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France: la dette et la dissuasion

La prochaine élection présidentielle française va se dérouler dans un contexte national tendu et dans un environnement international à risque.

Sur le front intérieur, malgré une pléthore de candidats et, selon les sondages, l’inquiétude de la population, la question de la dette de l’État est diversement perçue. Si les responsables politiques en sont conscients, ils évitent de l’attaquer frontalement. En effet, dans une société où, selon le mot de Jacques Attali, on fait grève par solidarité de la rente  ‒ je défends celle de mon voisin pour que l’on ne vienne pas toucher à la mienne – ils savent pertinemment que la poser et y apporter des réponses, c’est remettre en question des privilèges et/ou des acquis sociaux. C’est donc prendre le risque de mécontenter tout le monde alors qu’il est si facile de promettre la lune…

Cependant, nombre d’électrices et d’électeurs, sans doute alarmés par les statistiques inquiétantes publiées ces dernières semaines, considèrent que le moment est venu d’agir. Mais, depuis la dissolution manquée de 2025, la France s’est installée dans une paralysante instabilité politique digne de la IVe république. Dans ce contexte où l’on tire à hue et à dia, caler un budget – même provisoire, même prévisionnel –  est devenu un chemin de croix. Au déficit du budget s’additionnent le déficit primaire (comptes publics hors charge des intérêts de la dette) et ceux de la balance commerciale et de la balance des paiements. Comme aucune réforme n’a été engagée, contrairement à des pays plus endettés, la marge de manoeuvre s’amenuise et le mur approche. Sans doute pas celui du défaut de paiement mais plutôt celui érigé par les institutions financières internationales et des investisseurs qui rechignent désormais à acheter de la dette française à trente ans.

Cette situation difficile n’épargne pas le front international où ne règne désormais qu’un seul multilatéralisme: celui des tensions. La guerre hybride menée par la Russie ne faiblit pas et Moscou prévoit d’y consacrer des moyens en hausse au moins pour les trois prochaines années. En parallèle, la politique extérieure américaine est devenue illisible et chaotique. Dans ces conditions les Européens sont pris en étau entre une puissance impériale belliqueuse et un allié tutélaire qui se désintéresse de plus en plus de leur sort. Il brandit constamment la menace de sortir de l’OTAN au motif que les pays membres ne consacrent pas assez d’argent à l’achat de matériels militaires américains. Et dans cette affaire, il est presqu’autant question du coût de l’assurance OTAN que du parapluie nucléaire américain.

En mars dernier, le président Emmanuel Macron a tenté de saisir l’opportunité politique offerte par cette nouvelle donne en arguant de l’autonomie de la dissuasion française qui, tout en conservant sa souveraineté de décision, pourrait s’étendre aux pays européens intéressés. Neuf ont manifesté leur intérêt: l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède, le Danemark, la Norvège et même le Royaume-Uni. Ce dernier dispose pourtant du feu nucléaire tout en étant dépendant des États-Unis en la matière. Ce renforcement du pilier européen peut constituer un coin dans le système de l’OTAN, que le même président jugeait auparavant et dans d’autres circonstances «en état de mort cérébrale».  En vertu de l’autonomie décisionnelle et de la souveraineté revendiquées, le financement d’un arsenal étoffé devrait être assuré par les seuls efforts budgétaires français.
 
Dans le contexte actuel de l’endettement de l’État, on peut s’interroger sur la pertinence de la posture adoptée. En effet, compte tenu des pressions externes et des contraintes internes de la France, la perspective d’une contribution européenne à ce programme n’est peut-être pas à exclure. Quel pourrait-être la forme du deal? D’une sorte de «redevance nucléaire» à une forme de tolérance spéciale du dérapage budgétaire, des opportunités pourraient se faire jour afin d’organiser l’assurance nucléaire du Vieux Continent tout en offrant à la France des voies de dégagement lui permettant de renouer avec la stabilité budgétaire dans un contexte plus maîtrisé.

Cette question qui relève éminemment des fonctions régaliennes du président semble pour l’instant ne trouver aucun prolongement politique dans le débat ouvert en vue de l’élection présidentielle. Et dans une sorte d’ironie de l’histoire la perspective d’une ombrelle nucléaire française déployée sur l’Europe émane du pays qui avait, en 1954, torpillé l’idée de la fameuse Communauté européenne de défense qui, il est vrai, aurait ressorti d’une supervision étasunienne…

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