Le Geneva AI Governance Institute se positionne comme un « facilitateur » au service des entreprises et des Etats.
Par Inès Armand
À la fin du mois de mars, Yaoundé accueillera la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), un rendez-vous déterminant pour l’avenir du système commercial international. Dans un contexte marqué par les rivalités technologiques, la fragmentation réglementaire et l’accélération des transformations numériques, un thème s’impose désormais comme l’un des plus structurants pour les échanges mondiaux : l’intelligence artificielle.
C’est sur ce terrain que le Geneva AI Governance Institute (GAIGI) entend se positionner. La fondation, basée à Genève et membre de l’Union internationale des télécommunications (UIT), sera présente à Yaoundé afin de défendre, auprès des délégations, une vision qui gagne en importance dans les débats internationaux : la construction d’une architecture mondiale de confiance pour l’intelligence artificielle.

L’IA, nouvelle infrastructure du commerce international
Longtemps absente des discussions commerciales, l’intelligence artificielle s’impose désormais comme l’un des moteurs de transformation du commerce mondial. Elle joue déjà un rôle central dans plusieurs secteurs stratégiques — logistique, finance, cybersécurité, infrastructures critiques, santé ou encore chaînes d’approvisionnement. Mais au-delà de ces applications sectorielles, l’IA tend à devenir une infrastructure invisible de l’économie mondiale.
Automatisation des processus commerciaux, optimisation du transport international, analyse prédictive des marchés, gestion des flux de données : les systèmes d’intelligence artificielle redéfinissent progressivement l’organisation même des échanges internationaux. Cette transformation rapide se heurte toutefois à une difficulté majeure : l’absence d’une gouvernance internationale cohérente.
Les réglementations se multiplient. L’Europe avance avec l’AI Act, les États-Unis privilégient des approches plus souples fondées sur la gestion des risques, tandis que plusieurs pays asiatiques développent leurs propres cadres réglementaires. Pour les entreprises opérant à l’échelle mondiale, cette fragmentation crée une incertitude juridique croissante et des coûts de conformité supplémentaires. C’est précisément dans cet espace stratégique que le GAIGI entend intervenir.

Une initiative genevoise au croisement du commerce et de l’IA
Créé en 2025 à Genève, le Geneva AI Governance Institute s’est donné pour mission de structurer les cadres internationaux de gouvernance de l’intelligence artificielle, en particulier pour les systèmes les plus sensibles — ceux susceptibles d’affecter les infrastructures critiques, la sécurité ou les droits fondamentaux. L’institut est également membre de l’Union internationale des télécommunications (UIT), organisation spécialisée des Nations unies chargée des technologies de l’information et de la communication.
En quelques mois, l’institut s’est imposé comme un acteur émergent du débat international. En février dernier, il a organisé à Genève le premier Geneva AI Trade Forum, réunissant diplomates, organisations internationales, entreprises et experts afin d’explorer les interactions entre commerce mondial et gouvernance de l’IA.
Les discussions ont permis d’identifier plusieurs priorités à l’approche de la conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé :
• développer des infrastructures numériques interopérables
• favoriser la reconnaissance mutuelle entre régulations nationales
• soutenir l’innovation tout en garantissant la conformité réglementaire
• renforcer la coopération internationale face à la fragmentation normative
Pour son fondateur, Axel Mazolo, cette approche pragmatique répond à un défi central du moment.
« L’intelligence artificielle ne peut pas devenir un moteur durable de croissance mondiale si chaque région développe des règles incompatibles avec celles des autres. Le véritable défi n’est pas seulement technologique : il est institutionnel », explique-t-il.

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L’interopérabilité, clé d’une gouvernance mondiale viable
Plutôt que de promouvoir l’idée d’un régulateur mondial unique — souvent irréaliste sur le plan politique — le GAIGI plaide pour une approche fondée sur l’interopérabilité des cadres réglementaires. L’objectif est de créer des correspondances entre les différentes réglementations existantes afin de permettre aux entreprises et aux institutions d’évoluer plus facilement dans un environnement juridique de plus en plus complexe.
Dans cette perspective, la fondation a récemment publié un référentiel open source de correspondance entre plusieurs cadres réglementaires majeurs, dont le NIST américain, l’AI Act européen, les normes ISO et les principes de l’OCDE. Cet outil, baptisé Sovereign Interoperability Mapping, vise à faciliter la conformité multi-juridictionnelle et à réduire les frictions réglementaires pour les organisations opérant à l’international.
« L’interopérabilité réglementaire est devenue un enjeu central pour l’économie numérique. Sans passerelles entre les systèmes juridiques, nous risquons de fragmenter l’innovation et de freiner les investissements internationaux », souligne Axel Mazolo.
Genève, laboratoire de la gouvernance technologique
Le choix de Genève comme base du GAIGI n’est pas anodin. La ville abrite une concentration unique d’organisations internationales, dont l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et l’OMC.
En tant que membre de l’UIT, le Geneva AI Governance Institute s’inscrit pleinement dans cet écosystème international dédié à la régulation et à la coopération technologique. Cette proximité institutionnelle permet à l’institut de dialoguer directement avec les acteurs de la gouvernance mondiale des technologies.






Cette densité institutionnelle fait de Genève un espace privilégié pour l’émergence de nouvelles initiatives de gouvernance technologique.
« Genève possède un atout unique : un écosystème où la science, la diplomatie et l’économie peuvent dialoguer. Dans un monde marqué par la rivalité technologique, nous avons besoin d’espaces neutres capables de construire la confiance », affirme Axel Mazolo.
Cette ambition s’inscrit dans une tradition genevoise plus large : celle d’une ville qui, depuis plus d’un siècle, sert de laboratoire à la gouvernance internationale.
Vers une architecture mondiale de confiance
Pour son fondateur, le GAIGI ne se limite pas à un centre de réflexion. L’institut entend contribuer à la mise en place d’une véritable infrastructure de confiance pour l’intelligence artificielle. Son modèle repose sur une approche originale : plutôt que de certifier directement les systèmes d’IA, la fondation envisage d’accréditer des organismes de certification à travers le monde, sur la base de standards techniques et éthiques développés à Genève.
Cette architecture en « couche neutre » vise à concilier deux impératifs souvent perçus comme contradictoires : le respect de la souveraineté des États et la nécessité d’une cohérence internationale.
« La gouvernance de l’IA ne peut pas être imposée d’en haut. Elle doit émerger d’un dialogue entre États, entreprises et institutions internationales. Notre rôle est de créer les mécanismes qui permettent à ces acteurs de coopérer efficacement », explique Axel Mazolo.

Yaoundé, une étape dans une recomposition mondiale
La présence du GAIGI à la conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer le rôle de Genève dans les débats internationaux sur l’intelligence artificielle. Alors que plusieurs grandes puissances cherchent à imposer leurs propres modèles de régulation, la gouvernance technologique devient un enjeu géopolitique majeur.

Dans ce contexte, les initiatives capables de créer des passerelles entre les différentes visions réglementaires pourraient jouer un rôle déterminant dans la structuration de l’économie numérique mondiale.
« Dans le siècle de l’intelligence artificielle, la véritable puissance ne résidera pas seulement dans la technologie. Elle se mesurera aussi à la capacité de bâtir les architectures de confiance qui permettront à cette technologie de circuler à l’échelle mondiale », conclut Axel Mazolo.
À Yaoundé, où les ministres du commerce tenteront de redéfinir les règles du commerce international à l’ère numérique, ce message pourrait trouver un écho particulier.





