
Dans un rapport publié en 2026, le service français VIGINUM décrit une structure dirigée par deux anciens de la « galaxie Prigojine », qui mêle médias, formations de jeunes et événements publics pour diffuser des récits pro-russes au Cameroun et au Congo-Brazzaville.
Une influence russe qui se réorganise après Prigojine
La mort d’Evguény Prigojine, le 23 août 2023, a bouleversé le dispositif d’influence russe en Afrique. Selon VIGINUM, le service français chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, plusieurs entités de la « galaxie Prigojine » ont été démantelées ou captées par l’État russe, notamment par ses services de renseignement. Le GRU a créé Africa Corps et African Initiative, tandis que le SVR a pris la tutelle de structures liées au projet Lakhta.
C’est dans ce contexte que VIGINUM a étudié GlobUs, qui se présente comme un « club international d’experts », créé peu après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. L’organisation est dirigée par deux « polit-technologues » russes, Youlia Berg et Andreï Gromov. Ce métier, spécifique au système politique russe, consiste à offrir des solutions d’ingénierie politique à un employeur, parfois par la manipulation de l’information ou l’ingérence.
Des profils venus de l’ère Prigojine
La fondatrice, Youlia Berg, est décrite comme une ancienne cadre de l’AFRIC, une association présentée comme un réseau d’observateurs électoraux mais qui servait, selon le rapport, de façade à des activités d’ingérence liées au projet Lakhta. Elle a été sanctionnée par le Trésor américain en 2021, et son nom figure dans une fuite de documents internes de la « Compagnie », révélée début 2026 par un consortium de médias. Andreï Gromov, ancien membre du conseil d’experts du parti Russie unie, a lui aussi participé à des missions de l’AFRIC.
Les deux responsables dirigent d’autres structures : une agence de relations gouvernementales, le GR-Group, une fondation dédiée aux territoires occupés d’Ukraine, ainsi que deux organisations de lobbying économique, l’IBAC et l’AREA, qui visent à implanter les entreprises énergétiques russes en Afrique. VIGINUM y voit des « entrepreneurs d’influence » qui servent à la fois la politique étrangère russe et leurs propres intérêts.
Un « blanchiment de narratifs » au Cameroun

Le Cameroun est le premier terrain étudié. Selon VIGINUM, GlobUs s’est appuyé successivement sur trois médias panafricanistes proches de la Russie : Afrique Média TV, For You Média Africa, puis Panafrican Média TV. La journaliste Clarisse Wiydorven y présente les émissions sponsorisées par GlobUs, « Global Insights » en anglais et « Regard sur le monde » en français, qui invitent les mêmes « experts » étrangers.
Le rapport décrit un schéma de blanchiment : des récits pro-russes et anti-occidentaux, notamment anti-français, sont portés par des voix locales plutôt que par des Russes. Il cite, par exemple, une émission de décembre 2025 présentant la France comme faisant de l’ingérence au Bénin. Il relie aussi certains chroniqueurs à des documents internes de la « Compagnie » sur des campagnes de blogueurs. Le rapport précise que certaines personnes mentionnées, comme le fondateur de For You Média Africa, contestent tout lien financier ou éditorial avec des entités étrangères.
Au Congo-Brazzaville, une stratégie « physique et numérique »
À l’approche de la présidentielle de mars 2026, GlobUs a intensifié ses activités à Brazzaville, selon VIGINUM, avec un mode opératoire en quatre temps :
- Une exposition photo inaugurée en août 2025 en présence de l’ambassadeur de Russie, vantant les valeurs partagées avec la Russie et reprenant des récits sur l’Ukraine.
- Des enquêtes socio-économiques, pour lesquelles des dizaines de jeunes ont été formés comme sondeurs. VIGINUM y voit une phase de préparation qui sert à définir les audiences, les canaux et les narratifs à privilégier.
- Une « École des Médias », lancée en septembre 2025, dont la première promotion a été diplômée après seulement 120 heures de formation, présentée comme un terrain de recrutement.
- Le mouvement « Avenir du Congo », présenté comme local, mais que VIGINUM estime largement impulsé par GlobUs, avec un environnement numérique créé par des individus russophones, hébergé en Russie et promouvant le réseau social AFree, rattaché à African Initiative.
Le rapport souligne la logique d’« africanisation » des récits : ils sont portés par des jeunes, des influenceurs et des journalistes locaux, et les Russes apparaissent comme des partenaires proposant des activités culturelles, sportives ou humanitaires.
Des liens avec l’État russe, mais des conclusions nuancées
VIGINUM relève des liens réguliers entre les dirigeants de GlobUs et des cercles étatiques : participation à un « Conseil d’experts Russie-Afrique » sous l’égide d’un vice-président de la Douma, tables rondes en présence de responsables russes, événements en lien avec l’ambassade de Russie au Congo. Le service juge « probable » que GlobUs ait été identifié par un service de renseignement russe comme une couverture pour mener certaines opérations en Afrique, et qu’il ait remplacé l’AFRIC. Ces conclusions sont des estimations, et non des preuves formelles : GlobUs n’est d’ailleurs pas directement mentionné dans la fuite de la « Compagnie ».
Une influence réelle, mais à relativiser
Le rapport invite lui-même à la prudence. L’impact réel de ces campagnes est mal mesuré, et les polit-technologues ont tendance à surestimer leurs succès auprès de leurs commanditaires. L’exemple le plus parlant est celui de Serge Espoir Matomba, fondateur de For You Média Africa et candidat à la présidentielle camerounaise d’octobre 2025 : malgré le soutien du réseau, il n’a obtenu que 0,35 % des voix, soit moins qu’en 2018. VIGINUM met en garde contre le risque de renforcer l’image d’une Russie omniprésente, un récit que ces structures cherchent justement à diffuser.
Le rapport soulève enfin une interrogation sur les objectifs finaux de GlobUs. La stratégie s’est surtout concentrée sur le Cameroun, dont de nombreux ressortissants, recrutés sous de fausses promesses d’embauche, combattent aujourd’hui sur le front russe, et Yaoundé a confirmé la mort de seize d’entre eux.
Cet article a été rédigé avec IA.








