
Les menaces surprenantes du président Donald Trump contre le Sultanat Oman s’inscrivent dans un schéma clair d’influence des Émirats organisée au sein de l’administration américaine. Cette déclaration, diffusée via des canaux officiels américains, reflète des intérêts financiers et personnels entrelacés, et n’est pas une simple position improvisée.
Lors d’une réunion ministérielle le 27 mai 2026, le président Trump a déclaré explicitement qu’«Oman se comportera comme tout le monde, sinon nous serons forcés de les faire exploser. Ils comprennent cela, et ils s’en sortiront bien.» Ce discours inhabituel intervient à un moment sensible où les intérêts commerciaux et politiques s’entremêlent sans précédent.
Le réseau financier et personnel: l’accord World Liberty Financial
Au cœur de cette dynamique se trouve Marty Edelman (Martin Edelman), conseiller juridique général de la société G42 et conseiller personnel du cheikh Tahnoon bin Zayed, membre influent de la famille royale. Selon un rapport du «Wall Street Journal» (janvier 2026), Edelman a signé un accord par lequel la société Aryam Investment (liée au cheikh Tahnoon) a acquis 49 % de World Liberty Financial (le projet cryptographique de la famille Trump) pour 500 millions de dollars, seulement quelques jours avant l’investiture de Trump.
L’accord a été signé par Edelman avec Peng Xiao, le PDG de G42. Edelman est également membre du conseil d’administration de la société. Ce lien financier direct fait du succès du partenariat émirati un intérêt personnel direct pour le président Trump et sa famille. (wsj.com)
L’homme d’Abou Dhabi à Manhattan
Steve Witkoff (négociateur de Trump) a décrit Edelman comme un «résolveur de problèmes». En mai 2025, Bloomberg a publié un rapport détaillé intitulé «L’homme d’Abou Dhabi à Manhattan», décrivant Edelman comme la figure clé facilitant l’accès d’Abu Dhabi aux cercles de Trump et jouant un rôle pivot dans les grandes affaires.
La visite à Abou Dhabi et le projet d’intelligence artificielle
En mai 2025, le président Trump est venu à Abou Dhabi pour annoncer en personne le «partenariat d’accélération de l’intelligence artificielle américano-émirati» et le plus grand campus d’IA hors des États-Unis (5 Gigawatts). La Maison Blanche a annoncé des accords commerciaux dépassant 200 milliards de dollars, tandis que l’ambassadeur émirati Yousef Al-Otaiba l’annonçait dans les mêmes termes avant la visite. Ces accords renforcent la dépendance mutuelle et augmentent l’influence d’Abou Dhabi. (whitehouse.gov)
Le lobbying et les relations publiques
Abou Dhabi s’appuie sur un réseau de lobbying professionnel: Akin Gump Strauss Hauer & Fel a reçu des dizaines de millions de dollars des Émirats sur plusieurs années et figure parmi les principales firmes travaillant pour eux à Washington. FGS Global facture des millions de dollars par an pour la gestion de la réputation et la couverture médiatique (un contrat de 5,6 millions de dollars jusqu’en 2026, par exemple). Ces firmes façonnent le récit médiatique et ouvrent des portes au Congrès et dans l’administration.
Exemple du dossier Gaza
Selon des responsables américains et égyptiens cités par Middle East Eye (17 mars 2025), les Émirats exercent une pression en coulisses sur l’administration Trump pour abandonner le plan Gaza élaboré par l’Egypte et approuvé par la Ligue arabe. Les Émirats «n’auraient pas pu s’opposer ouvertement à la Ligue arabe, mais ils attaquent le plan avec l’administration Trump en privé». Cela confirme l’utilisation de l’influence pour régler des comptes régionaux. (middleeasteye.net)
Pourquoi Trump est-il plus vulnérable à cette influence?
Des facteurs objectifs en font un cas particulier:
- L’absence de séparation entre les intérêts privés et les décisions présidentielles — l’accord des 49 % fait de toute position positive envers les Émirats un intérêt financier direct.
- Le style improvisé — il parle souvent hors script, ce qui permet la fuite de positions formées lors de rencontres privées.
La déclaration du président Trump n’est pas une position individuelle isolée, mais le résultat naturel d’un système d’influence émirati professionnel et multi-niveaux:
- Niveau financier personnel (accord WLFI)
- Niveau d’accès direct (Edelman)
- Niveau officiel majeur (accords d’IA)
- Niveau professionnel (lobbying et relations publiques)
Ce système a transformé la politique américaine en un outil efficace pour atteindre des objectifs régionaux, sachant que l’administration américaine est pleinement consciente de la position omanaise concernant le détroit d’Ormuz, à savoir que le Sultanat condamne son utilisation à des fins politiques et militaires et qu’il s’agit d’un passage international, ce qui pointe vers l’implication des Émirats dans la pression sur Trump pour menacer le Sultanat d’Oman. Ce dernier est par ailleurs furieux que les Etats-Unis aient lancé une offensive avec Israël alors qu’ils menaient une négociation qui progressait.
Il existe des motifs de tensions antre les Émirats et Oman. Les Émirats cherchent depuis plusieurs années à accroître leur influence économique et stratégique dans la péninsule Arabique. Oman, de son côté, défend traditionnellement une politique étrangère plus neutre, notamment vis-à-vis de l’Iran. Oman joue souvent un rôle de médiateur régional, tandis que les Émirats adoptent parfois une politique plus interventionniste dans les crises régionales.
Une autre raison concerne le détroit d’Ormuz. Oman contrôle avec l’Iran les rives du stratégique détroit d’Ormuz, par où transite une part majeure du pétrole mondial. Ils sont soupçonnés de ne pas s’opposer à une taxe de passage des bateaux puisque comme l’Iran il contrôle la sortie du détroit. Les relations d’Oman avec les Emirats restaient globalement bonnes jusqu’à ce que Donald Trump s’énerve et menace Oman après des rumeurs sur un éventuel accord entre l’Iran et Oman pour imposer un péage pour le franchissement du détroit, ce qu’Oman a toujours démenti. «Oman se comportera comme tout le monde, sinon il faudra les faire sauter», a déclaré Donald Trump, une formule qui a provoqué une forte controverse diplomatique et surpris tout le monde.
Les Émirats, de leur côté, cherchent à réduire leur dépendance à ce passage en développant des ports, des pipelines et des corridors logistiques alternatifs. La position géographique d’Oman, notamment autour de Duqm et de la côte de la mer d’Arabie, est donc très importante dans les calculs stratégiques régionaux.
Les deux pays sont également concurrents sur le plan économique. Les deux pays sont en compétition pour attirer les investissements étrangers, devenir des hubs logistiques et diversifier leurs économies au-delà du pétrole. Les Émirats disposent d’une avance considérable grâce à Dubaï et Abou Dhabi, tandis qu’Oman développe des projets concurrents dans les ports, la logistique et l’hydrogène vert.
Enfin, les Émirats souhaiteraient rapprocher Oman des positions du Conseil de coopération du Golfe (CCG), limiter l’influence iranienne dans la région et obtenir davantage d’alignement sur les questions de sécurité et de commerce.




