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Le Maroc, champion du soft power: quand le football devient un instrument de puissance

Dans son dernier livre, «Maroc, la force de la stabilité» aux éditions du cherche midi, le géopolitologue Sébastien Boussois, spécialiste du Moyen-Orient et du monde arabe, revient à l’approche des quart de finale de la Coupe du Monde qui opposera la France au Maroc sur la stratégie de long terme que Rabat a mis en place pour faire rayonner le football au-delà de ses frontières. Si ce sport est devenu un véritable instrument de cohésion nationale, il est aussi un levier stratégique pour le Royaume chérifien.

À quelques heures du quart de finale entre la France et le Maroc, les passions se concentreront naturellement sur le résultat sportif. Pourtant, derrière les quatre-vingt-dix minutes de jeu se dessine une réalité bien plus intéressante encore. Depuis une quinzaine d’années, le Royaume a fait du football un véritable outil de puissance. Loin de se limiter aux performances des Lions de l’Atlas, cette politique s’inscrit dans une stratégie de long terme où le sport participe autant à la cohésion nationale qu’au rayonnement international du pays.

Le football comme politique publique

Le Maroc a compris avant beaucoup d’autres que le football n’était plus simplement un spectacle populaire. Il est devenu un levier de politique publique. Dans un pays où la jeunesse représente une part essentielle de la population, investir dans les infrastructures, les centres de formation, le football féminin ou les compétitions nationales revient aussi à investir dans la cohésion sociale, l’aménagement du territoire et le sentiment d’appartenance nationale.

La Coupe du monde organisée au Qatar en 2022 a constitué un accélérateur spectaculaire de cette dynamique. En atteignant les demi-finales, les Lions de l’Atlas ont offert au Royaume un moment d’unité rarement observé. Les célébrations à Rabat, Casablanca, Tanger ou Laâyoune ont trouvé un écho immédiat au sein de la diaspora marocaine, de Paris à Bruxelles, de Montréal à Amsterdam. Le football est ainsi devenu un formidable trait d’union entre le Maroc et ses millions de ressortissants établis à l’étranger. Peu de politiques publiques parviennent à créer un sentiment d’appartenance aussi puissant entre un État et sa diaspora.

Une stratégie de puissance assumée

Mais Rabat ne s’est pas arrêté à cette dimension nationale. Le Royaume a parfaitement intégré que le football constituait désormais un instrument d’influence internationale. Dans un monde où l’image compte autant que la puissance économique ou militaire, organiser de grands événements, former des talents et disposer d’infrastructures d’excellence devient un puissant facteur de crédibilité. Pour les États qui investissent dans le sport, l’organisation d’une Coupe du monde représente aujourd’hui l’une des plus fortes démonstrations de soft power, au même titre que les Jeux olympiques.

Comme je le montre dans Maroc, la force de la stabilité, publié aux éditions du Cherche Midi, cette réussite repose sur une remarquable continuité stratégique. Depuis plus de quinze ans, les investissements n’ont jamais été remis en cause au gré des alternances politiques. Ils répondent à une vision portée au plus haut niveau de l’État et mise en œuvre par la Fédération royale marocaine de football.

Le meilleur symbole de cette ambition est le Complexe Mohammed VI de football, situé à Maâmora, près de Rabat. Inauguré en décembre 2019 par le roi Mohammed VI après plusieurs années de travaux, il accueille les sélections nationales, le siège de la Fédération royale marocaine de football ainsi que le bureau Afrique de la FIFA. Bien plus qu’un centre d’entraînement ultramoderne, il est devenu le cœur d’une stratégie qui vise à faire du Maroc une référence continentale en matière de formation, d’organisation et d’excellence sportive.

Le sport au service du rayonnement du Royaume

Depuis la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, prolongent cette vision de long terme. Pour Rabat, ces compétitions dépassent largement le cadre sportif. Elles constituent des démonstrations de stabilité, de professionnalisme et de capacité organisationnelle. Elles confortent également la place du Royaume comme plateforme sportive incontournable entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe.

Les effets de cette stratégie dépassent aujourd’hui largement les terrains de football. Elle renforce l’attractivité économique du pays, stimule le tourisme, favorise les partenariats avec les fédérations africaines et nourrit le rayonnement diplomatique du Royaume. Le football est ainsi devenu un prolongement naturel de la politique étrangère marocaine, aux côtés de la coopération économique, universitaire et culturelle. Dans un monde où l’influence se construit autant par l’image que par la puissance, le Maroc a compris que les victoires les plus importantes ne se jouent pas seulement sur la pelouse.

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