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À Genève, la transition énergétique à l’épreuve des droits humains

Une conférence internationale entend replacer l’humain au cœur des politiques énergétiques en Afrique du Nord

Le 25 juin prochain, en marge de la 62e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, Genève accueillera une conférence qui entend aborder l’un des grands défis du XXIe siècle : comment concilier transition énergétique, gouvernance et respect des droits humains dans les trajectoires de développement de l’Afrique du Nord ?

Organisée au Club suisse de la presse par l’Observatoire International de Genève pour la Paix, la Démocratie et les Droits de l’Homme (IOPDHR), en partenariat avec Alliance Suisse-Maroc et l’ONG internationale PDES, cette rencontre réunira experts, universitaires et responsables internationaux autour d’un thème qui dépasse largement les frontières régionales.

Sous le titre « Transition énergétique, gouvernance et droits humains : pour une approche intégrée du droit au développement en Afrique du Nord », les organisateurs souhaitent ouvrir un dialogue sur les transformations profondes qui traversent aujourd’hui les sociétés méditerranéennes et africaines.

Une transition énergétique sous haute tension

L’Afrique du Nord figure parmi les régions du monde disposant du plus fort potentiel en matière d’énergies renouvelables. Des projets d’envergure voient le jour au Maroc, en Égypte, en Tunisie ou encore en Algérie, avec l’ambition affichée de devenir des acteurs majeurs de la production d’énergie verte et d’hydrogène décarboné.

Mais cette mutation soulève également des interrogations fondamentales : comment garantir que ces investissements profitent réellement aux populations ? Comment assurer une gouvernance transparente des ressources ? Comment concilier impératifs économiques, justice sociale et protection de l’environnement ?

À l’heure où les transitions énergétiques redessinent les rapports de force internationaux, ces questions deviennent centrales.

Genève, capitale du dialogue multilatéral

Le choix de Genève comme lieu de cette conférence revêt une forte portée symbolique. Alors que le système multilatéral traverse une période de fragilisation sans précédent, la cité lémanique demeure un espace privilégié de dialogue entre États, organisations internationales, chercheurs et société civile.

La conférence entend précisément mettre en lumière les liens souvent négligés entre développement énergétique, gouvernance démocratique et droits humains. Car derrière les grands projets énergétiques se jouent également des enjeux d’accès équitable aux ressources, de participation citoyenne, de redistribution des bénéfices économiques et de respect des droits fondamentaux.

La modération sera assurée par Ventzislav Sabev, de l’Université de Genève, qui guidera les échanges entre des personnalités reconnues dans leurs domaines respectifs. Parmi elles figure Rachid Guerraoui, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l’un des chercheurs les plus influents dans le domaine des systèmes distribués et des architectures numériques.

Ses travaux sur la gouvernance des systèmes complexes trouvent aujourd’hui une résonance particulière dans un contexte où les réseaux énergétiques deviennent de plus en plus dépendants de l’intelligence artificielle, de la gestion des données et des infrastructures numériques.

La dimension énergétique sera portée par Tatiana Lanshina, économiste et experte internationale des politiques de transition énergétique. Partisane d’une accélération du déploiement des énergies renouvelables, elle soulignait récemment :

« La véritable résilience dans un monde fragmenté ne réside pas dans des hydrocarbures bon marché, mais dans l’accélération de la transition vers des énergies renouvelables domestiques et dans le soutien à l’innovation technologique propre. »

Cette vision trouve un écho particulier dans une région qui cherche à réduire sa dépendance énergétique tout en renforçant sa souveraineté économique.

Repenser les modèles économiques

La Suisse sera également représentée par Isabelle Chevalley, experte reconnue de l’économie circulaire et fondatrice d’Eco-LIT. Ancienne conseillère nationale, elle défend depuis de nombreuses années l’idée selon laquelle la transition écologique ne peut être dissociée d’une transformation profonde des modèles de production et de consommation.

Pour elle, l’enjeu dépasse largement la simple question énergétique : il s’agit de construire des économies capables de préserver les ressources naturelles tout en créant de la valeur et de l’emploi. Cette approche rejoint les réflexions actuelles sur la durabilité des modèles de développement dans les pays émergents.

Autre sujet stratégique, la sécurité énergétique sera abordée par Khadija Bendam, présidente de l’International Nuclear Societies Council et spécialiste de la sûreté nucléaire. À mesure que plusieurs pays africains envisagent de diversifier leur mix énergétique, la question du nucléaire revient dans les débats publics.

Mais son développement pose des questions sensibles en matière de sécurité, de gouvernance, de transparence et d’acceptabilité sociale. L’intervention de Khadija Bendam permettra d’apporter un éclairage sur ces enjeux souvent absents des discussions consacrées à la transition énergétique.

Le droit au développement au centre des discussions

Au-delà des aspects techniques, la conférence entend remettre au premier plan une notion essentielle du système onusien : le droit au développement. Consacré par les Nations Unies en 1986, ce principe affirme que le développement économique doit bénéficier à l’ensemble des populations et respecter les droits fondamentaux.

Dans un contexte marqué par l’urgence climatique, les tensions géopolitiques et les profondes mutations technologiques, cette notion retrouve aujourd’hui toute sa pertinence. Car la transition énergétique ne pourra être durable que si elle est également socialement juste. C’est précisément cette articulation entre croissance économique, gouvernance responsable et respect des droits humains que les participants tenteront d’explorer à Genève.

Si l’Afrique du Nord constitue le point de départ des discussions, les enjeux abordés concernent en réalité l’ensemble du Sud global. Comment financer les infrastructures de demain sans accroître les inégalités ? Comment garantir la participation des populations aux décisions qui les concernent ? Comment faire en sorte que les bénéfices de la transition énergétique soient partagés équitablement ?

Autant de questions qui dépassent les frontières régionales et qui s’imposent désormais au cœur des agendas internationaux. À Genève, le 25 juin, experts et décideurs tenteront d’apporter des éléments de réponse à ces défis qui dessinent déjà le monde de demain.

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