L’échec de la conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, en mai dernier, souligne la profondeur des fractures internationales. À sa présidence, le Viet Nam a défendu une diplomatie d’écoute et d’équilibre dont la portée dépasse le résultat immédiat des négociations.
« Mon objectif était de rendre tout le monde également insatisfait. » La formule de l’ambassadeur Do Hung Viet résume une réalité peu spectaculaire de la diplomatie : un compromis commence souvent lorsque chacun accepte de renoncer à une partie de ses exigences. Mais encore faut-il que les États jugent l’accord préférable à la défense de leurs positions.
Cette condition n’a pas été réunie lors de la onzième Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), organisée à New York du 27 avril au 22 mai 2026. Au terme de quatre semaines de négociations, les délégations se sont séparées sans document final de consensus. Après les précédents de 2015 et de 2022, ce troisième rendez-vous sans accord fragilise davantage la capacité des États à définir une réponse commune aux risques nucléaires. United Nations

Do Hung Viet (à gauche), président de la onzième Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 2026, préside la séance de clôture de la conférence, qui s’est tenue du 27 avril au 22 mai.
Pour le Viet Nam, qui présidait les travaux, le bilan appelle pourtant une lecture plus fine que la seule constatation de l’échec. La conférence a aussi montré ce qu’un pays non doté de l’arme nucléaire peut apporter à une négociation dominée par les préoccupations de sécurité des grandes puissances : un espace de discussion, une attention aux attentes des autres États et une recherche d’équilibre entre des intérêts devenus difficilement conciliables.
Une diplomatie attentive aux États moins entendus
Avant même l’ouverture de la conférence, Do Hung Viet avait placé l’écoute au centre de sa méthode. Dans un entretien accordé à Arms Control Today, il soulignait la nécessité de rétablir le dialogue entre puissances nucléaires et États non nucléaires, mais aussi entre pays développés et pays en développement. Il relevait également les difficultés rencontrées par certaines délégations pour participer pleinement aux négociations et comprendre la manière dont les compromis étaient élaborés. Arms Control Association
Cette question de méthode touche au fond du problème. Dans les enceintes multilatérales, tous les États disposent d’une voix, mais tous ne possèdent ni les mêmes moyens diplomatiques ni la même capacité à suivre simultanément plusieurs discussions. Une négociation perçue comme réservée à quelques acteurs entretient la défiance, même lorsque ses conclusions prétendent engager l’ensemble des participants.
En cherchant à rendre le processus plus accessible et transparent, la présidence vietnamienne s’attaquait donc à l’un des ressorts de la crise de confiance. La portée de cette démarche reste difficile à mesurer, mais son intérêt est réel : un accord durable suppose que les États puissent se reconnaître dans le processus qui le produit.
Le compromis nucléaire dépasse les seules questions de sécurité
Le TNP repose sur un équilibre entre trois piliers : la non-prolifération, le désarmement et les usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Leur articulation constitue le cœur politique du traité.
Les États ayant renoncé à l’arme nucléaire attendent que leurs engagements s’accompagnent de progrès vers le désarmement. Ils souhaitent également préserver l’accès aux technologies nucléaires civiles, dans le respect des obligations du traité. Lorsque ces attentes paraissent reléguées derrière les seules préoccupations des puissances nucléaires, l’adhésion au régime perd une partie de sa force politique.
Le positionnement vietnamien prend ici tout son sens. En portant ensemble les questions de sécurité, de responsabilité et de développement, Hanoï contribue à rappeler que la pérennité du TNP dépend de l’intérêt que chaque catégorie d’États trouve à son application. La médecine nucléaire, la recherche ou les applications agricoles donnent à cette coopération une traduction concrète, au-delà des négociations stratégiques.
Cette approche offre au Viet Nam une place utile : celle d’un interlocuteur susceptible de faire entendre des préoccupations que les rapports de puissance tendent à marginaliser.
Une médiation confrontée aux conflits
L’écoute ne suffit toutefois pas à surmonter des antagonismes que les États considèrent comme essentiels à leur sécurité. Selon le compte rendu d’Arms Control Today, les divergences entre Washington et Téhéran sur les formulations relatives au programme nucléaire iranien ont constitué un obstacle majeur au compromis final. D’autres désaccords subsistaient également. Arms Control Association
Dans un entretien publié après la conférence, Do Hung Viet a expliqué avoir envisagé plusieurs scénarios, avant de renoncer à soumettre un texte dont le rejet prévisible aurait, selon lui, accentué les divisions. Ce témoignage éclaire la difficulté de sa position : préserver l’impartialité de la présidence tout en tentant d’obtenir un résultat politique. Il exprime aussi l’appréciation du négociateur sur sa propre action et doit être lu comme tel. en.baoquocte.vn
L’absence d’accord demeure un revers. Elle rappelle cependant la limite fondamentale de toute présidence multilatérale : celle-ci peut rapprocher les formulations, organiser les échanges et proposer des concessions réciproques. La décision de les accepter appartient aux États.

Après la conférence, maintenir l’exigence
L’intervention vietnamienne du 8 octobre devant la Première Commission de l’Assemblée générale prolonge cette démarche. Do Hung Viet y a appelé à renforcer le processus d’examen du TNP et à mettre en œuvre les engagements communs. Il a également demandé aux États dotés d’armes nucléaires d’intensifier le dialogue, de réduire les risques et de réaliser des progrès substantiels en matière de maîtrise des armements et de désarmement. en.nhandan.vn
La continuité compte. Une présidence de conférence peut rester un épisode de visibilité diplomatique. Elle acquiert une portée plus grande lorsque le pays qui l’a exercée continue de défendre les objectifs de la négociation après sa clôture.
Pour la Genève internationale, cette expérience rappelle aussi l’utilité du travail poursuivi entre les grands rendez-vous : maintenir les contacts, préciser les désaccords et préparer des propositions susceptibles de devenir négociables. Ces efforts attirent moins l’attention qu’une déclaration finale, mais ils contribuent à préserver les conditions d’un accord futur.
Le rôle positif du Viet Nam se situe dans cette persévérance. Hanoï n’a pas surmonté les fractures du système nucléaire international. Il a cherché à les contenir dans un cadre de discussion commun, tout en rappelant que les responsabilités des puissances nucléaires doivent répondre aux attentes des autres États. Dans un multilatéralisme affaibli, cette capacité à maintenir une négociation ouverte constitue un apport diplomatique qui mérite d’être reconnu — et dont la valeur dépendra aussi des suites concrètes qui lui seront données.







