthodes d’inventaire des armes, de stockage, de neutralisation ou de destruction;

• le traitement distinct des armes lourdes, des armes individuelles, des tunnels et des ateliers;

• l’autorité chargée de vérifier chaque étape et les conséquences d’une violation.

Le document affirme qu’Israël doit achever sans retard ses obligations dans le cadre du protocole de Charm el-Cheikh. Adopté en octobre 2025, celui-ci sert de cadre de référence à l’ensemble de la feuille de route et fixe les engagements que les parties doivent désormais mettre en œuvre.

Le Hamas et les factions palestiniennes s’engagent de leur côté à mettre fin aux opérations militaires et à transférer les missions de gouvernance civile ainsi que les fonctions sécuritaires au Comité national pour l’administration de Gaza. Celui-ci doit disposer d’une indépendance totale dans l’exercice de ses responsabilités.

La nuance est essentielle: Trump a annoncé le résultat final avant que les protagonistes aient convenu du calendrier, des contrôles et des gestes réciproques permettant de l’atteindre. Ce qui existe aujourd’hui est un accord-cadre ; l’accord opérationnel doit encore être négocié.

Washington et le Hamas ne décrivent pas la même séquence

Le président américain présente un enchaînement apparemment simple: le Hamas désarme complètement, les forces israéliennes se retirent, puis les structures internationales et palestiniennes prennent le relais. Le Hamas parle, lui, d’un processus réciproque. Ghazi Hamad, membre de la délégation chargée des négociations, a confirmé l’existence d’un accord portant sur les armes et sur un retrait graduel d’Israël. Il a cependant prévenu que le mouvement palestinien n’exécuterait pas ses engagements si Israël ne respectait pas les siens.

«L’accord contient une disposition claire stipulant qu’Israël doit respecter et mettre en œuvre ses obligations. Si Israël n’applique pas l’accord, nous ne l’appliquerons pas non plus.»Ghazi Hamad, membre de la délégation de négociation du Hamas, cité par l’AFP

Hamad affirme en outre qu’aucune mesure concernant les armes ne sera engagée avant que les forces israéliennes aient cessé leurs opérations et rempli leurs obligations antérieures. Reuters rapporte que le Hamas conditionne l’application à un retour israélien aux positions prévues par l’accord de Charm el-Cheikh et au rétablissement des engagements humanitaires.

La différence n’est pas seulement sémantique. Elle porte sur la question susceptible de faire échouer l’ensemble du processus: qui devra agir le premier, et quel geste permettra de déclencher l’étape suivante?

« Désarmement complet » ou stockage sous autorité palestinienne?

Une deuxième divergence concerne la nature même de l’opération. Donald Trump évoque la disparition complète des capacités militaires du Hamas et des autres groupes armés. Les informations provenant des négociations décrivent toutefois un mécanisme beaucoup plus complexe: transfert des armes de la police du Hamas, inventaire et stockage des armes lourdes, collecte progressive des armes légères, destruction des tunnels, des dépôts et des installations de fabrication.

Un responsable du Hamas affirme qu’un comité technique palestinien supervisera le stockage des armes. Israël ne participerait donc pas directement à leur récupération ou à leur neutralisation. Ici Beyrouth rapporte également que les responsables du mouvement attendent des médiateurs et du Conseil de la paix qu’ils garantissent le respect des engagements israéliens.

Le Comité national pour l’administration de Gaza devrait prendre progressivement le contrôle de chaque secteur. À terme, la nouvelle police palestinienne serait censée détenir le monopole légal des armes dans l’enclave. Mais le Hamas refuse de présenter cette opération comme une remise de ses armes à Israël. Ses responsables privilégient les termes d’«inventaire», de «stockage», de «mise hors service» ou de transfert à une autorité palestinienne.

Des responsables américains évoquent une durée comprise entre 200 et 350 jours pour les armes lourdes, les tunnels et les principales infrastructures militaires. L’Associated Press précise toutefois que ces chiffres ne constituent pas encore un calendrier accepté et qu’aucune échéance détaillée n’a été fournie pour le Jihad islamique palestinien et les autres organisations armées.

Cette nuance est fondamentale. Une organisation peut remettre ses missiles et ses armes lourdes tout en conservant clandestinement des armes individuelles, des réseaux de commandement, des ressources financières et une capacité d’influence politique. Il ne suffira donc pas de compter les lance-roquettes ou les fusils collectés. Il faudra déterminer qui contrôlera réellement les hommes, les quartiers, le renseignement et les circuits financiers une fois les armes entreposées.

La carte révèle quatre positions successives

La carte accompagnant le plan permet de mieux comprendre la différence entre les formulations de Donald Trump et celles du Hamas. Selon sa légende, elle distingue quatre positions:

Carte diffusée avec le plan: ligne bleue (contrôle actuel de Tsahal), ligne jaune (premier retrait lié à la libération des otages), ligne rouge (deuxième retrait avec le déploiement de la Force internationale de stabilisation), zone hachurée vert sombre (troisième retrait vers une zone tampon de sécurité). Crédit et droits de reproduction à confirmer.

• la ligne bleue représente la ligne actuelle de contrôle de Tsahal;

• la ligne jaune correspond au premier retrait israélien, lié à la libération des otages;

• la ligne rouge correspond au deuxième retrait, lorsque la Force internationale de stabilisation aura été mobilisée conformément aux critères du plan Trump;

• la zone hachurée vert sombre correspond au troisième retrait et au maintien d’une zone tampon de sécurité le long des frontières.

Lorsque Donald Trump affirme que les forces israéliennes se retireront une fois le désarmement « achevé », il semble donc évoquer surtout les retraits situés au-delà de la ligne jaune, voire le passage de la ligne rouge à la zone tampon finale, et non le premier redéploiement lié à la libération des otages.

Le Hamas insiste au contraire sur la progression parallèle des deux processus: à chaque étape du traitement de ses armes devrait correspondre un nouveau recul israélien, de la ligne bleue vers la ligne jaune, puis de la ligne jaune vers la ligne rouge.

La différence entre les deux formulations porte donc moins sur l’existence d’un retrait progressif que sur le moment auquel Israël devra franchir chacune de ces lignes.

La ligne jaune concentre déjà le désaccord israélien

La lecture israélienne apparaît beaucoup plus restrictive. Un responsable israélien a indiqué que le document en quinze points ne répondait pas aux exigences d’Israël. Selon lui, le désarmement complet du Hamas, le retrait des armes de Gaza et la démilitarisation totale de l’enclave doivent constituer une condition préalable à tout nouveau processus.

«Israël exige le désarmement complet du Hamas, y compris le retrait des armes de Gaza, et la démilitarisation complète de la bande de Gaza comme condition préalable à tout processus.» Responsable israélien cité par Reuters

La position exprimée à Jérusalem est qu’aucun nouveau retrait au-delà de la ligne jaune ne devra intervenir avant que le Hamas ait été désarmé et que Gaza ait été entièrement démilitarisée. Les trois lectures peuvent se résumer ainsi:

• le Hamas exige que les retraits israéliens accompagnent chaque étape du traitement des armes;

• Israël exige une preuve de démilitarisation avant tout retrait supplémentaire;

• Washington affirme avoir construit un processus simultané, progressif, réciproque et vérifié.

Le gouvernement de Benjamin Netanyahu aurait été consulté pendant les négociations, mais il n’a pas publiquement confirmé son acceptation des dernières modalités annoncées par Donald Trump. Cette réserve limite considérablement la portée immédiate de la proclamation américaine: le gouvernement appelé à retirer ses soldats n’a pas accepté la séquence qui doit conduire à ce retrait.

Une perspective d’État palestinien que Trump n’a pas mise en avant

La feuille de route contient un autre élément politiquement explosif. Elle affirme que les parties veulent établir un processus politique crédible ouvrant la voie à l’autodétermination et à la création d’un État palestinien.

Donald Trump n’a pas insisté sur ce point dans son annonce. Pour le Hamas, cette perspective permet de présenter la concession militaire comme la contrepartie d’un horizon politique. Aux yeux d’Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale et chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, de Bezalel Smotrich, ministre des Finances et figure de l’extrême droite religieuse, ainsi que d’une partie importante de la coalition israélienne, elle risque au contraire d’être presque aussi inacceptable que le retrait de Tsahal.

Cette phrase contribue peut-être à expliquer le silence immédiat de Benjamin Netanyahu. Accepter le mécanisme signifierait non seulement discuter du retrait israélien, mais aussi laisser inscrire la démilitarisation de Gaza dans un processus conduisant explicitement vers un État palestinien.

Le silence du Jihad islamique est une inconnue majeure

La déclaration de Donald Trump ne concerne pas seulement le Hamas. Elle vise expressément «tous les autres groupes armés à Gaza». Or, le Jihad islamique palestinien constitue une organisation distincte, dotée de sa propre direction, de ses Brigades Al-Qods, de ses stocks d’armes et de relations historiquement plus étroites avec Téhéran.

À l’heure où cet article est arrêté — le 31 juillet 2026 à 14 h 45, heure de Paris — aucune réaction publique et vérifiable de Ziyad al-Nakhalah, de Mohammed al-Hindi ou de la direction des Brigades Al-Qods n’a été identifiée. Son adhésion ne peut donc pas être tenue pour acquise.

Les médiateurs affirment que les «factions palestiniennes» ont accepté le cadre général. Mais une formule collective attribuée aux négociateurs ne remplace pas un engagement public des organisations concernées. Le désarmement du seul Hamas ne suffirait pas à instaurer un monopole palestinien de la force.

Une faction pourrait accepter le transfert politique de Gaza tout en laissant à une autre organisation la capacité de conserver clandestinement des missiles, des explosifs ou des cellules armées. L’absence de calendrier propre au Jihad islamique constitue donc l’une des faiblesses les plus visibles du dispositif.

Le Hezbollah reste silencieux: Ben-Gvir avait rejeté l’accord par avance

Le Hezbollah n’a pas publié de réaction officielle identifiable à l’annonce américaine. Il serait prématuré d’interpréter ce silence comme une acceptation. La milice chiite libanaise pourrait attendre la position du Jihad islamique, celle de l’Iran, la publication du texte complet ou la réponse formelle du gouvernement israélien.

En Israël, Itamar Ben-Gvir n’a pas encore réagi spécifiquement à la proclamation nocturne de Donald Trump. Il avait toutefois rejeté, quelques heures auparavant, le principe même d’un accord indirect avec le Hamas, affirmant que la destruction du mouvement et l’encouragement à l’émigration des Palestiniens constituaient la seule solution acceptable.

Cette déclaration ne peut pas être présentée comme une réaction au texte définitif. Elle indique néanmoins la ligne de fracture qui apparaîtrait au sein de la coalition si Benjamin Netanyahu acceptait un retrait progressif, le déploiement d’une force internationale, le transfert de Gaza à une administration palestinienne et la perspective politique mentionnée par la feuille de route. Le Financial Times rapporte que l’extrême droite israélienne presse déjà Netanyahu de rejeter le plan.

Un possible éloignement entre le Hamas et l’Iran

L’accord pourrait avoir une portée géopolitique dépassant Gaza. Selon des responsables américains cités par l’Associated Press, l’Iran aurait conseillé aux dirigeants du Hamas de ne pas accepter la proposition, tout en étant aujourd’hui moins capable de soutenir le mouvement en raison de sa confrontation avec les États-Unis et Israël.

Si cette information se confirme, le Hamas aurait privilégié la survie de Gaza et les garanties offertes par l’Égypte, le Qatar et la Turquie plutôt que les intérêts stratégiques de Téhéran. Trois évolutions seraient alors possibles:

• la direction du Hamas considérerait que la poursuite de la guerre menace désormais l’existence même de son organisation et de Gaza;

• l’Iran ne disposerait plus des moyens nécessaires pour garantir au mouvement un soutien militaire suffisant;

• les médiateurs égyptiens, qataris et turcs auraient acquis davantage d’influence sur la direction politique du Hamas que le Corps des gardiens de la révolution.

Un désarmement effectif du Hamas constituerait un recul majeur pour la stratégie iranienne consistant à établir autour d’Israël des organisations armées capables d’agir de manière autonome. Il créerait également un précédent observé avec inquiétude par le Hezbollah et par les autres mandataires de Téhéran.

Pourquoi Donald Trump s’est-il autant mis en avant ?

L’empressement du président américain peut surprendre. Le calendrier n’est pas finalisé, les mécanismes doivent encore être négociés pendant quatorze jours, le Jihad islamique n’a pas pris position et Israël demeure sceptique sur la volonté du Hamas de renoncer réellement à ses armes.

Donald Trump a pourtant choisi de parler d’une percée déjà accomplie. Cette mise en scène répond probablement à plusieurs objectifs.

Transformer une convergence fragile en engagement public

En proclamant que l’accord existe, Trump augmente le coût politique d’un rejet. Si le Hamas se retire, il pourra être accusé d’avoir refusé la paix. Si Israël bloque les retraits prévus, le gouvernement de Netanyahu pourra être présenté comme responsable de l’échec. Les médiateurs égyptiens, qataris et turcs se trouvent eux aussi engagés par les remerciements publics du président américain.

Trump ne se contente donc pas de constater un accord: il tente de le rendre plus difficile à rejeter. L’annonce elle-même devient un instrument de négociation.

Mettre Netanyahu sous pression

L’administration américaine affirme avoir coordonné les négociations avec Israël et ne demander à Jérusalem que l’exécution des engagements déjà associés au plan en vingt points. Le message implicite à Benjamin Netanyahu est clair: Israël peut discuter les modalités, mais il ne peut plus prétendre qu’aucune proposition n’existe.

En rendant la feuille de route publique avant l’approbation israélienne, Trump place Netanyahu devant un choix coûteux: accepter une séquence qu’une partie de sa coalition rejette ou apparaître comme celui qui a fait échouer une possibilité de désarmement du Hamas.

Donner une raison d’être au Conseil de la paix

Le dispositif est étroitement associé à Donald Trump. Il préside lui-même le Conseil de la paix, son nom est attaché au plan en vingt points et son administration présente cette structure comme l’instrument de la gouvernance et de la reconstruction futures de Gaza.

Sans avancée sur le désarmement et le retrait israélien, le Conseil risquait d’apparaître comme une institution incapable de franchir la deuxième phase du cessez-le-feu. L’annonce permet de renverser le récit: il ne serait plus un organisme paralysé, mais celui qui aurait obtenu ce que la guerre n’avait pas réussi à imposer.

Donald Trump ne veut pas seulement apparaître comme le président ayant accompagné un compromis négocié par le Qatar, l’Égypte et la Turquie. Il veut être celui dont le plan aurait mis fin au pouvoir militaire du Hamas.

Cette personnalisation correspond à sa méthode politique: annoncer une victoire maximale, imposer son propre cadre de lecture et obliger les autres acteurs à se positionner par rapport à lui.

Séparer le Hamas de l’axe iranien

Dans le contexte de la confrontation entre Washington et Téhéran, l’annonce permet enfin de présenter l’Iran comme un acteur en recul. Si le Hamas accepte de renoncer à son appareil militaire malgré les réserves iraniennes, les États-Unis pourront affirmer que la pression exercée contre Téhéran commence à désarticuler son réseau régional.

L’échec de la mise en œuvre ne supprimerait pas nécessairement tout le bénéfice politique immédiat de l’annonce. Trump pourrait affirmer qu’il avait obtenu l’accord du Hamas, mobilisé les médiateurs et proposé à Israël une voie garantissant sa sécurité, avant que l’un des protagonistes ne refuse d’exécuter ses obligations.

Il s’attribue ainsi la percée tout en préparant déjà le récit qui désignera le responsable d’un éventuel échec.

Une annonce utilisée pour fabriquer la réalité

Donald Trump prend incontestablement un risque. Si le processus s’effondre rapidement, sa déclaration apparaîtra prématurée. Mais son exagération n’est pas nécessairement une simple imprudence. Elle peut constituer une méthode de pression diplomatique.

«En annonçant un accord dont les modalités essentielles restent contestées, Donald Trump cherche moins à décrire la réalité qu’à la fabriquer.»

La publicité donnée à la feuille de route transforme une convergence fragile en engagement politique et rend plus coûteux son abandon par le Hamas, Israël ou les médiateurs.

Un accord sur une procédure, pas encore sur son exécution

La percée est réelle: pour la première fois, des responsables du Hamas confirment publiquement l’existence d’un accord portant directement sur les armes du mouvement, le transfert des fonctions sécuritaires et son retrait de la gestion de Gaza.

Mais quatre inconnues demeurent:

• le Hamas acceptera-t-il réellement de perdre toute capacité militaire autonome ?

• Israël acceptera-t-il de retirer ses forces au rythme du désarmement plutôt qu’après son achèvement total ?

• le Jihad islamique et les autres groupes armés suivront-ils le mouvement ?

• la Force internationale et la nouvelle police palestinienne disposeront-elles des effectifs et de l’autorité nécessaires pour vérifier et imposer les engagements ?

Le texte annoncé par Donald Trump n’est donc pas encore un accord achevé sur la disparition des armes à Gaza. Il s’agit d’un accord sur une procédure dont chaque protagoniste donne déjà une interprétation différente.

La formule américaine parle de «désarmement complet». Le Hamas parle d’un retrait israélien progressif et du stockage des armes sous autorité palestinienne. Israël exige que la démilitarisation précède tout abandon de la ligne jaune. Le Jihad islamique et le Hezbollah gardent encore le silence. Donald Trump a proclamé la fin du problème. En réalité, la bataille sur le sens de l’accord vient seulement de commencer.

Articles de La Tribune des Nations à lire

• Gaza: la seconde phase du cessez-le-feu entre promesse et réalité

• Le paradoxe qatari: comment Doha est devenu un acteur incontournable du Moyen-Orient

• L’Iran relancera-t-il l’« axe de la résistance » après un allègement des sanctions ?

• Le Hezbollah brandit le spectre de la guerre civile

Sources externes principales

• Reuters — Trump says deal reached to disarm Hamas, Israeli support remains uncertain (30–31 juillet 2026)

• Reuters — Israel must approve agreement before Hamas will implement, says Hamas official (31 juillet 2026)

• Associated Press — Hamas says it reached a disarmament agreement; major challenges remain (31 juillet 2026)

• Conseil de la paix — Plan global de Donald Trump pour Gaza

• Ici Beyrouth — Un comité technique palestinien supervisera le stockage des armes (31 juillet 2026)

Étiquetté :

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *