Accueil / Cyber / l’État Islamique du Khorasan enseigne à ses recrues l’utilisation « responsable » de l’intelligence artificielle

l’État Islamique du Khorasan enseigne à ses recrues l’utilisation « responsable » de l’intelligence artificielle

Par Gwenegan Le Fol

L’État Islamique du Khorasan enseigne à ses recrues l’utilisation «responsable» de l’intelligence artificielle

Par Gwenegan Le Fol

Dans un article du journal Politico paru le 23 fevrier 2026, le journaliste M. Boycott-Owen écrit que dans les deux derniers numéros de The Voice of Khorasan (La Voix du Khorasan), la revue numérique de la branche afghane de l’État Islamique (l’État Islamique du Khorasan), les membres de l’organisation terroriste enseignent à leurs lectorat à comment utiliser l’intelligence artificielle et les chatbots de façon « responsable ». L’avant dernier numéro se focalise sur la comparaison entre les différents grands modèles de langage (LLM) sur le marché: ChatGPT, Gemini, Claude ou encore Deepseek ; et met en garde les recrues sur des possibles liens entre ces outils et les forces de défense israéliennes. La publication recommande des outils de protection de la vie privée.

Quant au dernier numéro, le sujet porte sur l’utilisation «responsable» de l’intelligence artificielle. Le journaliste cite le message de l’organisation terroriste concernant l’intelligence artificielle: «l’IA est comme le feu. Vous pouvez l’utiliser pour éclairer une maison, ou bien pour la brûler. […] Elle est partout. Apprenez à l’utiliser avant qu’elle n’en apprenne trop sur vous. Éduquez vos enfants et vos étudiants pour qu’ils soient

«cyberconscients» et ancrés dans la spiritualité.»

La doctrine du groupe est ici on-ne-peut-plus claire, et la revue poursuit en donnant aux lecteurs des exemples d’utilisation d’outils sécurisés pour la prédication et le recrutement. Le journaliste poursuit son analyse, et cite que ce numéro de La Voix du Khorasan rappelle l’utilité de l’IA pour chercher anonymement des informations en évitant le partage d’informations sensibles et éviter de s’exposer à des «risques inutiles». 

La revue se concentre ensuite sur l’usage des chatbots, utilisés pour automatiser le recrutement et la mise en relation entre des sympathisants et des membres de l’EIK. La revue explique que les chatbots, ou robots
conversationnels, ne doivent pas être utilisés «pour partager des informations personnelles, pour mettre en ligne des fichiers confidentiels, pour traiter des questions politiques ou de sécurité ou encore des jugements religieux.» Le risque étant que les agences de renseignement des États combattant l’EIK pourraient remonter jusqu’aux cellules de l’organisation.

De cette analyse des revues émane un constat: les progrès de l’IA depuis 2021, les capacités de générations de contenus et la création de chatbots automatisés sont du pain béni pour les groupes terroristes islamistes, qui malgré des perceptions auparavant parfois négatives sur les nouvelles technologies, sont en train de changer leurs doctrines pour s’adapter et trouver leur place dans ce nouvel écosystème. L’État Islamique du Khorasan en est un bon exemple, bien que le groupe avait perdu du territoire à cause de ses combats contre les Talibans au pouvoir en Afghanistan et l’État Pakistanais.

En effet, l’EIK a non seulement gardé une cohésion idéologique, il a pu aussi continuer de recruter et de perpetrer des attentats en Iran et en Russie, au-delà de son champ d’action local. L’utilisation de l’IA augmente les capacités en terme de propagande et de recrutement. L’article de Politico cite Johnathan Hall, expert et conseiller du gouvernement britannique sur sa législation antiterroriste. Ce dernier avait alerté en 2025 sur «une vague de l’IAdans les groupes terroristes», car selon lui cette technologie risquait d’intensifier lapropagande et de faciliter la préparation d’attentats. Pour lui, les LLM permettent aux groupes terroristes la production d’une propagande sophistiquée et «sur mesure».

L’EIK dispose d’un important réseau médiatique sur internet et publie du contenu dans plusieurs langues de la région où le groupe opère ainsi qu’en anglais. L’organisation terroriste a également utilisé l’IA pour générer des vidéos de propagande après des attentats, dans un style de journal télévisé. Selon le journaliste de Politico, un précédent numéro de la revue de l’EIK affirme que la maîtrise de l’intelligence artificielle était «Fard Al-Ayn», une obligation religieuse «que tout musulman doit accomplir». Ce même numéros’adresse à ses lecteur: «L’IA n’est plus optionnelle, c’est votre bouclier et votre boussole dans un monde numérique rempli de menaces cachées.»

L’intelligence artificielle se présente par conséquent comme un atout pour l’EIK, mais cette technologie reste un outil risqué et nécessite une sensibilisation accrue, si bien que même les groupes terroristes prennent au sérieux le besoin de former et de sensibiliser leurs recrues. Alors que les modèles d’IA s’améliorent et les entreprises développent des agents d’intelligence artificielle performants, l’enjeux qui en découle est de savoir quand est-ce que des groupes terroristes y auront accès.

Lien vers l’article de Politico: https://www.politico.eu/article/comment-letat-islamique-enseigne-lia-responsable-a-ses-recruescomment-letat-islamique-enseigne-lia-responsable-a-ses-re/

(Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Jules Darmanin.)

Pour aller plus loin, des analyses en anglais sur le site du Réseau mondial sur l’extrémisme et la technologie (Global Network on Extremism and Techlonogy) sur l’utilisation de l’IA, des cryptomonnaies et de l’espace cyber par l’État Islamique du Khorasan: Firoz, Fahadh. «Mapping ISKP’s Strength: Social Network Analysis of Tech-Driven Jihad». GNET, 9 avril 2025. https://gnet-research.org/2025/04/09/mapping-iskps-strength-social-network-analysis-of-tech-driven-jihad/.

Minniti, Fabrizio. «Automated Recruitment: Artificial Intelligence, ISKP, and Extremist Radicalisation». GNET, 11 avril 2025. https://gnet-research.org/2025/04/11/automated-recruitment-artificial-intelligence-iskp-and-extremist-radicalisation/.

Nunez-Guerra, Paula. «Light of Darkness: An Analysis of ISKP’s Digital Handbook». GNET,13 octobre 2025. https://gnet-research.org/2025/10/13/light-of-darkness-an-analysis-of-iskps-digital-handbook/

Tulga, Ahmet Yiğitalp. «Soliciting Terror: ISKP Digital Communications and Financing.Tactics Through Voice of Khurasan». GNET, 12 décembre 2024. https://gnet-research.org/2024/12/12/soliciting-terror-iskp-digital-communications-and-financing-tactics-through-voice-of-khurasan/.

Le GNET est hébergé au sein du Centre for Statecraft and National Security (CSNS) du King’s College de Londres. Cet organisme universitaire se définit comme ayant pour objectif «de mieux comprendre comment les terroristes utilisent la technologie.»

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *