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L’aide à Israël, premier bras de fer entre Trump et le Congrès ?

Le jour où les républicains ont perdu leur majorité dans les deux chambres du Congrès, Donald Trump a annoncé la fin des subventions militaires annuelles à Israël. La Maison-Blanche souhaite interrompre les versements, mais les crédits sont votés par le Congrès. Un premier affrontement pourrait se jouer dès décembre, avant l’entrée en fonctions de la majorité démocrate.

Le 3 novembre au soir, à mesure que tombaient les résultats des élections de mi-mandat, Donald Trump a publié sur Truth Social l’image d’une casquette rouge portant un seul mot, « VETO ». Sur Fox News, il a expliqué qu’il entendait bloquer certains textes démocrates pour amener leurs auteurs à négocier. Quelques heures plus tôt, sur la même chaîne, il avait annoncé que les États-Unis cesseraient de financer les achats militaires d’Israël après 2026. La casquette s’adressait au futur Congrès. Le dossier israélien pourrait, lui, mettre à l’épreuve les pouvoirs de chacun dès la session du Congrès sortant.

Netanyahu avait envisagé l’arrêt des financements américains

Trump affirme que Benjamin Netanyahu avait lui-même soulevé la question et qu’ils s’étaient entendus plusieurs mois auparavant. En janvier 2026, Jewish Insider avait rapporté, sur la foi d’une source, que le Premier ministre israélien avait évoqué en décembre 2025, à Mar-a-Lago, la possibilité de renoncer à tout ou partie des tranches de 2027 et 2028. En juin, sur CNBC, Netanyahu défendait publiquement un autre calendrier : commencer la réduction pendant les deux dernières années du mandat de Trump, puis descendre progressivement à zéro. L’arrêt des versements à la fin de 2026 reste à confirmer. Trump a expliqué pourquoi il en parlait le jour du scrutin : il voulait priver ses adversaires démocrates d’un argument de campagne.

À Jérusalem, le Premier ministre sortant n’avait pas publiquement confirmé cette date au 5 novembre. Dès le 3 novembre, son rival Gadi Eisenkot lui a demandé des explications sur les conditions de cette annonce. Selon lui, les responsables de la défense avaient découvert par les médias un changement qui touchait à la sécurité du pays. Le lendemain, après la victoire démocrate, Eisenkot a promis de renouer avec les deux partis américains s’il formait le prochain gouvernement. Il soulevait ainsi une question concrète pour Israël : à qui s’adresser à Washington si le président et les élus divergent sur les crédits ?

Les crédits à Israël pourraient provoquer un premier bras de fer

Le mémorandum de 2016 prévoit jusqu’en septembre 2028 une enveloppe annuelle de 3,8 milliards de dollars. Sur cette somme, 3,3 milliards financent principalement l’achat de matériel américain et 500 millions sont destinés aux programmes conjoints de défense antimissile. Pour l’exercice 2027, la Maison-Blanche proposait encore les 3,3 milliards en avril. La Chambre les a maintenus dans son projet de crédits adopté en juillet. Le financement provisoire expire le 11 décembre. La loi qui l’autorise limite les versements intégraux en début d’exercice. Le Congrès sortant pourrait donc trancher avant l’entrée en fonctions de la nouvelle majorité, le 3 janvier 2027.

Les élus peuvent maintenir les crédits, les réduire ou en modifier les conditions. Le président peut opposer son veto au texte qui les contient. Pour surmonter ce veto, il faut réunir les deux tiers des voix dans chaque chambre. L’exécutif peut aussi demander l’annulation de crédits déjà ouverts, ce qui engage une procédure distincte. Trump a pris publiquement position sur la fin des subventions. Si les élus maintiennent les crédits, il devra décider s’il accepte leur arbitrage. S’ils entérinent la baisse, ils en partageront la responsabilité politique. Israël devra alors trouver comment financer les échéances de certaines commandes déjà signées, même si les ventes américaines se poursuivent.

Les démocrates désunis sur le soutien à Israël

Le 15 juillet, la Chambre a rejeté l’amendement du républicain Thomas Massie qui aurait supprimé les 3,3 milliards de subventions. Parmi les démocrates, 103 ont voté pour, dont Nancy Pelosi, et 98 contre, dont Hakeem Jeffries. Dix ont voté « présent ». En février, 65 % des démocrates interrogés par Gallup disaient sympathiser davantage avec les Palestiniens, contre 17 % avec les Israéliens. Le vote de juillet donne la mesure du désaccord parlementaire sur les moyens à employer. Certains élus pourraient soutenir la baisse annoncée par Trump tout en réclamant davantage de contrôle sur les ventes d’armes. Du côté républicain, le représentant Abe Hamadeh a salué l’annonce le jour même, en défendant une relation où Israël achèterait les armes américaines sur ses propres fonds.

Le Congrès aura aussi à choisir la forme du soutien à Israël

La Chambre a adopté le 22 juillet un projet de loi de défense qui prévoit de désigner au Pentagone un responsable de la coopération technologique avec Israël. La disposition, devenue section 219, vise notamment la recherche, les essais et la coproduction. Thomas Massie et le démocrate Ro Khanna ont cherché à la retirer. Le républicain Don Bacon a repris l’initiative le 13 octobre dans une proposition de loi distincte. Ces projets définissent les modalités d’une coopération industrielle et technologique. Ils ne prévoient aucun transfert automatique des subventions d’achat vers ces programmes.

Le prochain texte budgétaire donnera une première indication de la volonté du Congrès de suivre ou de contester le calendrier de Trump. Le vote sur la coopération technologique montrera quels élus sont prêts à approfondir les liens avec Israël, même en cas de baisse des subventions. Pour le prochain gouvernement israélien, les deux décisions auront des effets différents : l’une pèsera sur le financement de ses commandes, l’autre sur la place de son industrie dans les programmes de défense américains.

Sources et liens

Reuters, l’annonce du 3 novembre  ·  Loi de financement provisoire, articles 106 et 109  ·  Proposition de loi de Don Bacon

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