Quels scénarios pour une prise de possession du Groenland

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By Olivier Bot

L’administration Trump le répète, elle veut mettre la main sur le Groenland, par tous les moyens y compris par la force. Quelles sont ses options et pourquoi le Groenland est-il la nouvelle cible désignée par Donald Trump après l’enlèvement du président vénézuélien Maduro. La Maison-Blanche avance divers arguments que nous allons passer en revue. Mais tout d’abord, voyons quelles scénario ont été évoqués et leurs conséquences.

La première hypothèse qui est aussi la plus improbable est une intervention armée afin de sécuriser la zone arctique pour des raisons de sécurité nationale. Or, les Etats-Unis y possèdent déjà une base militaire, la base spatiale de Pituffik, nommée base de Thulé jusqu’en 2023. Elle est gérée par la Force spatiale des États-Unis, branche des forces armées chargée des opérations militaires dans l’espace. Etant la base américaine située la plus au nord sur le Globe, elle offre d’excellentes conditions à la surveillance des satellites sur la trajectoire la plus courte entre la Russie est les Etats-Unis.

Une telle opération serait coûteuse pour les Etats-Unis en termes d’investissements mais aussi d’un point de vue politique. Contrairement à ce que l’on peut lire par ailleurs, une telle opération militaire ne mettrait sans doute pas fin à l’Otan, dont le Danemark fait partie. Le conflit entre la Grèce et la Turquie, deux autres membres de l’Otan, à Chypre n’a pas fait exploser l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord. Cela aurait cependant des conséquences désastreuses sur la confiance entre alliés. Mais l’Amérique du Trump semble peu s’en soucier, si tenté qu’elle considère encore les pays d’Europe comme des alliés même quand l’Union européenne est méprisée.

Un des arguments avancé par Washington serait l’incapacité voire l’amateurisme du Danemark. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen a précisé que sur l’année 2025, son pays y a alloué environ 90 milliards de couronnes, soit 12 milliards d’euros à la sécurité de l’Arctique, dans le cadre d’un accord de défense qui comprend l’acquisition de plusieurs navires arctiques, de drones à longue portée et de capacités satellitaires. Ce plan prévoit aussi la création d’une unité arctique dotée d’une capacité d’intervention d’urgence dédiée. Une base militaire navale est en projet dans la capitale groenlandaise, Nuuk. Le Danemark a par ailleurs acheté 16 avions de combat américains F35. Une des réponses de l’Europe face aux appétits américains serait de son côté de renforcer ce déploiement danois par des moyens militaires européens. L’Otan pourrait aussi prendre les devants en annonçant des renforts sur l’île.

L’autre option qui est celle avancée aujourd’hui par les porte-parole de la Maison-Blanche et Trump lui-même est l’achat du Groenland. C’est ainsi que les Etats-Unis ont historiquement agrandi leur territoire avec la Louisiane achetée à la France ou l’Alaska acheté à la Russie. L’achat du Groenland a déjà été envisagé par plusieurs président étasunien et par Trump lors de son premier mandat. En outre, en 1917, Washington avait acheté les îles Vierges au royaume du Danemark, justement. L’achat du Groenland supposerait un financement validé par le Congrès et l’approbation des deux tiers du Sénat américain, et d’un point du vue du droit international l’accord du Danemark et de l’UE. Improbable. En 2019, le Washington Post avait chiffré l’achat du Groenland à 200 millions de dollars. L’an dernier, dans le New York Times, David Baker, ancien économiste à la FED, avait lui évalué le montant de la transaction dans une fourchette allant de 12,5 à 77 milliards de dollars.

Autre option: l’influence. Comme il l’a fait pour l’Argentine, Trump peut promettre monts et merveilles aux Groenlandais s’ils votent pour l’annexion aux Etats-Unis. Pour cela, il devra susciter la création d’un parti pro-américain car actuellement les deux principales formations politiques du pays se sont positionnées contre. Acheter 57000 voix est à la portée de la puissance américaine qui peut aussi enfoncer le clous sur un sentiment anti danois des populations locales en insistant sur les réseaux sur les honteuses campagnes de stérilisation des autochtones jusqu’en 1976 qui aurait concerné 4 500 à 9 000 femmes au Groenland.

Pour l’Europe, le Groenland représente une valeur stratégique de souveraineté industrielle face à la Chine. En effet, parmi les 34 matières premières critiques (dont les terres rares) considérées par la Commission européenne comme revêtant une importance stratégique pour l’industrie européenne, 25 sont présentes au Groenland. L’UE a d’ailleurs signé en 2023 un accord de partenariat sur les matières premières avec le Danemark. Ces ressources intéressent aussi les Etats-Unis et la Russie afin de ne pas dépendre des terres rares de la Chine.

Pour l’heure, le climat polaire et les voies de communication empêchent l’exploitation de ces matières premières. D’ailleurs, seules deux mines sont actuellement exploitées sur l’île pour extraire de l’or et de l’anorthosite. Par ailleurs, depuis 2021, le Danemark a voté un moratoire concernant l’exploitation du pétrole et du gaz décidé. Mais cela pourrait changer si les Etats-Unis prennent possession de l’île.

Le principal enjeu de la région concerne les voies maritimes qui s’ouvrent au nord avec le réchauffement climatique. Or le Groenland est géographiquement bien placé pour les contrôler. Dans un monde où le transport de commerce maritime augmente vite, où la voie sud des trois caps dont Bonne Espérance se trouve éloignée des principaux acteurs économiques mondiaux, longent des pays ou empruntent des passages dans des régions jugés instables et des mers où la piraterie présente des dangers, les voies arctiques sont plus proches des centres économiques, plus fiables et surtout plus courtes. Les voies arctiques réduisent en effet d’un tiers le temps de trajet entre l’Europe et l’Asie.

D’un point de vue stratégique, face aux importantes installations russes arctiques (brise-glaces, bases militaires et navales), les Etats-Unis veulent renforcer les leurs. Ils ont notamment agrandi le port de Nome dans cette perspective. Le Groenland serait évidemment un avantage face aux Russes.L’arraisonnement d’un bateau fantôme lié à la Russie dans la région de l’Atlantique nord menée entre l’Islande et l’Ecosse, après une longue poursuite démontre que les tensions sont fortes entre Washington et Moscou dans le nord malgré des rapprochements récents entre le président Trump et Poutine.

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