
Parade de la milice armée du Hezbollah au Liban sud.
Alors que les discussions se poursuivent sur un possible allègement des sanctions visant l’Iran, plusieurs sources diplomatiques et régionales estiment que Téhéran pourrait renforcer son soutien financier à ses alliés armés au Moyen-Orient, notamment au Hezbollah libanais.
Selon Reuters, des responsables iraniens auraient assuré au Hezbollah qu’une aide financière plus importante lui serait accordée si une partie des avoirs iraniens actuellement gelés à l’étranger était débloquée. Des sources libanaises citées par l’agence affirment également que Téhéran s’est engagé à fournir rapidement des fonds à son principal partenaire régional.
Un Hezbollah affaibli mais toujours essentiel à Téhéran
Le Hezbollah est sorti fortement affaibli des récents affrontements avec Israël. Les pertes humaines, les destructions d’infrastructures et l’affaiblissement de ses capacités militaires ont pesé sur l’organisation chiite libanaise.
Avant le conflit, les estimations occidentales évaluaient l’aide directe de l’Iran au Hezbollah entre 700 millions et un milliard de dollars par an. Ces ressources servaient à financer les salaires des combattants, les services sociaux, les médias du mouvement ainsi qu’une partie de ses activités militaires.
Le Hezbollah demeure un élément central de la stratégie régionale iranienne. Fondé avec l’appui des Gardiens de la révolution dans les années 1980, il est généralement considéré comme le principal relais armé de Téhéran dans la région.
L’axe de la résistance, un réseau pro-iranien étendu à toute la région
Le Hezbollah fait partie d’un ensemble de groupes alliés désigné sous le nom d’«axe de la résistance».
Au Yémen, les Houthis ont bénéficié pendant des années d’un soutien iranien sous forme de formation militaire, de drones et de missiles. Leur capacité à perturber le trafic maritime en mer Rouge leur a donné une importance stratégique croissante aux yeux de Téhéran.
En Irak, plusieurs milices chiites proches de l’Iran, dont Kataib Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq et Harakat Hezbollah al-Nujaba, ont reçu des financements, des armes et un soutien opérationnel de la Force Al-Qods, branche des Gardiens de la révolution chargée des opérations extérieures.
Dans les territoires palestiniens, le Hamas et le Jihad islamique palestinien ont également bénéficié d’un soutien financier et militaire iranien. Les relations entre Téhéran et le Hamas ont toutefois connu des périodes de tension, notamment pendant la guerre civile syrienne.
Jusqu’à la chute du régime de Bachar al-Assad, la Syrie occupait également une place clé dans ce dispositif régional, servant de corridor logistique entre l’Iran et le Hezbollah.
Les enjeux d’un éventuel déblocage des avoirs iraniens
Le montant exact des avoirs iraniens gelés reste difficile à établir et varie selon les estimations. Ces dernières années, certains responsables iraniens ont évoqué des montants supérieurs à 100 milliards de dollars. Plusieurs analyses occidentales jugent toutefois que les sommes réellement mobilisables seraient bien inférieures, une partie des fonds étant déjà engagée ou détenue sous forme d’actifs peu liquides.
Parmi les avoirs les plus souvent mentionnés figurent des revenus pétroliers bloqués dans plusieurs pays, notamment la Corée du Sud, l’Irak, la Chine et le Japon. En 2023, un accord a permis le transfert d’environ 6 milliards de dollars de fonds iraniens détenus en Corée du Sud vers des comptes supervisés au Qatar. Cet accord prévoyait l’utilisation de ces fonds exclusivement pour des achats à caractère humanitaire, sous le contrôle des autorités concernées.
Selon plusieurs observateurs, la capacité de l’Iran à renforcer de nouveau son influence régionale dépendra largement de l’évolution des négociations avec les États-Unis et de l’accès à une partie de ces avoirs gelés.
À Washington, cette perspective suscite des préoccupations. Les responsables américains répètent régulièrement que les fonds débloqués ne doivent pas servir au financement de groupes armés alliés à Téhéran. Lors des précédents mécanismes de transfert ou de dégel de fonds, les États-Unis ont généralement imposé des restrictions limitant leur utilisation à des biens humanitaires, tels que les médicaments, les produits alimentaires ou les équipements médicaux.
Téhéran fait toutefois valoir que l’argent est fongible: même lorsque certains fonds sont affectés à des usages précis, un allègement de la pression financière peut permettre d’allouer d’autres ressources budgétaires vers des priorités stratégiques.
Les modalités d’un éventuel futur dégel dépendront des accords conclus entre les différentes parties. Plusieurs experts estiment que Washington cherchera à maintenir des mécanismes de contrôle ou des restrictions sectorielles afin de limiter le risque que ces ressources profitent directement aux groupes armés soutenus par l’Iran. L’efficacité réelle de ces mesures demeure néanmoins un sujet de débat parmi les spécialistes.
De leur côté, les autorités iraniennes rejettent ces accusations et affirment que ces fonds appartiennent légitimement à l’État iranien. Au-delà des discussions diplomatiques, une question demeure: si les sanctions sont assouplies et que les avoirs gelés sont effectivement débloqués, quelle part de ces ressources sera consacrée à l’économie iranienne et quelle part servira à soutenir les alliés régionaux de Téhéran ?
Pour de nombreux analystes, la réponse à cette question pourrait peser durablement sur les équilibres stratégiques du Moyen-Orient dans les années à venir.





