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Sahara occidental : la fin de la MINURSO ouvre une nouvelle période d’incertitude diplomatique

Antonio Achille, de la Minusro (Military Liaison Office of the UN Mission for the Referendum in Western Sahara , observe le respect du cessez-le-feu à Oum Dreyg.

Après 35 ans de présence, la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINUSRO) a cessé ses opérations le 31 octobre, faute d’accord au Conseil de sécurité. L’échec des deux projets de résolution concurrents révèle une fracture internationale sur l’avenir du territoire, au moment où les négociations se heurtent à une question fondamentale : l’autonomie sous souveraineté marocaine peut-elle constituer une issue au conflit sans vider de son sens le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ?

La fin de la MINURSO marque un tournant dans l’un des plus anciens conflits de décolonisation encore non résolus. Créée en 1991 pour surveiller le cessez-le-feu et préparer un référendum sur le statut du Sahara occidental, la mission des Nations Unies quitte la scène sans avoir accompli l’objectif politique qui avait justifié sa création. Le scrutin censé permettre aux Sahraouis de choisir entre l’indépendance et l’intégration au Maroc n’a jamais eu lieu.

Le 1er novembre, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a tenu à rappeler que la disparition de la mission ne remettait nullement en cause le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination. Les Nations Unies entendent poursuivre leurs efforts par l’intermédiaire de l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura. Mais cette continuité diplomatique ne doit pas masquer une réalité : l’organisation internationale perd un instrument opérationnel de surveillance et de prévention des tensions, sans qu’un mécanisme de remplacement ait été convenu.

L’épisode révèle ainsi un paradoxe : alors que des discussions diplomatiques ont repris en 2026, le Conseil de sécurité s’est montré incapable de s’accorder sur le maintien de la mission chargée, depuis trois décennies, de contribuer à la stabilité du territoire.

Un double échec au Conseil de sécurité

Le 30 octobre, à la veille de l’expiration du mandat, deux projets de résolution se sont successivement heurtés aux divisions du Conseil de sécurité. Le texte présenté par les États-Unis, qui proposait de renouveler le mandat pour un an tout en faisant du plan d’autonomie marocain la base privilégiée du règlement politique, a recueilli onze voix favorables. Il s’est toutefois heurté au veto de la Russie. La Chine, le Pakistan et un autre membre du Conseil se sont abstenus.

Le projet russe, qui prévoyait une prolongation plus classique du mandat jusqu’au 31 octobre 2027, n’a ensuite recueilli que trois voix favorables, tandis que les États-Unis ont voté contre et que onze membres se sont abstenus. Il n’a donc pas obtenu les neuf voix nécessaires à son adoption. Ce double échec ne traduit pas simplement une rivalité entre Washington et Moscou. Il met en lumière un désaccord plus profond sur les conditions d’un règlement : faut-il adapter le dispositif onusien à un rapport de forces qui favorise aujourd’hui le Maroc, ou préserver un cadre qui laisse explicitement ouverte la possibilité de l’indépendance ?

Pour Washington, l’ancienne formule ne permet plus de sortir de l’impasse et doit évoluer vers une négociation centrée sur l’autonomie. Moscou a dénoncé un texte qui, selon lui, aurait privilégié une partie et prédéterminé l’issue du processus. Derrière ces positions, le droit à l’autodétermination est devenu un enjeu central de la confrontation diplomatique. La paralysie du Conseil est d’autant plus significative que la résolution 2797, adoptée en octobre 2025, avait déjà fait du plan d’autonomie marocain une base des négociations, tout en maintenant la référence à une solution politique mutuellement acceptable et à l’autodétermination. Le compromis précédent n’aura donc pas suffi à rapprocher les positions sur l’avenir de la mission.

Le plan marocain gagne du terrain, mais la question du consentement demeure

Depuis 2007, Rabat défend une proposition d’autonomie qui maintiendrait le Sahara occidental sous souveraineté marocaine, tout en accordant au territoire des institutions chargées de gérer ses affaires intérieures. Le Maroc considère cette formule comme la solution réaliste à un conflit qui pèse sur son intégrité territoriale et sur ses relations régionales.

La dynamique diplomatique récente lui est favorable. La résolution 2797 de 2025 avait déjà renforcé la place de cette proposition dans le cadre des négociations. En 2026, plusieurs cycles de discussions directes se sont tenus à Washington et à Madrid, sous l’impulsion américaine et avec la participation du Maroc, du Front Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie.

Le projet américain soumis au Conseil de sécurité en octobre allait plus loin dans cette orientation, en plaçant le plan marocain au centre du processus et en envisageant une évolution du mandat et de la structure de la MINURSO. Même si le texte n’a pas été adopté, cette initiative montre que les discussions internationales s’éloignent progressivement de la logique initiale du référendum pour se concentrer sur la recherche d’un compromis politique.

Rabat a salué la non-reconduction du mandat comme une avancée majeure vers la clôture du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies. Le Front Polisario et l’Algérie ont, à l’inverse, critiqué l’orientation américaine, qu’ils jugent défavorable à l’expression du droit à l’autodétermination. Cette évolution ne signifie pourtant pas que le statut du territoire soit définitivement réglé. Une proposition soutenue par plusieurs puissances ne constitue pas, à elle seule, un accord accepté par toutes les parties. La question essentielle reste celle du consentement des Sahraouis à la solution retenue.

C’est là que se situe la difficulté juridique et politique : une autonomie peut-elle être considérée comme l’expression de l’autodétermination si son cadre et ses limites sont déterminés avant que la population concernée ait pu se prononcer librement ? À l’inverse, comment sortir d’un processus fondé sur un référendum dont les modalités n’ont jamais pu être arrêtées ? Tant que ces interrogations resteront sans réponse, les gains diplomatiques du Maroc ne suffiront pas à garantir un règlement durable.

Le référendum abandonné, mais pas le droit à l’autodétermination

La MINURSO avait été créée en application de la résolution 690 du Conseil de sécurité, dans le prolongement de propositions de règlement acceptées en 1988 par le Maroc et le Front Polisario, sous l’égide de l’ONU et de l’Organisation de l’unité africaine. Le référendum devait permettre aux habitants du territoire de choisir entre deux options : l’indépendance ou l’intégration au Maroc. Mais les désaccords sur l’identification des électeurs et sur les modalités du scrutin ont progressivement paralysé sa préparation.

Le cessez-le-feu de 1991 avait néanmoins créé un cadre de stabilisation. La mission a poursuivi ses activités pendant des décennies, malgré l’absence de règlement politique. La reprise des hostilités en 2020 a fragilisé davantage ce dispositif, sans déboucher sur une guerre conventionnelle de grande ampleur.

Il convient donc de distinguer deux réalités. La première est l’échec du mécanisme référendaire initial. La seconde est la persistance de la question de l’autodétermination, qui ne disparaît pas avec la fin de la mission. En rappelant ce principe le 1er novembre, António Guterres a cherché à empêcher que la liquidation de la MINURSO soit interprétée comme une validation implicite de la souveraineté marocaine ou comme l’abandon de toute perspective politique pour les Sahraouis.

La portée de cette déclaration est toutefois limitée par les circonstances. Le secrétaire général peut maintenir une médiation et rappeler les principes des Nations Unies, mais il ne peut remplacer, à lui seul, un accord entre les parties ni surmonter les divergences du Conseil de sécurité. L’avenir du processus dépendra donc de la capacité des négociateurs à élaborer une formule qui soit politiquement praticable tout en préservant la possibilité d’un choix authentique pour la population concernée.

Une zone de tension entre le Maroc et l’Algérie

Le conflit du Sahara occidental dépasse largement la question du statut d’un territoire désertique situé sur la façade atlantique de l’Afrique. Il constitue depuis des décennies l’un des principaux facteurs de rivalité entre le Maroc et l’Algérie, deux puissances dont les relations diplomatiques sont rompues depuis 2021.

Rabat contrôle la majeure partie du territoire et considère le soutien international à son plan d’autonomie comme une reconnaissance croissante de sa position. Le Front Polisario, soutenu par Alger, revendique l’indépendance et continue de contester la légitimité de l’administration marocaine. La Mauritanie, également impliquée dans les discussions, doit composer avec les équilibres sécuritaires et politiques de son voisinage.

Dans ce contexte, la fin de la MINURSO peut être interprétée de deux manières opposées. Pour les partisans du plan marocain, elle peut symboliser l’épuisement d’un dispositif ancien qui n’a jamais permis de parvenir au référendum. Pour ses adversaires, elle risque de supprimer un instrument de surveillance sans résoudre le différend qui justifiait son existence.

La question est particulièrement sensible sur le terrain. Le retrait progressif des observateurs militaires et la disparition des patrouilles de la mission pourraient réduire les capacités de vérification indépendantes et compliquer la prévention des incidents. L’ONU a précisément exprimé son inquiétude face au risque d’une escalade et appelé toutes les parties à la plus grande retenue.

La fermeture de la mission ne signifie pas automatiquement une reprise des combats. Elle introduit cependant une incertitude supplémentaire dans une région où les tensions militaires, les rivalités régionales et les désaccords diplomatiques sont étroitement liés.

Les camps de réfugiés, angle mort du règlement politique

Le sort des réfugiés sahraouis installés dans la région de Tindouf, en Algérie, constitue un autre enjeu majeur. Des générations y ont grandi dans l’attente d’une solution au conflit. Pour ces populations, l’impasse diplomatique n’est pas seulement une controverse juridique : elle détermine les perspectives de retour, de représentation politique et d’avenir collectif.

Les discussions de 2026 ont également fait apparaître la question de l’enregistrement de la population réfugiée et de l’accès humanitaire. Le projet américain présenté au Conseil prévoyait notamment une démarche visant à compléter l’enregistrement de cette population, un sujet politiquement sensible dans le cadre des négociations.

Ces questions ne peuvent être traitées comme de simples aspects techniques. La définition des personnes concernées par une consultation politique, les garanties d’un choix libre et la possibilité d’un retour volontaire sont directement liées à la crédibilité de tout règlement.

La disparition de la MINURSO rend d’autant plus nécessaire une médiation qui ne se limite pas aux rapports entre gouvernements. Pour être durable, un compromis devra aussi prendre en considération les aspirations des Sahraouis, y compris celles des populations vivant dans les camps et de leurs représentants.

Après la MINURSO, trois scénarios possibles

La fin des opérations de la mission ouvre une période dont l’issue demeure incertaine. Trois trajectoires peuvent être envisagées.

Premier scénario : une relance des négociations autour de l’autonomie. Les États-Unis et les partenaires du Maroc pourraient chercher à transformer les avancées diplomatiques récentes en accord politique. Cette option supposerait toutefois que le Front Polisario et l’Algérie acceptent de poursuivre le dialogue et que des garanties crédibles répondent aux préoccupations relatives à l’autodétermination. Sans participation effective des Sahraouis, un accord risquerait de rester contesté.

Deuxième scénario : une impasse prolongée. Les parties pourraient continuer à défendre des positions incompatibles, tandis que les Nations Unies maintiendraient une médiation politique sans disposer de l’infrastructure de terrain qui caractérisait la MINURSO. Ce scénario prolongerait l’incertitude pour les populations et pourrait accentuer la méfiance entre Rabat et Alger.

Troisième scénario : une dégradation sécuritaire. En l’absence d’un dispositif de surveillance et de canaux efficaces de désescalade, un incident militaire pourrait entraîner une montée des tensions. Ce risque ne doit pas être présenté comme une conséquence inévitable du retrait, mais il justifie les appels à la retenue lancés par le secrétaire général.

La possibilité d’un retour sous une forme différente de la présence onusienne ne peut pas non plus être exclue à terme. Elle dépendrait toutefois d’une nouvelle décision politique et d’un accord au Conseil de sécurité, précisément ce qui a fait défaut en octobre.

Une épreuve pour la crédibilité des Nations Unies

La fin de la MINURSO soulève enfin une question plus générale sur le rôle de l’ONU dans les conflits de longue durée. Une mission de maintien de la paix peut contribuer à stabiliser une situation, surveiller un cessez-le-feu et préserver un espace de négociation. Elle ne peut, en revanche, imposer une solution politique lorsque les parties refusent le compromis.

Après 35 ans, la MINURSO disparaît sans que le différend soit réglé et sans que le référendum prévu ait été organisé. Son bilan est donc contrasté : elle n’a pas atteint son objectif politique originel, mais elle a assuré une présence internationale et contribué à la surveillance du cessez-le-feu pendant une longue période.

L’échec du Conseil de sécurité révèle aussi les limites du multilatéralisme lorsque les grandes puissances ne s’accordent plus sur les principes et les modalités d’une intervention. Le veto russe a bloqué le texte américain ; la proposition russe n’a pas obtenu de majorité suffisante. Dans cette confrontation, le sort d’un territoire et les droits d’une population sont restés subordonnés à des désaccords stratégiques.

António Guterres affirme que les Nations Unies demeurent prêtes à soutenir les efforts de paix. La liquidation de la mission, qui doit être menée de manière ordonnée, ne clôt donc pas formellement le processus diplomatique. Mais elle modifie profondément ses conditions.

Le véritable test sera désormais de savoir si les négociations peuvent avancer sans l’instrument de terrain qui les accompagnait depuis 1991. Si la disparition de la MINURSO devait simplement consacrer un rapport de forces sans produire d’accord accepté, elle risquerait de transformer une impasse diplomatique en instabilité durable.

La fin de la MINURSO n’est pas la fin du conflit du Sahara occidental. Elle marque plutôt le passage à une phase plus incertaine, où la recherche d’un compromis devra démontrer qu’elle peut concilier réalisme politique, stabilité régionale et droit des Sahraouis à décider de leur avenir.

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