
Récolte des olives dans le village de Qafin, en Cisjordanie. CC
À l’ouverture de la récolte annuelle des olives, sept experts indépendants des Nations unies ont communiqué leur rapport à Genève, dénonçant les violences des colons israéliens, les restrictions d’accès aux terres agricoles et les risques croissants pour la sécurité alimentaire et le patrimoine culturel palestiniens. Ils appellent Israël à protéger les agriculteurs et à respecter ses obligations au regard du droit international.
La récolte des olives, pilier de l’économie rurale et de l’identité palestiniennes, s’ouvre une nouvelle fois dans un climat de tensions en Cisjordanie occupée. Dans un communiqué transmis à Genève, sept experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies alertent sur l’aggravation des menaces qui pèsent sur les agriculteurs palestiniens, leurs moyens de subsistance et leur accès à la terre.
« Les agriculteurs palestiniens doivent être protégés et pouvoir accéder à leurs terres en toute sécurité. Pourtant, année après année, les violences, les destructions et les restrictions s’intensifient », soulignent-ils.
Pour ces experts, la récolte des olives devrait être une période permettant aux familles de vivre dignement du travail de leurs terres, et non une nouvelle saison marquée par la peur, les pertes et les destructions.
Des attaques de colons en forte progression
Les chiffres de la précédente campagne illustrent l’ampleur du phénomène. Durant la récolte de 2025, 178 attaques de colons liées à la cueillette des olives ont été recensées dans l’ensemble de la Cisjordanie occupée. Elles ont touché 88 villes et villages palestiniens, soit le nombre de localités le plus élevé enregistré depuis 2020. Plus de 6 000 arbres et jeunes plants ont été vandalisés, près du double du bilan de 2024 et le chiffre le plus élevé observé en six ans.
Les sept titulaires de mandats des Nations unies sont : Sofía Monsalve Suárez, rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation ; Alexandra Xanthaki, rapporteuse spéciale dans le domaine des droits culturels ; Elena Carolina Díaz Galán, rapporteuse spéciale sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme ; Paula Gaviria, rapporteuse spéciale sur les droits humains des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ; Francesca Albanese, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ; Reem Alsalem, rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles ; et Shalmali Guttal, membre du Groupe de travail sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales. Ces experts sont nommés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Ils exercent leurs fonctions à titre indépendant et ne représentent ni un gouvernement ni une organisation. Leurs déclarations et recommandations sont formulées dans le cadre de leurs mandats respectifs.
Ces destructions ne se limitent pas aux pertes d’une saison agricole. Les oliviers mettent plusieurs années à atteindre leur maturité et peuvent assurer la subsistance de familles pendant plusieurs générations. Leur arrachage compromet donc durablement les revenus des agriculteurs, la continuité des pratiques agricoles et la transmission d’un patrimoine profondément ancré dans la société palestinienne.
Les experts estiment que ces atteintes fragilisent également les systèmes alimentaires locaux et le droit des Palestiniens à déterminer leurs propres modes de production et d’approvisionnement alimentaires, autrement dit leur souveraineté alimentaire.
339 000 mètres carrés de terres agricoles menacés
Les experts se disent également alarmés par des ordres émis en septembre 2026 par les autorités militaires israéliennes. Ceux-ci prévoient le défrichement de quelque 339 000 mètres carrés de terres agricoles palestiniennes, soit environ 84 acres, dans le nord et le centre de la Cisjordanie occupée. Les zones concernées comprennent notamment des terrains plantés d’oliviers dans les secteurs de Jénine, Qabatiya et Beit Rima. Les mesures envisagées peuvent entraîner l’arrachage d’arbres et accordent aux propriétaires des délais particulièrement courts pour retirer la végétation ou déposer des recours.
Ces décisions interviennent dans un contexte déjà marqué par les restrictions d’accès aux terres, les intimidations et les violences signalées contre les agriculteurs. Les experts font également état de destructions de vergers dans plusieurs secteurs, notamment près de Ramallah, où des bulldozers militaires israéliens auraient arraché des oliviers peu avant le début de la récolte.
Des autorisations d’accès de plus en plus difficiles à obtenir
L’accès aux terres constitue un autre point de préoccupation majeur. Dans certaines zones, les agriculteurs palestiniens doivent obtenir des autorisations de « coordination préalable » pour pouvoir rejoindre leurs parcelles. Or, selon les experts, les autorités israéliennes révoquent de plus en plus ces permis ou ne les délivrent pas. Cette année, l’armée israélienne a également modifié sa politique concernant les terres qu’Israël classe comme « terres d’État ». Les Palestiniens ne peuvent plus obtenir, dans ce cadre, les autorisations nécessaires pour accéder à certaines parcelles ou y récolter les olives, y compris lorsque leurs familles y travaillent depuis plusieurs générations.
Pour les experts, ces restrictions risquent d’aggraver encore la situation économique et alimentaire des populations concernées. La sécurité alimentaire en Cisjordanie est déjà soumise à de fortes pressions. Les attaques de colons ont contribué au déplacement de communautés, principalement bédouines et pastorales. À cela s’ajoute le maintien par Israël du gel des recettes fiscales palestiniennes qu’il collecte pour le compte de l’Autorité palestinienne, une situation qui a fortement réduit les revenus des ménages. Dans ce contexte, empêcher les agriculteurs de récolter leurs olives revient à fragiliser une source essentielle de nourriture et de revenus, tout en accentuant leur dépendance économique.
Les experts invoquent les obligations d’Israël au regard du droit international
Les sept experts demandent à Israël de garantir la protection des agriculteurs palestiniens contre les attaques de colons, de ne pas entraver leur accès à leurs terres et de respecter les obligations qui lui incombent en vertu du droit international. Ils rappellent également leur position sur le statut de l’occupation et les colonies israéliennes. « Israël a l’obligation, en vertu du droit international, de mettre fin à son occupation des terres palestiniennes, de cesser immédiatement toute nouvelle activité de colonisation, d’évacuer les colons du territoire palestinien occupé et d’assurer une réparation intégrale des dommages causés par ses violations », déclarent-ils, en évoquant notamment la restitution des terres et le droit au retour des Palestiniens déplacés dans leurs foyers.
Les experts appellent par ailleurs la communauté internationale, en particulier les États disposant d’une influence politique importante, à exercer une pression maximale pour protéger les civils palestiniens, enrayer les politiques et pratiques d’annexion et garantir que les violations présumées du droit international ne restent pas sans conséquences. À travers cette alerte, ils soulignent que la récolte des olives ne constitue pas seulement une activité agricole saisonnière. Elle touche directement à la sécurité alimentaire, aux revenus des familles, à la continuité culturelle et au maintien des communautés palestiniennes sur leurs terres. Pour eux, la protection des agriculteurs et de leurs oliveraies est indissociable du respect de leurs droits fondamentaux.
Article écrit avec l’aide de l’IA.







