
Depuis que l’Europe est devenue Union européenne, elle se raconte des histoires dignes d’un roman d’anticipation: nous sommes l’Europe, nous sommes presque les meilleurs au monde à défendre les valeurs citoyennes, individuelles, de liberté, d’émancipation et d’expression (ce qui est vrai), et nous condamnons tous ceux qui ne le font pas.
Mais curieusement, depuis des décennies, notre voix porte de moins en moins et notre message ne fait plus autant mouche qu’avant. Pourquoi ne parvenons-nous plus à séduire ? Parce que nous nous enfermons dans cette hubris dévorante. Parce que tout sonne en partie faux bien sûr: tout ce que nous défendons et vendons, nous ne pouvons pas le faire seul. Nous avons besoin de la première démocratie au monde pour légitimer notre story-telling. Notre récit n’est crédible que parce que les Etats-Unis financent notre affaire depuis des décennies.
C’est en effet grâce aux Etats-Unis depuis 1945 que l’Europe est Europe. Sans eux, le continent aurait tardé à être libéré. Sans certaines interventions soutenues par l’Amérique, le vieux continent se serait embourbé dans des conflits frontaliers qui auraient pu s’embraser. Mais voilà, quand l’Amérique décide de foutre le camp, nous ne sommes pas contents et crachons sur notre bienfaiteur.
Car oui, quand il se trouve un choix démocratique outre-atlantique qui porte au pouvoir un Président, certes particulier et parfois eratique, mais qui décide de remettre l’église au milieu du village et de privilégier les concitoyens américains plutôt que la terre entière, dont l’Europe, nous nous offusquons violemment et souhaitons couper les pons sur l’Atlantique.
Donald Trump n’est pas un ange mais il n’est pas le diable. Tout n’a pas commencé avec Donald Trump et tout ne finira pas avec lui. Le désengagement global américain s’est amorcé avec Barack Obama et poursuvi avec Joe Biden. Qui le dit et qui l’a oublié? Tout le monde. Dans une période où la paix n’a jamais été aussi fragile en Europe, nous cherchons à nous couper brutalement de l’Amérique parce l’évolution lointaine de Washington qui largue les amarres pour se reconcentrer sur le nouveau continent nous met clairement dans la m…. Il faut arrêter de rendre responsable Trump de tous nos malheurs depuis un an et demi.
Les drames de l’Europe aujourd’hui ne sont que de notre responsabilité: nous n’avons aucune souveraineté militaire, énergétique industrielle et numérique. Washington est -elle responsable? Bien sûr que non. Cette culture de la victimisation et du misérabilisme que certains courants politiques affectionnent tant, ne nous rendra ni l’Alsace-Lorraine, ni le Congo, ni notre grandeur, encore moins notre autonomie totale.
Nous nous sommes reposés trop longtemps sur la puissance normative (impuissace ?) et nos lauriers. C’est maintenant qu’il faut se réveiller car peut-on croire sérieusement que l’on puisse vivre seul sans personne pour survivre dans ce nouveau monde tropical de la jungle des relations internationales où tous les coups sont permis? Croit-on sérieusement que ce sont la Chine, la Russie, ou d’autres pays des BRICS+ qui seront nos alliés et compenseront notre rupture définitive avec les Etats-Unis?
Heureux les simples d’esprits mais malheureux soient les suicidaires qui grenouillent dans le marigot du déni. On ne fera rien de plus grand sans les Etats-Unis si nous ne nous en autonomisons pas. C’est donc l’heure des choix et Trump n’est qu’un parfait miroir de nos hésitations et de nos erreurs. Trump dans la Galerie des Glaces, c’est le boomerang dans la tête!
Nous sommes bientôt le 4 juillet. Les Etats-Unis fêteront leurs 250 ans d’existance. Un pays jeune, comme tant d’autres, mais parmi le peu de nations si jeunes qui ont autant réussi. Ce n’est que «tardivement» dans ce récit national que l’Amérique a eu un boulevard pour partir à la conquête du monde, et ce surtout, parce que nous lui avons octroyé ce droit après la libération, après la guerre, et que cela nous était bien confortable: le fameux «gendarme» du monde! Ce rejet pavlovien actuel de l’Amérique qui aspire à redevenir grande, la plus grande (un titre qu’elle n’a jamais perdu depuis des décennies mais qui n’a jamais été autant challengé) est ridicule.
Qui d’autre que les Etats-Unis pourrons assurer notre survie puisque nous refusons de prendre notre destin en mains? Oui nous sommes dépendants du parapluie américain depuis 80 ans et nous reprochons maintenant à Washington de vouloir en finir? La coopération comme l’aide amicale, ca va un temps. Il vaut mieux selon le fameux adage apprendre à quelqu’un à pêcher que lui donner du poisson.
Quelles leçons a appris l’Europe depuis tout ce temps pour s’autonomiser sur le plan défensif et énergétique? Pas grand-chose malgré des industries militaires et énergétiques puissantes et présentes partout dans le monde. L’Europe perd son temps à regarder avec nostalgie son passé pendant que les Etats-Unis se tournent résolument vers l’avenir en espérant vivre autant d’années qu’ils ont déjà vécu!
Les célébrations qui vont avoir lieu pendant les semaines à venir aux Etats-Unis, et qui ont commencé à Bruxelles notamment ce soir avec le charismatique ambassadeur Bill White, en présence du premier ministre belge Bart de Wever et du Secrétaire général de l’OTAN, Marc Rutte, au parc du Cinquantenaire, doivent être non seulement celles de l’Amérique mais surtout de l’Europe car nos destins sont inévitablement imbriqués. Sans les Etats-Unis nous sommes morts. Non pas que l’Amérique sera éternellement à la première puissance mondiale, mais que notre démission totale et complète et notre manque de combativité pour faire de l’Europe une véritable puissance géopolitique et politique comme l’ont été Rome, Athènes ou Sparte, est du ressort désormais davantage de la psychiatrie que du manque de moyens.
Pour conclure, je n’ai que peu d’intérêt pour la culture américaine et pour les Américains en général, mais je sais une chose : je préfère compter sur eux pour ma survie que sur leurs ennemis. De toute façon, on a pour habitude de dire que les pays n’ont pas d’amis mais que des intérêts. Alors pitié: regardons avant tout notre intérêt plutôt que de faire les vierges effarouchées devant les grosses paluches certes un peu grossières et la mèche rebelle de Donald Trump. Il est clair que Dieu nous le rendra tant que nous n’avons aucune capacité, envie, possibilité, de sortir de la létargie dans lequelle nous nous lovons depuis trop d’années. Sout nous prions pour notre survie soit pour que nos souffrances soient abrégées. C’est maintenant ou jamais.






