Un réseau pro-iranien inspiré par la révolution islamique face à un camp arabe sunnite fragmenté
La prise de Mokha, l’arrivée des Houthis à Dhubab et sur l’île de Périm, à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb, l’attaque de l’oléoduc saoudien Est–Ouest et les actions hostiles de milices pro-iraniennes en Irak montrent que la guerre déclenchée fin février contre l’Iran change de nature. Face à un réseau pro-iranien géographiquement discontinu mais capable de faire converger ses moyens, l’Arabie saoudite doit coordonner un camp anti-houthi beaucoup plus éclaté. Washington, qui a ouvert le conflit avec Israël, refuse pour l’instant d’ajouter une intervention militaire directe au Yémen. Derrière la bataille des détroits se réactive ainsi une vieille ligne de fracture régionale : celle qui oppose la République islamique et ses partenaires armés aux monarchies arabes sunnites.

La guerre déborde du cadre initial
Le 28 février, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran avaient ouvert une guerre dont le centre de gravité se trouvait encore dans le Golfe. Six mois plus tard, le conflit déborde de plus en plus clairement de ce cadre. L’Iran continue d’utiliser le détroit d’Ormuz comme levier militaire, économique et politique. Mais la pression s’exerce désormais aussi depuis l’Irak et le Yémen, tandis que l’Arabie saoudite découvre que les voies conçues pour contourner Ormuz peuvent, elles aussi, devenir des cibles.
La séquence des 10 et 11 septembre marque à cet égard un basculement. Après la prise de Mokha, les Houthis ont atteint Dhubab et l’île de Périm — Mayyun pour les Yéménites — au cœur de Bab el-Mandeb. La progression ne signifie pas que le mouvement yéménite peut fermer mécaniquement le détroit. Elle lui donne néanmoins une profondeur terrestre et insulaire nouvelle au contact direct d’une des routes maritimes les plus importantes du monde.
Dans le même temps, l’Arabie saoudite a interrompu par précaution le fonctionnement de son oléoduc Est–Ouest après plusieurs attaques signalées dans les régions de Riyad et de Médine. Cette canalisation relie les champs pétroliers de l’est du Royaume au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Elle est précisément l’une des principales solutions imaginées par Riyad pour exporter son brut sans emprunter Ormuz.
L’oléoduc qui devait contourner Ormuz devient une ligne de front
Le symbole est particulièrement fort. Depuis le début de la guerre, plusieurs millions de barils par jour ont été redirigés vers Yanbu par l’oléoduc Est–Ouest. En avril, le ministère saoudien de l’Énergie indiquait que sa capacité complète atteignait environ sept millions de barils par jour. Au moment où la navigation dans le Golfe est devenue beaucoup plus dangereuse, cet oléoduc a pris la valeur d’une artère stratégique.
Or cette artère est maintenant exposée. Le ministère saoudien de l’Énergie a confirmé le 11 septembre la suspension préventive de la conduite à la suite de plusieurs attaques ayant fait des blessés. CNN, citant deux responsables américains, rapporte qu’une analyse préliminaire estime que des drones ayant frappé des stations de pompage auraient été lancés depuis l’Irak. À ce stade, ni l’identité du groupe responsable ni l’étendue exacte des dommages ne sont établies.
Cette prudence est essentielle : il serait prématuré d’attribuer directement l’attaque à Téhéran ou aux Houthis. Mais la géographie suffit déjà à modifier la lecture du conflit. L’Arabie saoudite n’est plus seulement menacée au sud par les Houthis et à l’est par la crise d’Ormuz. Sa profondeur stratégique au nord, du côté irakien, devient elle aussi un espace de vulnérabilité.
Un front pro-iranien discontinu, mais de plus en plus cohérent
C’est ici que la notion de « front » prend son sens. Il n’existe pas de ligne continue reliant l’Iran aux Houthis en passant par l’Irak, ni de commandement opérationnel unique publiquement démontré. Les acteurs concernés disposent d’histoires, de bases sociales et d’intérêts propres. Mais ils sont capables d’exercer des pressions convergentes sur les mêmes adversaires et sur les mêmes infrastructures.
L’attaque de drones contre l’oléoduc saoudien Est–Ouest illustre concrètement cette extension. Riyad affirme que les appareils ont été lancés depuis l’Irak ; Bagdad a confirmé que les tirs provenaient de la province de Maysan, tout en cherchant à identifier les auteurs. L’État irakien n’est donc pas engagé aux côtés de Téhéran : il tente au contraire d’empêcher des groupes armés de transformer son territoire en base arrière d’une guerre régionale. Mais le simple fait que des drones puissent partir d’Irak pour frapper l’axe énergétique saoudien montre que ce théâtre ne peut plus être traité comme périphérique.
Les autorités irakiennes ont fermé trois postes-frontière avec l’Iran — Shalamcheh, Al-Shib et Mandali — tandis que des plateformes de lancement de drones étaient découvertes près de la frontière dans la province de Maysan. Des sources irakiennes évoquent désormais la possibilité que du matériel utilisé dans les attaques contre l’Arabie saoudite ait transité depuis l’Iran, une hypothèse qui reste à confirmer.
L’Irak devient ainsi un champ de confrontation malgré lui. Le gouvernement s’efforce de placer sous l’autorité de l’État des milices chiites puissantes liées à l’Iran. Certaines refusent le désarmement et conservent drones, missiles, structures économiques et chaînes de commandement propres. L’existence de groupes armés capables de frapper au-delà des frontières offre néanmoins à Téhéran une profondeur régionale dont Riyad doit tenir compte.
Selon Reuters, l’offensive houthie sur Mokha a bénéficié de conseils stratégiques directs de responsables du Corps des gardiens de la révolution islamique. Des sources iraniennes, yéménites et régionales interrogées par l’agence décrivent la volonté d’ouvrir un front supplémentaire contre les États-Unis. Téhéran nie traditionnellement diriger directement les opérations de ses partenaires, et les Houthis revendiquent leur autonomie de décision. Mais l’épisode montre au minimum une capacité iranienne d’appui, de transfert de savoir-faire et d’orientation stratégique.
Un autre élément pourrait éclairer le degré d’implication iranienne. Selon plusieurs sources militaires gouvernementales yéménites, Abdul Reza Shahlai, haut responsable de la Force al-Qods, superviserait personnellement les opérations houthis sur la côte Ouest et dans l’ouest de Taëz. Son rôle aurait été identifié à partir de communications interceptées et de témoignages de combattants capturés. Cette affirmation n’a toutefois pas été confirmée indépendamment.
Shahlai n’est pas un inconnu. Washington l’accuse d’avoir organisé des attaques contre les forces américaines en Irak et offre jusqu’à 15 millions de dollars pour toute information permettant de perturber ses activités, ses réseaux financiers et ceux de ses associés. Présent depuis plusieurs années dans le dossier yéménite, il est considéré comme l’un des principaux relais clandestins du CGRI auprès des Houthis.
Si sa participation à l’offensive actuelle était confirmée, elle renforcerait considérablement l’hypothèse d’une opération dépassant le seul cadre yéménite. La progression vers Mokha, Dhubab et Bab el-Mandeb apparaîtrait alors comme une manœuvre suivie au plus haut niveau de la Force al-Qods, destinée à prolonger jusqu’à la mer Rouge le levier maritime déjà exercé par Téhéran dans le détroit d’Ormuz
La Wilayat al-Faqih : un centre de gravité, pas une chaîne de commandement universelle
Cette cohérence s’explique en partie par l’architecture politique construite depuis la révolution islamique de 1979. La Wilayat al-Faqih — la « tutelle du juriste-théologien » — place en Iran le Guide suprême au sommet du système politique et militaire. Le Corps des gardiens de la révolution et sa Force al-Qods ont ensuite développé une méthode : soutenir des organisations alliées, leur fournir armes, formation, renseignement, financements et expertise, tout en leur laissant une marge d’autonomie locale.
Il serait pourtant abusif de décrire tous les acteurs chiites de la région comme obéissant automatiquement à un seul chef. Le Hezbollah libanais a construit une relation idéologique et organique particulièrement forte avec la République islamique. Certaines factions irakiennes se situent elles aussi très près de Téhéran. Les Houthis, en revanche, appartiennent au chiisme zaïdite yéménite et ne relèvent pas doctrinalement de la même tradition que le chiisme duodécimain iranien.
La force du système iranien se situe donc moins dans une obéissance uniforme que dans l’existence d’un centre de gravité capable de relier des acteurs différents. Ils peuvent agir séparément, parfois poursuivre leurs propres objectifs, tout en convergeant lorsque leurs intérêts et ceux de Téhéran se rejoignent.
En face, un camp sunnite et anti-houthi sans commandement unique
Le contraste avec le camp adverse est frappant. L’Arabie saoudite dispose d’une supériorité financière, aérienne et technologique considérable. Mais elle ne commande pas un bloc politico-militaire comparable.
Au Yémen, le gouvernement reconnu internationalement doit composer avec une mosaïque de forces. L’Écu du Pays est étroitement lié à Riyad. La Résistance nationale de Tarek Saleh défend un projet yéménite unitaire. Les Brigades des Géants ont leur propre histoire et leurs propres réseaux. Les tribus de Ma’rib et d’Al-Jawf conservent une forte autonomie. Le courant sudiste, dont le Conseil de transition du Sud a longtemps été la principale expression politique et militaire, poursuit quant à lui un projet différent : la restauration d’un Sud doté de sa propre souveraineté.
Les Émirats arabes unis ont soutenu plusieurs formations du Sud et de la côte occidentale. Riyad et Abou Dhabi partagent l’hostilité envers les Houthis et l’expansion iranienne, mais leurs priorités ne se confondent pas toujours. Il serait néanmoins trop simple de réduire toutes les tensions du camp anti-houthi à une rivalité entre les deux monarchies. L’irrédentisme sud-yéménite possède sa dynamique propre, enracinée dans l’histoire du pays et dans la disparition de l’ancien Yémen du Sud en 1990.
C’est l’une des asymétries majeures du conflit : Téhéran n’a pas besoin que tous ses partenaires obéissent en permanence au même état-major. Il lui suffit qu’ils puissent être orientés vers un objectif stratégique commun. Riyad doit, lui, faire combattre ensemble des forces qui ne partagent pas toutes la même définition de la victoire.
Mokha et Bab el-Mandeb ont exposé cette faiblesse
La chute rapide de Mokha et la progression jusqu’à Dhubab et Périm illustrent cette différence. Des responsables yéménites ont reconnu un défaut de coordination entre l’armée et les multiples forces alliées. Pendant que les forces gouvernementales et leurs partenaires concentraient une partie de leurs efforts sur d’autres fronts, notamment vers le nord, les Houthis ont trouvé une fenêtre opérationnelle le long de la côte de la mer Rouge.
Cette progression ne doit pas être interprétée comme une victoire définitive. Les Houthis ont atteint Bab el-Mandeb et pris pied à Dhubab et sur Mayyun/Périm, mais leur présence dans la zone paraît encore trop dispersée et insuffisamment consolidée pour parler d’un contrôle militaire permanent du détroit. Des informations de terrain décrivent des groupes armés répartis sur plusieurs secteurs plutôt qu’un dispositif fortifié. Les forces anti-houthies semblent désormais préparer une opération de nettoyage et de sécurisation visant notamment Mokha, Dhubab, les hauteurs adjacentes, Qadam, Al-Lissan, Mayyun et Umm Nabiha. Le terrain autour de Bab el-Mandeb est relativement ouvert, les forces saoudiennes disposent de moyens aériens importants et les unités anti-houthies peuvent encore se réorganiser. Une contre-offensive reste donc possible. Mais la rapidité de l’effondrement local montre qu’une supériorité matérielle ne suffit pas lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’une direction politique et opérationnelle cohérente.
La débâcle de Mokha, Dhubab et Périm semble avoir provoqué une première tentative de regroupement opérationnel des forces anti-houthies autour d’un commandement commun et de frappes coordonnées ; son efficacité reste à démontrer.
Pour Riyad, le problème est désormais double : empêcher les Houthis de transformer leurs gains côtiers en capacité durable de coercition maritime, et reconstruire une chaîne de commandement crédible parmi les forces yéménites qui leur font face.
Washington a commencé la guerre, mais hésite à en ouvrir un nouveau chapitre
La réaction américaine ajoute un paradoxe supplémentaire. Selon Reuters, le prince héritier Mohammed ben Salmane a demandé à Donald Trump une aide militaire américaine directe contre les Houthis. Les deux dirigeants se sont entretenus au moins à deux reprises. Washington a finalement refusé, pour l’instant, de mener directement de nouvelles frappes, tout en proposant un renforcement du partage de renseignement et de l’aide au ciblage. Le commandant du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper, s’est rendu en Arabie saoudite pour des consultations.
Cette position peut se comprendre : les États-Unis sont déjà engagés dans une confrontation directe avec l’Iran, la situation à Ormuz reste instable et une nouvelle campagne au Yémen pourrait encore élargir la guerre. Mais politiquement, l’image est saisissante. Washington a participé au déclenchement du conflit contre l’Iran ; lorsque celui-ci se régionalise et que l’un de ses principaux alliés arabes demande une intervention plus directe, l’administration américaine préfère pour l’instant ne pas miser davantage pour voir.
La retenue américaine ne s’explique pas seulement par l’étirement des moyens militaires autour d’Ormuz. Donald Trump affirme que les Houthis ont directement contacté son administration pour éviter une intervention des États-Unis et qu’ils laisseraient désormais passer la plupart des navires. Washington peut donc préférer tester cette désescalade plutôt que d’ouvrir une nouvelle campagne au Yémen. Un autre facteur peut peser dans le calcul présidentiel : Mohammed ben Salmane n’avait pas répondu favorablement aux attentes américaines lorsqu’il s’agissait de contribuer davantage au déblocage d’Ormuz. Sans pouvoir parler de représailles, Trump — dont la diplomatie repose volontiers sur la réciprocité immédiate — n’a probablement aucune raison de se précipiter aujourd’hui au secours d’un partenaire qui s’était montré réservé lorsque Washington sollicitait son concours.
Les États-Unis restent pourtant indispensables — pour le renseignement, le ciblage, la défense aérienne et la présence navale — tout en cherchant à éviter de devenir l’armée de substitution d’un front régional sunnite qui ne parvient pas encore à s’organiser lui-même.
Une fracture sunnites-chiites, mais pas une guerre de religion
Les affrontements entre l’Iran et ses relais armés d’un côté, et l’Arabie saoudite de l’autre, pourraient laisser penser qu’un conflit entre sunnites et chiites a éclaté. La formule serait pourtant trompeuse si elle prétendait expliquer le conflit par la seule religion. Les intérêts nationaux, les rivalités de pouvoir, les routes énergétiques et les ambitions locales restent déterminants. Tous les chiites ne se reconnaissent pas dans Téhéran ; tous les sunnites ne se rangent pas derrière Riyad. Oman suit une ligne particulière, l’Irak tente de contenir ses factions armées, et les divisions du Yémen ne se résument pas à la confession.
Mais la fracture confessionnelle redevient une infrastructure politique de la guerre. D’un côté, la République islamique peut s’appuyer sur des réseaux armés majoritairement chiites ou issus de traditions proches, construits ou consolidés durant quatre décennies. De l’autre, les monarchies arabes sunnites disposent de ressources immenses, mais n’ont ni autorité politico-religieuse commune, ni commandement militaire unique, ni même toujours la même définition de leurs intérêts.
La différence est moins celle d’une « discipline chiite » opposée à une « indiscipline sunnite » que celle de deux architectures de pouvoir. Le système iranien est organisé autour d’un centre révolutionnaire qui sait travailler avec des périphéries autonomes. Le camp sunnite est formé d’États souverains, de monarchies concurrentes, de tribus, de mouvements nationalistes et de forces locales qui négocient en permanence leur participation.
Pour paraphraser le personnage d’Aouda Abou Tayi, chef des Howeitat, dans Lawrence d’Arabie : « Je fais la guerre parce que c’est mon plaisir, pas parce qu’on me l’ordonne. » La formule est cinématographique, mais elle traduit bien une différence essentielle : dans le camp arabe sunnite, l’alliance n’efface ni l’autonomie des acteurs ni leur réticence à se soumettre durablement à une autorité politique unique.
Deux détroits — une seule guerre régionale
La bataille de Bab el-Mandeb permet ainsi de relire l’ensemble de la guerre. Ormuz, l’Irak, l’oléoduc Est–Ouest, Yanbu, Mokha et l’île de Périm ne sont plus des dossiers séparés. Ils forment progressivement un même système stratégique.
À l’est, l’Iran peut perturber Ormuz. Au nord de l’Arabie saoudite, des milices pro-iraniennes implantées en Irak disposent de moyens permettant de menacer les infrastructures du Royaume. Au sud, les Houthis contrôlent désormais Mokha, Dhubab et Périm ; selon un responsable militaire gouvernemental cité par l’AFP, les dernières positions des forces gouvernementales sur les îles Hanish ont également cédé, leur donnant une profondeur côtière et insulaire sans précédent autour de Bab el-Mandeb. Entre les deux, l’oléoduc Est–Ouest, construit pour soustraire une partie des exportations saoudiennes au risque d’Ormuz, est lui-même devenu une cible.
Ce dispositif n’est pas nécessairement le produit d’un plan unique contrôlé minute par minute depuis Téhéran. Rien ne permet aujourd’hui de l’affirmer. Mais la convergence de ses effets est incontestable : l’Arabie saoudite doit défendre simultanément son territoire, ses installations pétrolières, ses voies terrestres d’exportation et ses débouchés maritimes.
C’est pourquoi l’idée d’un « Ormuz houthi » à Bab el-Mandeb reste pertinente, mais elle ne suffit plus. Le vrai sujet est désormais la transformation d’une guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran en une confrontation régionale où la République islamique peut compter sur un réseau cohérent de partenaires armés, tandis que les monarchies arabes sunnites cherchent encore la structure politique et militaire capable de leur répondre.
La question n’est donc plus seulement de savoir si les Houthis peuvent fermer Bab el-Mandeb. Elle est de savoir si Riyad et ses alliés réussiront à construire un front suffisamment cohérent avant que la fragmentation du camp anti-iranien ne devienne, à son tour, une arme stratégique aux mains de Téhéran.
Où en est l’accord de La Mecque ?
Le contraste entre l’ambition de l’accord et son degré réel d’opérationnalisation apparaît brutalement. Signé en août par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie, l’accord de défense de La Mecque prévoit qu’une attaque armée contre l’un des trois pays sera considérée comme une attaque contre les autres. Les frappes houthies contre des villes et des infrastructures énergétiques saoudiennes en constituent donc un premier test grandeur nature.
Islamabad a condamné les attaques et affirmé qu’il respecterait ses engagements « lorsque le moment viendra ». Mais le 10 septembre, le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères a précisé qu’aucune réponse militaire n’était alors en discussion. Plus révélateur encore, il a reconnu que l’accord restait un cadre général : les mécanismes et procédures permettant son activation doivent encore être définis. La Turquie, de son côté, n’a annoncé aucune intervention militaire directe.
L’alliance existe donc politiquement, mais elle n’est pas encore une coalition militaire opérationnelle. C’est une faiblesse supplémentaire du camp sunnite : face à des partenaires pro-iraniens déjà armés, déployés et capables d’agir depuis plusieurs théâtres, les États alliés de Riyad doivent encore transformer leurs accords de défense en chaînes de commandement, règles d’engagement et capacités communes. La même interrogation vaut pour les dispositifs internationaux censés garantir la liberté de navigation autour d’Ormuz : leur existence diplomatique ne se traduit pas encore par une capacité visible à réduire le risque maritime.
Le reste du monde observe… et paiera les pots cassés
Pendant ce temps, une grande partie du monde observe. La Chine, l’Inde, les puissances asiatiques, africaines ou latino-américaines évitent autant que possible de prendre parti dans une guerre dont elles ne maîtrisent ni le déclenchement ni l’issue. Même les alliés traditionnels de Washington mesurent avec prudence le coût d’un engagement supplémentaire. Mais cette neutralité politique ne les protégera pas des conséquences économiques.
Si Ormuz reste perturbé, si l’oléoduc saoudien Est–Ouest devient vulnérable et si Bab el-Mandeb se transforme à son tour en zone de confrontation permanente, la facture sera mondiale : pétrole et gaz plus chers, hausse des coûts du transport maritime et des assurances, allongement des routes commerciales, nouvelles tensions inflationnistes et fragilisation des économies les plus dépendantes des importations énergétiques. Beaucoup de pays pourront choisir de ne pas participer à la guerre. Aucun ne pourra entièrement choisir de ne pas en subir les conséquences. En définitive, ceux qui restent à l’écart du conflit risquent eux aussi d’en payer les pots cassés.
Articles de La Tribune des Nations à lire
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• Yémen : une guerre aux multiples fronts dont les Houthis restent les principaux bénéficiaires
Sources externes principales
• Reuters — Iranian arms and advice helped Yemen’s Houthis seize key Red Sea city, 10 septembre 2026
• Reuters — Yemen’s Houthis reach strategic island at mouth of vital shipping lane, 11 septembre 2026
• Reuters — Saudi crown prince sought U.S. military help from Trump with Houthis, 11 septembre 2026
• Reuters — Saudi Arabia says drones launched from Iraq hit East-West pipeline, 11 septembre 2026 — lien
• Reuters — Pakistan says no military response discussed under Mecca pact, 10 septembre 2026 — lien
• Ministère pakistanais des Affaires étrangères — Briefing du 10 septembre 2026 sur le Makkah Defence Agreement — lien
• AFP — Les Houthis du Yémen s’emparent du stratégique détroit de Bab el-Mandeb, 12 septembre 2026





