Accueil / Tribune libre / Poutine est allé trop loin pour ne pas aller plus loin

Poutine est allé trop loin pour ne pas aller plus loin

Après plus de quatre années « d’opération militaire spéciale » contre l’Ukraine, qui a coûté la vie à plus de 500 000 soldats russes, avec un gain territorial gelé depuis la fin 2022, Vladimir Poutine accroît la pression contre les Ukrainiens, essentiellement les civils, pour parvenir à son but de guerre originel : l’éradication d’un État souverain, libre et démocratique. Motivé par un récit historique victimaire, sa haine de l’Occident, un entourage qui l’appelle à utiliser toutes les armes de bataille disponibles, armes nucléaires tactiques comprises, et un calendrier politique européen et américain favorable, il est à craindre que Poutine accroisse fortement sa pression sur l’Ukraine dans les prochaines semaines.

Sans nul doute, les attaques ukrainiennes sur les raffineries russes et les centres de dépôt ont fait entrer la guerre dans les familles russes, quelles que soient leurs distances géographiques par rapport au centre du pouvoir. Sans nul doute, le déni par Poutine de l’existence de la nation ukrainienne et son besoin de vengeance contre un peuple qui s’est refusé à lui l’encouragent encore plus à envoyer sur Kiev des missiles balistiques, pays dépourvu d’armes pour les éviter, dans le but de casser le moral de la population.

Dès le départ, dès la parution de son fameux article, en juillet 2021, sur les « liens » entre Russes et Ukrainiens, Poutine s’est enfermé dans une logique où il ne pouvait avoir que la guerre. Tout comme lors de la seconde guerre de Tchétchénie et de la guerre contre la Géorgie en 2008.

Voici donc le chef du Kremlin enfermé dans une dialectique qui ne peut le mener qu’à une fuite en avant. Si la question ukrainienne est existentielle pour lui, elle ne l’est pas pour la Russie. Admirateur de Pierre le Grand, il reprend à son compte les principes : « La Russie n’a pas de frontières », « Là où il y a des Russes, c’est russe », et faire ainsi en sorte que ce qui a appartenu à l’Empire un jour le soit pour toujours…

Que risque-t-il de se produire ? La pression et, sans doute, l’ambition de forcer le front à Kramatorsk sont réelles. Par tous les moyens ? Peut-être si les Américains, englués dans une guerre contre l’Iran qu’ils ont engagée et qu’ils sont en train de perdre sur le plan politique, utilisaient, pour abattre le régime mené par les Gardiens de la Révolution, une arme nucléaire tactique sur Natanz ou Fordo. Le « tabou » depuis Hiroshima tomberait immédiatement et Poutine serait alors parfaitement à l’aise pour percer, tel qu’il le souhaite, le front dans l’oblast de Donetsk.

On le mesure aisément : les prochains mois risquent d’être cruciaux pour l’Ukraine et donc pour l’Europe. Lâcher aujourd’hui l’Ukraine serait alors non seulement un crime moral, mais aussi une faute politique colossale…

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *