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Soudan : Genève, un rendez-vous diplomatique sous haute pression

Un des camps de réfugiés au Soudan où travaille MSF. ©msg

La réunion des acteurs de la médiation, prévue la semaine prochaine, devra rapprocher des initiatives qui peinent encore à infléchir les calculs militaires des belligérants.

Trois ans et demi après le début du conflit soudanais, la diplomatie internationale se prépare à un nouveau rendez-vous. Les acteurs de la médiation se retrouveront la semaine prochaine à Genève, dans un contexte où les combats s’intensifient et où les civils paient un tribut de plus en plus lourd.

Une réunion pour rapprocher des initiatives dispersées

Selon l’ONU, la rencontre devra « rapprocher les initiatives diplomatiques », qui n’ont pas réussi jusqu’ici à modifier les calculs des belligérants. Les efforts ne manquent pourtant pas. L’ONU travaille avec le Quartet, composé des États-Unis, de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, afin d’obtenir une trêve humanitaire. Son envoyé personnel pour le Soudan, Pekka Haavisto, multiplie de son côté les contacts avec les deux camps. Genève est donc censée donner de la cohérence à ces démarches parallèles, à un moment où aucune percée n’est en vue.

Un constat sévère devant le Conseil de sécurité

Vendredi 16 octobre, Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires politiques, a dressé un bilan peu encourageant devant le Conseil de sécurité. Chaque fois qu’elle s’est exprimée sur le Soudan cette année, a-t-elle rappelé, elle a fait état d’une situation en détérioration, et « peu de choses ont changé » depuis.

Ni l’armée régulière ni les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ne semblent disposés à déposer les armes. Chaque camp pense pouvoir améliorer sa position sur le terrain, convaincu que le soutien extérieur continuera de lui permettre d’atteindre ses objectifs par la force. Les livraisons d’armes se poursuivent, les recrutements aussi, et l’ONU juge élevé le risque d’une nouvelle escalade dans les prochains mois. Les tensions aux frontières font en outre craindre une extension régionale du conflit.

Les civils, premières victimes de la guerre des drones

Les combats se concentrent dans les États du Kordofan du Nord, du Kordofan du Sud et du Nil Bleu, mais la violence déborde largement les lignes de front. Frappes aériennes et attaques de drones touchent des camps de déplacés, des écoles, des infrastructures civiles et même des sites miniers éloignés des combats.

Les drones sont l’une des évolutions les plus meurtrières du conflit. D’après les chiffres présentés par l’ONU en août, ils ont causé environ 1 100 des 1 400 morts civiles recensées au premier semestre 2026. Le 3 octobre, deux camions affrétés par le Programme alimentaire mondial, qui transportaient des vivres entre Dilling et Kadugli, ont été frappés par un drone. L’un des chauffeurs a été tué, alors que les véhicules étaient clairement identifiés comme humanitaires et disposaient de toutes les autorisations. L’ONU n’a pas attribué formellement cette frappe.

Face à cette menace, Mme DiCarlo a avancé une proposition concrète : que les belligérants cessent d’utiliser des drones ou, à défaut, acceptent des engagements précis et des mécanismes opérationnels encadrant strictement leur emploi. C’est un dossier que la réunion de Genève pourrait porter.

Des avancées limitées mais réelles

Quelques signaux, modestes, existent. Les deux camps ont constitué des comités chargés d’examiner d’éventuelles libérations unilatérales de détenus et des échanges de prisonniers. L’ONU et l’UNICEF s’emploient par ailleurs à garantir à tous les élèves soudanais l’accès à un examen national de fin d’études secondaires, quel que soit le territoire où ils vivent. Ces initiatives pourraient préserver des perspectives d’avenir pour une génération dont la scolarité a été bouleversée par le conflit. Elles restent toutefois tributaires de la bonne volonté des parties. « Le dialogue seul ne suffit pas. Le peuple soudanais a besoin de résultats », a insisté Mme DiCarlo.

Le poids des soutiens extérieurs

Les divisions internationales compliquent la tâche des médiateurs. Le 8 octobre, le Conseil de sécurité s’est contenté de prolonger de deux mois le régime de sanctions visant le Soudan, faute d’accord sur un renforcement des mesures existantes.

C’est pourquoi la responsable onusienne a exhorté les puissances étrangères à user de leur influence pour arrêter les combats plutôt que les alimenter. À l’approche de l’anniversaire de la chute d’El-Fasher, au Darfour, elle a rappelé que les atrocités commises ne sauraient rester impunies. Ceux qui aident, arment, financent ou soutiennent politiquement les belligérants, a-t-elle averti, doivent subir des pressions bien plus fortes.

Ce que la société civile attend

Les consultations menées auprès de représentants de la société civile font apparaître une aspiration commune : la fin des combats et le retour à un gouvernement dirigé par des civils. Sur le terrain, les conséquences humanitaires sont massives, avec des déplacements de population tant à l’intérieur du pays qu’au-delà de ses frontières, et des familles qui font la queue pour accéder à l’eau, notamment à Al Obeid, dans le Kordofan du Nord.

La réunion de la semaine prochaine ne suffira sans doute pas à arrêter la guerre. Elle sera néanmoins un test : celui de la capacité des médiateurs à parler d’une seule voix, à obtenir un encadrement de l’usage des drones et à peser sur les soutiens extérieurs des belligérants. Pour les civils soudanais, l’enjeu est de transformer le dialogue en résultats tangibles.

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