
A la droite du roi Mohamed VI, Fatima Ezzahra El Mansouri, la cheffe du nouveau gouvernement marocain.
Pour la première fois de son histoire, le Maroc se dote d’un gouvernement dirigé par une femme. Avec la nomination par le Roi Mohammed VI de Fatima Ezzahra El Mansouri et la création d’un ministère consacré à l’intelligence artificielle, le Royaume confirme ses ambitions de modernisation, dans un environnement régional et international particulièrement instable. L’annonce de ce nouveau gouvernement fait suite à la victoire du PAM, le Parti Authenticité et Modernité lors des dernières élections législatives fin septembre dernier.
Fatima Ezzahra El Mansouri, figure centrale du Parti Authenticité et Modernité (PAM), prend donc dès à présent la tête d’un exécutif de 32 membres, dont sept femmes. Une première dans un monde arabe où l’accès des femmes aux plus hautes responsabilités politiques reste limité. Une révolution de Palais quand on sait la difficulté pour les femmes de durer en politique à des postes clés même en Occident.
Cette nomination s’inscrit dans une politique de modernisation engagée depuis plus de vingt-cinq ans sous l’impulsion du roi Mohammed VI. Le Maroc a considérablement évolué, tant sur le plan institutionnel qu’économique et social, tout en conservant une stabilité politique qui fait aujourd’hui sa particularité. Une situation assez singulière dans une région profondément bouleversée depuis les printemps arabes de 2011.
Une nouvelle étape dans la modernisation du Royaume
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri ne constitue pas seulement une avancée symbolique majeure mais elle pose les jalons d’un changement supplémentaire profond pour le pays. Ancienne maire de Marrakech et ancienne ministre de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, elle possède une solide expérience politique. Son parcours témoigne de la place croissante occupée par les femmes dans la vie publique marocaine.
Depuis la réforme du Code de la famille en 2004, la fameuse « moudawana », le Royaume a engagé plusieurs évolutions importantes concernant les droits des femmes et leur participation à la vie économique et politique. Les inégalités demeurent, notamment entre les grandes villes et les territoires ruraux, mais les changements sont réels. La présence de sept femmes au sein du nouvel exécutif confirme cette évolution, même si elles restent largement minoritaires.
Le nouveau gouvernement rassemble par ailleurs une coalition de quatre formations politiques : le PAM, l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires et le Parti du progrès et du socialisme. Cette coalition dispose d’une majorité parlementaire et associe différentes sensibilités politiques autour des grandes orientations nationales.
L’intelligence artificielle comme nouvelle priorité
L’autre nouveauté importante concerne la création d’un ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration, confié à Ahmed Rahhou. Cette décision intervient alors que les grandes puissances investissent massivement dans les technologies numériques. Le Maroc entend prendre sa place dans cette compétition internationale, sans se limiter à son rôle traditionnel de plateforme industrielle et logistique entre l’Europe et l’Afrique.
Le Royaume dispose déjà d’une base industrielle importante dans l’automobile, l’aéronautique et les énergies renouvelables. Il cherche désormais à développer des activités technologiques plus avancées, à attirer de nouveaux investissements et à moderniser son administration. L’intelligence artificielle représente un enjeu économique, mais également un enjeu de souveraineté pour les États qui souhaitent conserver la maîtrise de leurs infrastructures et de leurs données.
La création de ce ministère répond aussi à des préoccupations intérieures. La transformation numérique doit permettre de simplifier les démarches administratives, d’améliorer les services publics et de faciliter les relations entre les citoyens, les entreprises et l’État. Encore faudra-t-il disposer des compétences, des infrastructures et des moyens nécessaires.
Sur le plan économique, les attentes restent importantes. Le chômage des jeunes, les disparités territoriales, les difficultés du système éducatif et les besoins en matière de santé constituent autant de défis pour la nouvelle équipe. Le Maroc a connu un développement considérable au cours des deux dernières décennies, mais les fruits de cette croissance doivent encore bénéficier davantage à l’ensemble de la population.
La stabilité marocaine dans un environnement régional incertain
Au-delà de sa dimension intérieure, ce nouveau gouvernement intervient alors que le Maroc renforce progressivement sa place sur la scène internationale. Sa proximité avec l’Europe, son ouverture sur l’Atlantique et ses relations avec l’Afrique subsaharienne lui offrent des perspectives économiques et diplomatiques importantes. Rabat a développé une politique étrangère active, fondée sur la diversification de ses partenariats, les investissements et le renforcement de ses positions régionales.
L’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal devrait encore accélérer cette dynamique. Les investissements prévus dans les transports, les infrastructures et les équipements touristiques représentent une occasion importante de développement, à condition qu’ils profitent également aux territoires et aux populations.







