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Iran: le débat sur la reconnaissance politique de l’OMPI gagne les Parlements occidentaux

Maryam Radjavi, cheffe de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran, au sommet Free Iran à Paris en juin dernier.

En appelant l’Italie et l’Union européenne à reconnaître officiellement la «Résistance iranienne», Fabio Rampelli franchit un seuil. En France, en Irlande, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada, des élus soutiennent déjà le Conseil national de la Résistance iranienne et le plan en dix points de Maryam Radjavi. Mais le retrait de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI) des listes terroristes, le soutien aux principes, le dialogue politique et la reconnaissance diplomatique sont quatre réalités très différentes.

Rampelli demande de passer du soutien à la reconnaissance

Dans un entretien diffusé par Simay-e Azadi à la suite d’une conférence organisée le 16 juillet 2026 à la Chambre des députés italienne, Fabio Rampelli, vice-président de la Chambre et élu de «Fratelli d’Italia», a appelé l’Italie et l’Union européenne à reconnaître officiellement la « Résistance iranienne » et à établir des relations diplomatiques avec elle. La rencontre de Rome réunissait des parlementaires italiens et Maryam Radjavi, dirigeante du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) et de l’OMPI.

Le propos doit être attribué avec précision. Simay-e Azadi est la chaîne satellitaire en langue persane du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), dont l’OMPI constitue la principale force organisée. Le compte rendu disponible émane donc du mouvement concerné lui-même. Surtout, Rampelli s’exprime comme responsable parlementaire: son appel ne constitue ni une décision du gouvernement italien, ni une position du Conseil, de la Commission ou du Parlement européen.

Sa déclaration n’en marque pas moins une évolution du vocabulaire. Les élus occidentaux soutiens du CNRI défendent généralement les droits du peuple iranien, le plan en dix points de Maryam Radjavi ou l’ouverture d’un dialogue. Rampelli demande de franchir une étape supplémentaire: donner à une composante organisée de l’opposition un statut politique explicite et entrer avec elle dans une relation institutionnelle.

France: un soutien transpartisan, mais aucune décision de l’État

En France, une déclaration présentée aux médias le 20 juin 2023 avait déjà donné au CNRI une visibilité parlementaire exceptionnelle. La plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale évoque «plus de 290 députés et une centaine de sénateurs» ayant déclaré partager les valeurs du plan en dix points de Maryam Radjavi. Un communiqué du CNRI avançait, pour sa part, le chiffre plus précis de 294 députés et 76 sénateurs. Cette différence de décompte doit être signalée plutôt que masquée.

Parmi les signataires cités à l’époque figuraient André Chassaigne, Olivier Marleix, Bertrand Pancher et Cyrielle Chatelain, alors présidents de groupes à l’Assemblée, ainsi qu’Éric Ciotti, Olivier Faure et Fabien Roussel. Au Sénat étaient notamment mentionnés Claude Malhuret, Guillaume Gontard et Laurence Rossignol. Le soutien traversait donc plusieurs familles politiques, de la gauche communiste et socialiste à la droite, en passant par les écologistes, les centristes et des élus de la majorité présidentielle.

Le texte reprenait les principaux engagements du plan Radjavi: élections libres, liberté d’expression et de réunion, séparation de la religion et de l’État, égalité entre les femmes et les hommes, abolition de la peine de mort, reconnaissance des droits des minorités, coexistence pacifique et un Iran non nucléaire. Mais il ne s’agissait ni d’une proposition de résolution adoptée par l’Assemblée, ni d’un vote du Parlement, ni d’une reconnaissance officielle du CNRI par la France. C’était une déclaration politique de parlementaires, relayée par les promoteurs du Comité parlementaire pour un Iran démocratique.

Irlande: des élus très engagés, un gouvernement qui garde ses distances

L’Irlande offre l’exemple le plus net de la différence entre mobilisation parlementaire et prudence gouvernementale. En mai 2025, quatre députés du Fianna Fáil — Pádraig O’Sullivan, James O’Connor, Peter «Chap» Cleere et Tony McCormack — ainsi que les sénatrices Erin McGreehan, Mary Fitzpatrick et Teresa Costello ont participé à une rencontre du CNRI en région parisienne. Le sénateur indépendant Gerard Craughwell était également présent.

Selon l’enquête de RTÉ, la déclaration présentée à cette occasion portait les signatures de 18 députés du Dáil et de 12 sénateurs. James O’Connor a demandé à l’Union européenne de modifier sa politique et d’engager un dialogue avec le CNRI. Mary Fitzpatrick a mis en avant le plan en dix points. L’ancien Premier ministre Enda Kenny avait également participé à un précédent événement du mouvement. Dès 2023, le CNRI avait annoncé le soutien de 36 des 60 membres du Seanad à une déclaration favorable à une république démocratique et laïque.

La réponse du ministère irlandais des Affaires étrangères a toutefois été sans ambiguïté: Dublin n’entretient aucun engagement avec le CNRI ou l’OMPI et invoque des préoccupations relatives à certains aspects de leur organisation et de leurs activités. La position irlandaise résume ainsi le paradoxe occidental: une audience parlementaire réelle, parfois importante, mais aucun passage à la reconnaissance gouvernementale.

Royaume-Uni: ouvrir un dialogue sans reconnaître un gouvernement en exil

Au Royaume-Uni, l’Early Day Motion 3022, déposée le 23 mars 2026 à l’initiative de Bob Blackman et soutenue notamment par Jim Shannon, présente le CNRI comme une coalition politique organisée défendant une république démocratique et appelle le gouvernement britannique à dialoguer avec lui. Elle soutient aussi le plan en dix points de Maryam Radjavi. La motion comptait huit signataires au 14 avril 2026.

Une Early Day Motion est toutefois une motion non contraignante, souvent utilisée pour attirer l’attention sur une cause. Elle ne vaut ni adoption par la Chambre des communes, ni position du gouvernement. Le Royaume-Uni se situe donc, lui aussi, au stade du soutien politique et de la demande de dialogue, pas de la reconnaissance diplomatique.

CNRI, OMPI, MEK: de quoi parle-t-on exactement?

Le Conseil national de la Résistance iranienne est une coalition d’opposition en exil créée en 1981. L’OMPI — Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran — en constitue la principale force organisée. En anglais, l’organisation est désignée par les sigles PMOI ou MEK, pour People’s Mojahedin Organization of Iran ou Mujahedin-e Khalq. Selon Reuters, le CNRI est généralement présenté comme le bras politique de l’OMPI ; le mouvement se définit, lui, comme une coalition pluraliste destinée à préparer une transition démocratique.

Fondée au milieu des années 1960, l’OMPI a d’abord combattu la monarchie du chah. Elle a participé au mouvement révolutionnaire de 1979, puis s’est violemment opposée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini. Après le départ de sa direction en exil, l’organisation s’est implantée en Irak et a bénéficié du soutien de Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak. Cette alliance avec l’ennemi en temps de guerre a durablement détérioré son image auprès d’une partie de la société iranienne. Après l’intervention américaine de 2003, ses membres ont été désarmés, puis transférés progressivement en Albanie.

L’OMPI a longtemps figuré sur les listes terroristes occidentales. Le Royaume-Uni l’en a retirée en 2008, l’Union européenne en janvier 2009, les États-Unis en septembre 2012 et le Canada en décembre 2012. Ces retraits ont mis fin aux conséquences juridiques de la désignation. Ils ne signifient pas que les gouvernements concernés aient validé l’histoire, les méthodes, la représentativité ou le programme du mouvement.

L’OMPI est donc à la fois l’une des structures les plus disciplinées et les plus visibles de l’opposition iranienne en exil et l’une des plus controversées en raison de son passé armé, de son alliance avec Saddam Hussein et d’accusations portant sur son fonctionnement interne. Ses soutiens mettent en avant sa rupture officielle avec la violence, son réseau clandestin en Iran et son programme démocratique ; ses critiques contestent sa représentativité dans le pays.

Le CNRI-OMPI ne représente toutefois pas l’ensemble de l’opposition iranienne. Ses relations avec Reza Pahlavi, fils du dernier chah, sont historiquement conflictuelles. L’OMPI, qui avait combattu la monarchie avant de participer à la révolution de 1979, exclut toute restauration des Pahlavi et défend une république ; Reza Pahlavi se présente, lui, comme un rassembleur de la transition et affirme que les Iraniens devront choisir par référendum entre une république et une monarchie parlementaire. Cette rivalité transparaît jusque dans l’Early Day Motion 3022 britannique, qui affirme que les Iraniens ont rejeté à la fois la dictature monarchique du chah et la théocratie des mollahs, et critique explicitement Reza Pahlavi. Les deux camps, malgré leur opposition commune à la République islamique, se disputent la représentativité politique, l’appui de la diaspora et la reconnaissance internationale. Reza Pahlavi affirme avoir rallié d’anciens membres de l’OMPI, mais il n’existe aucune alliance entre son mouvement et l’organisation actuelle.

Qui est Maryam Radjavi?

Maryam Radjavi — orthographe française ; Maryam Rajavi dans les sources anglophones — est la principale figure publique du CNRI et de l’OMPI. Le mouvement la présente comme sa «présidente élue pour la période de transition». Cette appellation désigne une fonction interne prévue dans l’hypothèse d’une chute de la République islamique ; elle n’est reconnue comme fonction officielle par aucun État.

Elle défend un plan en dix points prévoyant notamment le suffrage universel, une république pluraliste et laïque, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’indépendance de la justice, l’abolition de la peine de mort, la protection des droits des minorités, la coexistence pacifique et le renoncement à l’arme nucléaire. Ce programme explique une grande partie de son audience auprès de parlementaires occidentaux. Il ne règle cependant pas la question centrale de la représentativité réelle du CNRI à l’intérieur de l’Iran, qui reste difficile à mesurer de façon indépendante.

États-Unis: un soutien massif au Congrès, aucune reconnaissance de l’exécutif

Aux États-Unis, la décision juridique majeure demeure le retrait de l’OMPI de la liste des organisations terroristes étrangères le 28 septembre 2012. Le département d’État avait alors invoqué la renonciation publique à la violence, l’absence d’acte terroriste confirmé depuis plus d’une décennie et la coopération du mouvement lors de la fermeture du camp d’Achraf. Washington avait néanmoins précisé que cette décision n’effaçait ni le passé de l’organisation ni les préoccupations persistantes à son sujet.

Le soutien est beaucoup plus affirmé au Congrès. La résolution H.Res.166, déposée le 26 février 2025, compte 229 cosignataires, en plus de son auteur. Elle soutient le désir du peuple iranien de disposer d’une république démocratique, laïque et non nucléaire et cite explicitement le plan en dix points de Maryam Radjavi. Mais, au 3 août 2026, elle demeure au stade de l’introduction et de l’examen en commission : elle n’a pas été adoptée par la Chambre et n’engage pas l’administration américaine.

De nombreux anciens responsables américains, et parfois des personnalités appelées à exercer des fonctions officielles, participent aux rassemblements du CNRI. Ces présences donnent au mouvement un accès politique et médiatique important, mais elles sont généralement présentées comme des interventions personnelles. La ligne de l’exécutif américain reste de faire pression sur la République islamique tout en affirmant que l’avenir politique du pays doit être choisi par les Iraniens. Les États-Unis n’ont reconnu ni le CNRI comme gouvernement en exil, ni Maryam Radjavi comme représentante légitime de l’Iran.

Canada: le soutien de Judy A. Sgro et la prudence d’Ottawa

Au Canada, la députée libérale Judy A. Sgro a déclaré à la Chambre des communes, le 28 mars 2023, avoir rencontré des représentants du CNRI et soutenu l’objectif d’un Iran libre, démocratique et laïque ainsi que son plan en dix points. Son intervention comportait toutefois une nuance essentielle: le CNRI est une option parmi d’autres et il appartiendra au peuple iranien de choisir son avenir politique.

Le Canada avait retiré le MEK de sa liste des entités terroristes le 20 décembre 2012. Depuis, Ottawa a considérablement renforcé les sanctions contre les responsables iraniens et inscrit le Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste des entités terroristes en juin 2024. Mais sa politique officielle d’«engagement contrôlé» limite les contacts avec l’opposition iranienne aux questions consulaires, nucléaires, régionales et aux droits humains. Elle ne prévoit aucune relation officielle avec le CNRI.

La position canadienne est donc comparable à celle des États-Unis sur le plan juridique, mais le soutien parlementaire au CNRI y est moins massif. Ottawa combat le régime iranien par les sanctions, le droit antiterroriste et la diplomatie des droits humains sans reconnaître une organisation d’opposition comme gouvernement de remplacement.

Quatre degrés qu’il ne faut pas confondre

1Retrait des listes terroristesDécision juridique supprimant une désignation et ses sanctions. Elle ne vaut pas soutien politique.
2Soutien aux principesAppui parlementaire à une république laïque, aux droits humains ou au plan en dix points.
3Dialogue politiqueDemande de contacts structurés avec le CNRI comme composante organisée de l’opposition.
4Reconnaissance institutionnelleReconnaissance officielle et relations diplomatiques : le seuil réclamé par Fabio Rampelli.

Le Royaume-Uni, l’Union européenne, les États-Unis et le Canada ont franchi le premier degré. Plusieurs centaines de parlementaires occidentaux se situent au deuxième, et certains élus britanniques ou irlandais réclament le troisième. Fabio Rampelli propose désormais le quatrième. Parmi les gouvernements examinés, aucun n’a encore accepté de reconnaître le CNRI comme représentant officiel de l’Iran ou comme gouvernement de transition.

La nouveauté n’est donc pas l’existence d’un soutien occidental au CNRI: celui-ci est ancien, structuré et transpartisan. La nouveauté réside dans la volonté exprimée par un vice-président de la Chambre italienne de transformer cette sympathie parlementaire en reconnaissance politique du CNRI. La question est désormais de savoir si cet appel restera une position individuelle ou s’il annonce un débat plus large sur la préparation de l’après-République islamique.

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Articles et sources externes

Camera dei deputati — séance présidée par le vice-président Fabio Rampelli — source institutionnelle italienne

Radio Radicale — « Iran del Futuro » — enregistrement de la conférence du 16 juillet 2026 à Rome

CNRI / Simay-e Azadi — propos attribués à Fabio Rampelli — source du mouvement, à lire comme telle

Assemblée nationale — pétition du Comité parlementaire pour un Iran démocratique — déclaration française de 2023 et noms de signataires

RTÉ — « Dept has concerns about Iranian opposition group » — 23 juin 2025, élus irlandais et position du gouvernement

Chambre des communes britannique — Early Day Motion 3022 — motion sur le CNRI et le plan en dix points, 2026

Reuters — Maryam Rajavi et le CNRI — présentation indépendante de la dirigeante et de son programme

Reuters — entretien avec Reza Pahlavi — transition, référendum et anciens membres de l’OMPI — 28 juillet 2026

Département d’État américain — retrait du MEK de la liste terroriste — 28 septembre 2012

Congrès des États-Unis — H.Res.166 — texte, cosignataires et état de la procédure

Sécurité publique Canada — retrait du MEK de la liste terroriste — 20 décembre 2012

Chambre des communes du Canada — intervention de Judy A. Sgro — 28 mars 2023

Affaires mondiales Canada — politique d’engagement contrôlé avec l’Iran — document officiel, 3 février 2026

Cour de justice de l’Union européenne — retrait de l’OMPI de la liste en 2009 — rappel juridique

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