
En novembre 2026, les Américains devraient retourner aux urnes pour les « midterms », les élections de mi-mandat qui renouvellent la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Ça, c’est en théorie. Car Donald Trump n’a pas un immense respect du droit : « Quand on y pense, il ne devrait même pas y avoir d’élections ». Donald Trump est loin d’être à cours d’idée pour faire pencher la balance électorale de son côté : redécoupage des circonscriptions, évictions dans l’administration (on pense notamment aux services en charge de surveiller l’action de la Maison Blanche et les processus démocratiques). Donald Trump a-t-il l’intention de tenter un coup d’Etat ? La question se pose chaque jour un peu plus (Le Clerc, 2026).
Les leçons du passé
Les élections des « midterms » de 1874 ont préparé le terrain aux controverses à venir. Au milieu de son second mandat présidentiel, le républicain Ulysses S. Grant était en difficulté. Des scandales secouaient Washington, et la crise financière de 1873 engendrait des difficultés économiques. En 1874, malgré des accusations de fraude et d’irrégularités électorales dans le Sud, les démocrates remportèrent plus de 90 nouveaux sièges à la Chambre des représentants, mettant ainsi fin à la domination républicaine au Capitole, qui avait débuté avec l’élection d’Abraham Lincoln en 1860.
Avant et après les élections de mi-mandat de 1874, les Blancs du Sud ont repris le contrôle des gouvernements des États et ont eu recours à la violence et à l’intimidation pour supprimer la participation des électeurs noirs. La reconstruction fut anéantie par la renaissance du Parti démocrate qui, après les élections de mi-mandat de 1874, contrôlait les deux États du Sud et la Chambre des représentants. Le compromis qui retira les troupes fédérales du Sud et porta Hayes à la Maison-Blanche fut la cerise sur un gâteau déjà préparé en 1874 (Strong, 2026).
Comprendre cette histoire des élections des « midterms » qui est ancrée dans le génome du citoyen américain permet de mieux situer le danger suscité par le Président Trump qui secoue les mémoires avec la question identitaire et le dossier de l’immigration en évoquant les logiques raciales de sa politique migratoire. Les violences qui caractérisent cette dernière illustrent donc une bataille idéologique plus large sur l’identité et les valeurs fondamentales de la démocratie américaine.
La relation entre les citoyens et les membres de la Chambre et du Congrès constitue le cœur de la démocratie représentative américaine. Ce n’est pas un hasard si l’une des citations les plus célèbres d’Alexander Hamilton est inscrite au-dessus de la porte d’entrée de la Chambre des représentants : « Ici, monsieur, le peuple gouverne »(« Here, sir, the people govern »). Les représentants et les sénateurs ne partagent toutefois pas une seule et même interprétation de la représentation politique.
Certains croient que leur première fonction est d’être les porte-parole des électeurs ; d’autres jugent qu’ils doivent avant tout défendre l’intérêt de l’ensemble de la nation […] Les élections de mi-mandat de 1994 ont porté les Républicains à la majorité dans les deux chambres du Congrès pour la première fois en quarante ans. De ce fait, la direction du Congrès a changé, la structure des commissions et les règles ont évolué, et les politiques publiques elles-mêmes ont connu une véritable révolution (Rieselbach, 1995).
« Votre vote est votre voix »: à un peu plus de deux semaines des élections de mi-mandat, de nombreux rassemblements organisés par le principal mouvement de contestation anti-Trump se sont tenus, samedi 17 octobre, à travers les États-Unis pour encourager les Américains à se rendre aux urnes. Près du Capitole à Washington, Sabine Carlson enseignante à la retraite, électrice démocrate résume son message triptyque, vote, pouvoir, peuple, peint en lettres jaunes sur son parapluie bleu : « C’est très bien d’exprimer sa colère, nous avons une longue liste de griefs, mais la chose la plus importante de toutes, c’est d’aller voter. C’est une des élections les plus importantes qui arrive et c’est vraiment important d’y sensibiliser les gens » (France 24, 2026). Peut-on s’attendre à un sursaut des démocrates pour une vraie réforme politique en 2028 ?
Entre promesses de campagne et réalités de la gouvernance
Afin de minimiser le poids des électeurs d’origine étrangère, l’administration de la Maison Blanche travaille sur un programme d’éviction de résidents étrangers en situation régulière. Selon le Vice-Président JD Vance, des entreprises comme Microsoft licencient des employés américains et les remplacent par davantage de travailleurs étrangers titulaires de visas H-1B, destinés aux travailleurs hautement qualifiés dans des secteurs spécialisés tels que la technologie, les sciences et la finance […] Elon Musk, quant à lui, est arrivé d’Afrique du Sud aux États-Unis avec un visa d’étudiant, puis a obtenu un visa de travailleur H-1B, avant de recevoir sa carte verte. Il est devenu citoyen américain en 2002 […] La représentante Beth Van Duyne, du Texas, a déposé un projet de loi visant à porter les amendes infligées aux employeurs à 250 000 dollars par infraction (Lumetta, 2026). Ceci nous rappelle la promesse de campagne présidentielle de Trump de lancer une campagne d’expulsions massives comparable à celle de Wetback de 1954 du Président Dwight Eisenhower, dont l’objectif était d’expulser les travailleurs mexicains sans papiers, bien que cette action ait touché sans distinction de nombreux citoyens américains naturalisés.
Le quatrième amendement de la Constitution interdit aux agents de pénétrer dans les domiciles sans mandat judiciaire. Alors qu’une note interne de l’ICE, démontre le contraire. Affirmant que les mandats administratifs, ne nécessitent pas l’intervention d’un juge, cette note confère aussi aux agents l’autorité apparente de pénétrer de force dans des domiciles à la recherche de personnes faisant l’objet d’un arrêté d’expulsion définitif. Certains de ces incidents ont également conduit à la détention de citoyens américains (Foy, Talbot, Yar, et al., 2026).
Le gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro, démocrate briguant un second mandat, a publiquement critiqué les méthodes de l’ICE. La collaboration des autorités étatiques et locales avec l’ICE a pris une importance particulière après la mort de Renée Good et d’Alex Pretti, tués par l’agence à Minneapolis en janvier. À l’époque, Shapiro, lors d’une séance de dédicaces de son livre de mémoires, a déclaré que son administration ne coopérait pas avec les services d’immigration. « Le gouverneur pourrait dès aujourd’hui couper l’accès sans restriction de l’ICE à ces bases de données et obliger l’ICE à obtenir un mandat judiciaire chaque fois que l’agence souhaite utiliser ces outils », écrivait Alex Domingos, stratège en matière de plaidoyer et de politique de The American Civil Liberties Union (ACLU) (Martinez et Pérez-Carrillo, 2026).
Bilan et indice d’approbation du travail présidentiel
Après un peu plus de trois mois de son installation au bureau ovale, la cote de popularité du président américain a chuté comme rarement outre-Atlantique. Selon un sondage de l’institut SSRS pour la chaîne états-unienne CNN, 41% des Américains approuvent la politique menée par Donald Trump, soit une baisse de 4 points depuis mars et de 7 points depuis février.
Instabilité économique et financière, guerre en Ukraine, coupes budgétaires… Les sujets de tensions entre le président américain et la population sont nombreux. Bilan d’un début de mandat plus que controversé (Chambon, 2025). Un an depuis l’investiture du Président Trump, Chuck Schumer, patron des démocrates au Sénat, a déclaré : « Trump veut diriger en roi. Au fur et à mesure qu’il avance, il est de plus en plus fou et impopulaire ». L’opposition espère ravir le Congrès, où elle est jusqu’ici minoritaire, lors des élections de mi-mandat de l’automne, en s’appuyant sur le mécontentement manifeste des Américains dans les sondages.
Dans une récente enquête d’opinion CBS/You Gov, 74 % des personnes interrogées jugent que le président n’en fait pas assez sur les prix, et 53 % pensent qu’il consacre trop de temps à la politique étrangère ( Le Parisien et AFP, 2026). Le 13 octobre 2026, Brenan Megan de l’institut Gallup annonce que les Américains préfèrent également le Parti démocrate au Parti républicain lorsqu’on leur demande lequel serait le plus à même de maintenir la prospérité du pays. Une légère majorité d’Américains 51 % estime que le Parti démocrate serait plus apte à assurer la prospérité du pays, contre 37 % pour le Parti républicain. Cet écart de 14 points en faveur du Parti démocrate est le plus important enregistré sur ce point depuis 2007, année où il menait de 20 points (voir Graphique).

Avant même le déclenchement de l’opération militaire conjointe américano-israélienne du 28 février 2026 contre l’Iran, le président américain et ses fils auraient gagné 57,4 millions de dollars grâce à la vente de tokens WLFI sur la période allant de décembre 2023 à décembre 2024, selon une déclaration financière publiée le 13 juin 2025 par l’Executive Branch Personnel Public Financial Report-OGE Fonn 278° US Office of Government Ethics. Cet enrichissement familial est mal perçu par plusieurs couches de la société américaine quand on sait que la première puissance économique mondiale ( les États-Unis) pointe au 21ème rang mondial avec un Indice de Développement Humain IDH de 0,927, et l’écart est encore plus marquant avec l’IDHI (IDH ajusté aux inégalités) qui chute au 31ème rang. Selon le rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement de 2026, cette situation s’explique par la cause structurelle du système de santé non universel, les inégalités de revenus et l’espérance de vie de 76,4 ans qui stagne loin derrière les vingt premiers pays (82-85 ans en moyenne).
De plus, la guerre lancée par les États-Unis et Israël n’est pas seulement contraire à la Charte des Nations unies et illégale en elle-même, elle l’est également par les moyens employés : attaque contre une école, destruction d’infrastructures civiles, déplacements forcés… (Brabant et El Azzouzi, 2026). Une des conséquences directes des frappes aériennes est le blocus du détroit d’Ormuz, qui a provoqué des ripostes avec des frappes de missiles sur les pétroliers favorisant l’installation de l’incertitude quant à la sécurité et la liberté du transport maritime et des infrastructures énergétiques. Le résultat ne pouvait être que la hausse durable des prix du carburant, qui se répercute automatiquement sur les prix des produits alimentaires et manufacturés, et la pression sur le fret, les marges des entreprises et la consommation des ménages. Ceci n’encourage guère les électeurs à apprécier la politique menée par le Président Trump, surtout que les conditions de la fin de la guerre avec le dossier de l’enrichissement nucléaire iranien ne sont pas réglées. La promesse de Trump d’éviter toute attaque jusqu’au 3 novembre 2026 ne règle pas ces différends.
Les répercussions ne se sont pas faites attendre. Des décisions politiques ont été prises afin de faire baisser les prix :
- En ce qui concerne les produits alimentaires, la difficulté réside dans l’absence de consultation par le gouvernement Trump des électeurs des régions agricoles et d’élevage intensif. Des élus républicains, dont beaucoup s’étaient jusqu’ici abstenus de critiquer le président américain, ont publiquement dénoncé son projet d’importation de bœuf. Le président de l’American Farm Bureau Federation, le plus important lobby agricole du pays, a fustigé cette mesure, la qualifiant de coup dur porté aux finances des éleveurs. Le sénateur sortant Thom Tillis a lui aussi formulé de vives critiques : « Si vous pensez que subventionner le bœuf pendant un certain temps va satisfaire les agriculteurs et entraîner une baisse systémique des prix, vous vous trompez. Cela ne se produit pas ». Christopher Barrett, économiste agricole à l’université Cornell, à Foreign Policy a déclaré : « La communauté agricole a prouvé qu’elle était prête à tolérer une certaine dose d’indignité et de préjudice, mais il y a une limite à ce qu’elle peut supporter avant de se révolter » ( Lu, 2026).
- La flambée des prix du carburant représente le facteur majeur du mécontentement des électeurs avant les législatives du mi-mandat, et a même agacé les dirigeants du G7, avec les menaces du Président Trump d’imposer un embargo américain sur les exportations de gazole (de Vergès, 2026), et son annonce intempestive de lever les sanctions contre le pétrole Russe sans consulter le Congrès. Ce qui est contraire à la loi adoptée en 2022 par le Congrès, une loi baptisée « Ending Importation of Russian Oil Act ». Cette dernière interdit aux États-Unis l’entrée de pétrole et de produits énergétiques provenant de Russie, dont le diesel, l’objectif étant de priver Moscou de revenus susceptibles de financer son offensive en Ukraine. La loi prévoit certes une possibilité de lever cette interdiction, mais à des conditions strictes (Maubian, 2026). Donald Trump cherche à endiguer la flambée des prix du carburant, devenue un handicap pour son parti. Mais y arrivera-t-il vraiment ?
L’indice d’approbation de Donald Trump se situe généralement entre 35 et 40 %. L’histoire est formelle : à moins qu’un parti n’ait un président dont le taux d’approbation dépasse les 60 %, comme ce fut le cas pour Bill Clinton en 1998 et George W. Bush en 2002, il subira des pertes. […] Depuis la Seconde Guerre mondiale, la moyenne est d’environ 26 sièges perdus par un même parti à la Maison-Blanche […] Ron Brownstein a récemment publié une statistique éloquente : seulement 17 % des acheteurs de pick-ups neufs sont démocrates. Environ 60 % sont républicains, et le reste sont des indépendants, probablement des indépendants ayant une tendance républicaine. Cette situation impacte donc directement les électeurs qui constituent le pilier de son mouvement. C’est ainsi que l’on observe de bons résultats chez les démocrates dans des régions qui n’avaient pas voté pour un démocrate depuis des lustres (Alter, 2026).
Combien de sièges républicains perdus?
Avant les élections de mi-mandat de 2022 de Joe Biden, John T. Woolley, politologue de l’American Presidency Project, a constaté que lors des élections de mi-mandat entre 1936 et 2018, « les six présidents dont l’approbation se situait entre 40 et 45 % ont vu leur parti perdre entre 13 et 63 sièges, avec une perte moyenne de 36 sièges à la Chambre des représentants ». Joe Biden se situait dans cette fourchette d’approbation ; la perte de neuf sièges à la Chambre des représentants a donc ramené cette moyenne à 32. Cependant, pendant la majeure partie des deux derniers mois, le taux d’approbation de Donald Trump, selon le site Real Clear Politics, est resté inférieur à 40 %.
Selon le Centre d’approbation présidentielle de Gallup, seuls deux présidents de l’après-Seconde Guerre mondiale ont obtenu un taux d’approbation inférieur à 30 % lors d’élections de mi-mandat : Harry S. Truman, pour les élections de mi-mandat de 1946 et 1950, et George W. Bush, pour celle de 2006 (Scher, 2026). Cependant, il faut savoir que l’Institut américain Gallup a mis fin après 88 années d’existence à son suivi régulier de la popularité présidentielle « Presidentiel Job Approval Rating ».
La confiance du public dans la liberté de la presse aux États-Unis continue de s’éroder, tandis que la confiance dans les médias d’information demeure parmi les plus faibles jamais mesurées par Gallup. Nombre d’Américains n’ont pas de vision commune de leur environnement médiatique, compte tenu des clivages partisans concernant la perception de la liberté et de la confiance dans les médias. Les opinions sur la liberté de la presse semblent étroitement liées au parti au pouvoir, tandis que les opinions sur la confiance présentent des clivages partisans plus persistants, les Républicains se montrant beaucoup plus méfiants que les Démocrates. Ces deux tendances soulèvent des questions quant à la capacité des médias à exercer un contrôle efficace sur le pouvoir (Vigers, 2026). Et le 18 septembre 2026, le président Trump a annoncé qu’il interdisait l’accès à la Maison Blanche aux médias CNN, MSNOW et Politico. Il les accuse, sans donner de détails, de diffuser des fictions et des mensonges (France 24, 2026). Les trois médias avaient engagé dans la foulée des poursuites en arguant notamment que cette mesure violait le Premier amendement de la Constitution des États-Unis, qui garantit la liberté de la presse. Le juge fédéral Kelly a écrit : « Les plaignants ont de bonnes chances d’obtenir gain de cause, non seulement sur le grief relatif au respect des garanties procédurales, mais également sur leurs deux griefs fondés sur le Premier amendement » (La Presse, 2026).
La bataille informationnelle des sondages
La question est la suivante : pourquoi les journalistes et les chaînes d’information en continu qui animent le débat politique américain ont-ils accordé autant d’importance à un sondage manifestement aberrant et quasiment aucune couverture médiatique à la moyenne des sondages réalisée par RealClearPolitics, dont la précision est irréprochable depuis deux décennies ? La réponse est que, dans le contexte de la politique et de l’actualité, il existe une guerre de l’information, et qu’au fil du temps, les sondages sont devenus partie intégrante de cette guerre […] L’une des raisons pour lesquelles la moyenne des sondages de RealClearPolitics est précise est qu’elle ne se contente pas d’agréger les sondages traditionnels ou ceux des universités à tendance progressiste. Elle inclut une grande variété de sondages afin d’obtenir une mesure aussi fiable que possible […] Le problème des guerres d’information autour des sondages, c’est que lorsque les médias s’y engagent, ils ne sont pas honnêtes avec leurs lecteurs quant au fait qu’ils utilisent simplement les résultats de sondages qui leur plaisent et ignorent ceux qui leur déplaisent (Zito, 2025).
Il se pourrait donc que certains électeurs républicains, lassés des promesses non tenues du président de baisser les prix, boudent non seulement les sondeurs, mais aussi l’élection, tout en étant trop conservateurs pour changer de parti et voter démocrate. Les électeurs ruraux et les communautés agricoles, bastions républicains, ont été particulièrement touchés par les droits de douane et le prix du diesel, ce qui explique en partie la compétitivité surprenante des candidats démocrates au Sénat et au poste de gouverneur dans des États comme la Caroline du Nord, l’Ohio, le Texas, le Maine, l’Iowa, et l’Alaska (voir Tableau).

L’ancien président Barack Obama s’est dit agréablement surpris par l’annonce du site spécialisé DecisionDesk HQ qui a révélé le chiffre de 75% de chance au parti d’opposition de reprendre la majorité au Sénat et a déclaré : «Il y a des États en jeu actuellement que je n’aurais jamais imaginés indécis » (Huffpost, 2026). Les sondages confirment les tendances historiques. La popularité catastrophique de Trump et son bilan économique désastreux devraient se traduire par des gains substantiels pour les démocrates, y compris dans des régions où, il y a un an, la plupart des observateurs n’auraient pas imaginé une victoire démocrate (Scher, 2026).
Le chômage, qui s’établissait à 4,2 % en septembre, demeure nettement inférieur à la moyenne du XXIème siècle. L’inflation, à 3,4 % en glissement annuel en août, dépasse de moins d’un point de pourcentage la moyenne des 25 dernières années. La croissance globale, actuellement estimée à 2,3 % cette année par la Réserve fédérale, est conforme au potentiel de long terme de l’économie.
Ce tableau de bord ne peut expliquer pourquoi seulement 26 % des Américains approuvaient la performance économique de Trump dans un sondage Associated Press/NORC la semaine dernière, un chiffre qui fait craindre aux républicains une catastrophe lors des élections de mi-mandat. Comment expliquer cela ? Deux ans après avoir fait campagne sur la promesse d’améliorations rapides, les Américains constatent que sa politique a empiré la situation. Et comme si cela ne suffisait pas, le président milliardaire qualifie ouvertement leurs difficultés d’accès au logement de « supercherie » (Harwood, 2026). Dans le cadre de la procédure en diffamation qu’il a engagée contre le New York Times, le président a récemment inclus un sondage que le journal a réalisé en partenariat avec l’institut universitaire Siena College, faisant apparaître un recul de 3 points de sa cote d’approbation entre septembre 2025 et janvier 2026 (de 43 % à 40 %). Cette initiative intervient après des poursuites engagées contre la sondeuse Ann Selzer à la suite de la publication d’enquêtes électorales dans l’Iowa (Dormagen, 2026).
Et si la vague bleue se confirmait ?
Que deviendra Donald Trump s’il perd les élections de mi-mandat ? « Il serait un canard boiteux » selon l’analyse Jean-Éric Branaa (Verro, 2026). Si les démocrates prennent le contrôle, cela peut donner lieu à de potentiels blocages. On le voit dès maintenant, le pays est en proie au « shutdown ». Avec le contrôle des finances, ils auraient donc le pouvoir de bloquer les actions politiques du gouvernement. Cela leur octroierait aussi le droit de lancer des commissions d’enquête, ce qui contraindrait les représentants des institutions à la retenue. Une procédure de destitution est également probable. Elle n’aboutirait pas, mais ferait de Donald Trump le seul président à avoir subi trois « impeachments » durant ses mandats, sans évoquer les trois attentats à sa personne. En somme, il deviendrait en quelque sorte un roi Ubu, qui ne pourra plus agir que par décret pour contourner les décisions du Congrès.
Il est difficile de cerner les intentions de Donald Trump, tant il ment, se berce d’illusions et fait de fausses promesses. Ses motivations pour terminer son mandat sont nombreuses : le faste et les cérémonies dans une nouvelle salle de bal disproportionnée, les règlements de compte personnels surtout contre les directeurs de groupes de certains médias, le culte de la médiocratie, l’immunité judiciaire dans des affaires dont le dossier Epstein, et l’enrichissement personnel considérable grâce aux pouvoirs punitifs ou gratifiants de la Maison Blanche. Mis face à la victoire des démocrates, un nouvel acte semblable à l’assaut du Capitole serait-il à craindre?
Cet homme d’affaires ruiné, criblé de dettes et de pertes, a révélé dans sa déclaration financière de 2025 un profit de 1,1 million de dollars par heure pour une semaine de 40 heures ! Il engrangera probablement encore plus de dollars en 2026, qu’il a fait exonérer d’impôt par le fisc américain (IRS) qu’il a lui-même corrompu. Mais il se peut qu’il accepte la démission, car Trump, ayant perdu une grande partie de son influence, sait qu’il ne peut même plus donner l’illusion d’accomplir grand-chose en 2027 et 2028, d’autant plus qu’il a perdu le pouvoir de faire nommer des juges à sa solde par un Sénat à majorité démocrate. Tout comme l’obstiné Richard Nixon a vu sa base républicaine se réduire comme peau de chagrin au Congrès pour une infime partie des graves infractions passibles de destitution que Trump commet quotidiennement et avec arrogance. Rappelons-nous que le président Richard Nixon a démissionné en 1974, déclarant avoir perdu le soutien indéfectible du Congrès (Nader, 2026). Mais Trump n’est pas Nixon. Englué dans son narcissisme et sa mégalomanie, il pourrait peut-être démissionner pour ne pas avoir été gratifié du prix Nobel de la Paix 2026, décerné justement à madame Navanethem Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme de 2008 à 2014 et ex-juge de la Cour Pénale Internationale CPI de 2003 à 2008, qui a traité le dossier du génocide rwandais.
Trump est peut-être un avare mais en tant que président, c’est un dépensier invétéré. Certes, il est loin d’être le premier président à avoir creusé d’énormes déficits, baissé les impôts des plus riches, dépensé sans compter pour l’armée et augmenté la dette nationale, et il n’aurait rien pu faire de tout cela sans la complicité active des républicains à la Chambre et au Sénat (Walt, 2026). Ce qui est remarquable à travers l’étude de la presse écrite et des réseaux sociaux, c’est la sensibilité des électeurs américains aux enjeux locaux plus qu’à la politique étrangère, ainsi que la grande préoccupation des électeurs républicains par la forte cote d’impopularité du Président Trump. Ces derniers, démotivés, s’abstiendraient du vote plutôt que de voter pour les démocrates. Il est toutefois trop tôt pour conclure que la farce politique de Trump finirait par triompher. Les élections des « midterms » constituent un moment crucial dans la politique américaine, et même si certains présidents font sans doute mieux que d’autres à ce stade de leur mandat, le parti du président est presque toujours désapprouvé par les électeurs.
Références
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- Brabant, Justine, et El Azzouzi, Rachida, Iran : une guerre illégale et, déjà, de possibles crimes de guerre, MEDIAPART, 10 mars 2026, https://www.mediapart.fr/journal/international/100326/iran-une-guerre-illegale-et-deja-de-possibles-crimes-de-guerre-0
- Brenan, Megan, Les démocrates ont un avantage en matière d’image de parti et de problématiques, GALLUP, 13 octobre 2026, : https://news.gallup.com/poll/715523/democrats-advantage-party-image-issues.aspx
- Chambon, Caroline, Trump : ce qu’il a vraiment fait en 100 jours à la Maison-Blanche, Challenges, 29 avril 2025, https://www.challenges.fr/monde/trump-ce-quil-a-vraiment-fait-en-100-jours-a-la-maison-blanche_603440
- De Vergès, Marie, Sous la pression de Donald Trump, le G7 annonce un déblocage de 100 millions de barils de pétrole, Le Monde, 2 octobre 2026, https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/10/02/sous-pression-de-donald-trump-le-g7-annonce-un-deblocage-de-100-millions-de-barils-de-petrole_6787218_3234.html
- Dormagen, Jean-Yves, « L’arrêt de la mesure de la popularité de Trump par l’institut Gallup invite à considérer la liberté d’un régime », Le Monde, 28 mars 2026, https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/28/l-arret-de-la-mesure-de-la-popularite-de-trump-par-l-institut-gallup-invite-a-considerer-la-liberte-de-sonder-comme-un-indicateur-de-la-liberte-d-un-regime_6675041_3232.html
- Foy,N, Talbot,R, Yar,C et al., 506 des citoyens américains détenus, ProPublica, 6 octobre 2026, https://projects.propublica.org/american-citizens-detained-dhs-civil-rights/
- France 24, Aux États-Unis, la contestation anti-Trump encourage les Américains à voter aux midterms, France 24, 17 octobre 2026, https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20261017-aux-%C3%A9tats-unis-la-contestation-anti-trump-encourage-les-am%C3%A9ricains-%C3%A0-voter-aux-midterms?
- France 24, Avec effet immédiat : Trump annonce bannir CNN et deux autres médias de la Maison Blanche, France 24, 18 septembre 2026, https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20260918-avec-effet-imm%C3%A9diat-trump-annonce-bannir-cnn-et-deux-autres-m%C3%A9dias-de-la-maison-blanche
- Gibert, Vincent, Midterms : même Barack Obama n’en revient pas des chances de victoires des démocrates au Sénat, Huffpost, 9 octobre 2026, https://fr.news.yahoo.com/sport/midterms-m%C3%AAme-barack-obama-n-140913423.html
- Harwood, John, Les Américains rejettent l’économie de Trump- et à juste titre, ZETEO, 11 octobre 2026, https://zeteo.com/p/americans-reject-trump-economy
- La Presse, (Washington) Un juge fédéral américain s’est rangé mardi du côté des journalistes des chaînes CNN, MS NOW, et du média en ligne Politico, déclarés persona non grata par Donald Trump, en interdisant provisoirement à la Maison Blanche de les en exclure, 16 octobre 2026, https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2026-10-14/cnn-ms-now-et-politico/un-juge-garantit-temporairement-aux-journalistes-leur-acces-a-la-maison-blanche.php?utm_source=infolettre&utm_campaign=electionsamericaines&utm_medium=2026-10-15
- Le Clerc, Loic, Annuler les élections à mi-mandat : Trump ne « blague » jamais, Regards, 16 janvier 2026, https://regards.fr/annuler-les-elections-a-mi-mandat-trump-ne-blague-jamais/
- Le Parisien et AFP, « Dieu est très fier de mon boulot » : Donald Trump assume son bilan, un an après son retour à la Maison Blanche, Le Parisien, 21 janvier 2026, https://www.leparisien.fr/international/etats-unis/dieu-est-tres-fier-de-mon-boulot-donald-trump-assume-son-bilan-un-an-apres-son-retour-a-la-maison-blanche-21-01-2026-BQ4VZOWJMVCGDOQ7SPGUXGYDEU.php
- Lu, Christina, Trump s’attaque au mauvais sujet avant les élections de mi-mandat, Foreign Policy, 15 septembre 2026, https://foreignpolicy.com/2026/09/15/trump-beef-prices-imports-ranchers-agriculture-midterm-elections/
- Lumetta, Carolina, Vance annonce de nouvelles mesures de répression contre la fraude, RealClear Politics,octobre2026.https://www.realclearpolitics.com/articles/2026/10/09/vance_heralds_new_fraud_crackdowns_154576.html
- Martinez, Gabriela et Pérez-Carrillo, Melissa, Élections en Pennsylvanie en 2026 : Position de Garrity et Shapiro sur la détention par l’ICE et autres questions d’immigration, SPOTLIGHT, 13 octobre 2026, https://www.spotlightpa.org/news/2026/10/pennsylvania-election-immigration-detention-warehouses-cdl-agriculture-deportation-elections/
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- Nader, Ralph, Siles démocrates remportent le Congrès, qu’est-ce qui pourrait persuader Trump de démissionner ?, Washington Monthly , 8 octobre 2026, https://washingtonmonthly.com/2026/10/08/should-democrats-win-congress-what-could-persuade-trump-to-resign/
- Rieselbach, Leroy N(1995), “ The Members of Congress: Securing a Place on Capitol Hill”, dans Congressional Politics. The Evolving Legislative System, Indiana Univerity,2eme ed., Boulder: Westview Press,p.389
- Scher, Bill, Pourquoi vous devriez croire les sondages cette fois-ci, Washington Monthly, 9 octobre 2026, https://washingtonmonthly.com/2026/10/09/why-you-should-believe-the-polls-this-time/?utm_source=nl&utm_medium=email&utm_campaign=rcp-today-2026-10-11&mc_cid=c70490678b&mc_eid=94dcb4eed0
- Strong, Robert A, Deux élections de mi-mandat qui ont marqué le début d’une nouvelle ère dans la politique americaine, The Conservation, 23 septembre 2026, https://theconversation.com/2-midterm-elections-that-brought-on-new-eras-in-us-politics-291200
- Verro, Valentin, Midterms ; Que deviendra Donald Trump s’il perd les élections de mi-mandat ? « Il serait un canard boiteux », La Dépêche, 4 février 2026, https://www.ladepeche.fr/2026/02/04/entretien-midterms-que-deviendra-donald-trump-sil-perd-les-elections-de-mi-mandat-il-serait-un-canard-boiteux-analyse-jean-eric-branaa-13202707.php
- Vigers, Benedict, Liberté des médias aux Etats-Unis : la perception atteint un niveau bas, GALLUP, 29 septembre 2026, https://news.gallup.com/poll/715025/media-freedom-perceptions-hit-new-low.aspx?thank-you-subscription-form=1
- Walt, Stephen M, « Ce que Machiavel dirait de Trump : le Président américain propose un guide sur la manière d’être un très mauvais prince », Foreign Policy, 23 septembre 2026, https://foreignpolicy.com/2026/09/23/trump-machiavelli-leadership-military-iran-war-power-principles/?tpcc=recirc_more_from_fp051524
- Zito, Salena, Qu’est-ce qui se cache derrière la guerre de l’information latente autour des sondages ?, WashingtonExaminer, 22 janvier 2025, https://web.archive.org/web/20250322030625/https://www.washingtonexaminer.com/opinion/3296764/reasons-information-war-polling/
Annexes
- Le graphique, source : https://news.gallup.com/poll/715523/democrats-advantage-party-image-issues.aspx
- Le Tableau, source : https://www.realclearpolitics.com/







