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Ceuta et Mellilia: prendre le taureau par les cornes

 Par Hassan Hami, ancien diplomate marocain.

«Ceuta querida mia!» «Sebta, Habibati !» Que de larmes sont déversées pour pleurer ton destin! Que de couteaux sont tirés pour te poignarder et abandonner tes restes dans des cimetières de fortune! Que d’émotions! Que de vindictes! Que de mots revanchards  On parle de tout, et de rien! On distille tout, cependant la géopolitique des comptoirs ne ressemble pas à celle des frontières mitoyennes.

 L’assaut sur Sebta (Ceuta) du 30 juillet 2026 restera dans les annales estivales. Voilà des milliers de personnes qui envahissent l’enclave à la nage ou en escaladant les installations de séparation dans l’espoir d’y trouver refuge. La plupart des aventuriers n’ont pas entendu parler de l’arrêt d’un juge espagnol qui dit que le refoulement d’un clandestin qui est arrivé sur le territoire espagnol par mer est illégal. Cet arrêt est prononcé sur le cas d’un Algérien et s’inscrit en porte-à-faux avec la décision du gouvernement de régulariser des milliers d’étrangers sans-papiers qui sont arrivés en Espagne avant le 31 mars 2025. La régularisation exceptionnelle est en effet clôturée depuis le 30 juin 2026. 

Le dilemme migratoire est accentué par la proposition de loi de donner la nationalité espagnole aux populations du Sahara –dit espagnol– nées avant août ou septembre 1977, date du retrait de l’Espagne de ce territoire, à la suite de la signature de l’Accord tripartite de Madrid en 1975. La loi est adoptée précipitamment en plénière, le 02 août 2026, alors que le vote était programmé pour septembre. 

Concours de circonstances ou préméditation?

Ces «aventuriers» sont tombés dans le piège des réseaux d’immigration clandestine. Il y a des Marocains, des Algériens, des Tunisiens, des Libyens, des Soudanais, des Subsahariens, etc. L’assaut rappelle celui de 2021 en pleine crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne sur de nombreux dossiers, notamment celui du Sahara marocain. Et c’est justement la dimension politique et diplomatique qui est mise en avant pour expliquer la situation actuelle. Une analyse tirée par les cheveux!

Qu’on en parle pour y voir plus clair! Si l’on peut. Il s’agit d’un cocktail où se mêlent le sentimental, le sensationnel, le politique, le diplomatique, le sécuritaire, le militaire, l’économique, le juridique, le psychologique et le social. En somme, un cocktail de géopolitique dont se régalent les analystes qui adorent s’emmêler, en bonne conscience, les pinceaux. Et il y a beaucoup de spéculation sur le produit offert à la consommation des lecteurs et des spectateurs par cet été plus caniculaire que par le passé, dans le sens propre et figuré.

Premièrement, le sentimental et l’émotionnel. À cet égard, je réagis à trois types de réactions-commentaires. La première réaction est celle d’un ami, pourtant averti, qui s’égosille en disant qu’il a honte d’être marocain. Les scènes de la fuite collective le blessent au plus profond de son âme.  

La deuxième réaction est celle d’un autre ami, originaire de la région de Doukkala, cultivateur de son état. Il se plaint que les fellahs ne trouvent plus de travailleurs pour cultiver les champs et s’occuper des vergers et du bétail, même contre des rétributions alléchantes par rapport aux pratiques anciennes. La situation actuelle aggrave les choses.

 La troisième réaction concerne des partages de tweets de journalistes et de politiciens espagnols par un journaliste marocain, très respecté, mais qui se laisse emporter par l’émotion. Les tweets bombardent le Maroc d’accusations regorgeant de racisme et de xénophobie.

Le dénominateur commun de ces trois types de réactions-commentaires est l’interrogation sur l’image du Maroc. Cependant, aucun, parmi les commentateurs mentionnés ne donne une définition convaincante de ce qu’il entend par image.

Deuxièmement, le sensationnel. En témoigne un podcast intéressant qui revient sur l’histoire de Sebta (Ceuta) et de Mellilia. L’animateur, Mounir Doli, produit des podcasts sur l’histoire du Maroc qui forcent le respect. Il revient sur l’histoire du rejet par le Sultan Moulay Slimane (1792-1822) d’une proposition qui lui est faite par le Roi d’Espagne de rétrocéder les deux enclaves de Sebta et de Mellilia et des îles adjacentes au Maroc contre l’approvisionnement de l’Espagne de denrées alimentaires au moment où son pays fait la guerre à Napoléon Bonaparte.

À l’époque le Maroc enregistre des saisons agricoles record ayant attiré les appétits de nombreux pays européens. Le refus de Moulay Slimane s’appuie sur des fatwas des oulémas qui disent que se porter au secours des «chrétiens» est considéré comme inapproprié du point de vue de la religion.

Doli épingle les Oulémas et fait une lecture biaisée de la géopolitique de l’époque. Il va plus loin en insinuant que le sultan marocain, grand érudit à son époque, était plus porté sur la théologie que sur la politique et que de nombreuses zones obscures de son règne sont délibérément ignorées ou cachées.

Des lectures tronquées et de mauvaise foi

Doli ne fait pas mention du refus de Moulay Slimane en 1880 de fournir, à Napoléon Bonaparte, à sa demande, un millier de chevaux bien équipés lors de la même guerre. Le sultan marocain adopte une politique de neutralité à l’égard des pays européens en guerre les uns contre les autres. Il entend éviter au Maroc de s’empêtrer dans une guerre qui ne le concerne pas directement. Il n’est pas si ignare que cela en matière de géopolitique de l’époque.

Troisièmement, le politique. Les avis divergent. Mais, ils s’accordent sur un point essentiel, en l’occurrence, les relations en dents de scie entre le Maroc et l’Espagne. Il y a une évolution remarquable depuis que l’Espagne déclare en avril 2022 soutenir officiellement le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine dans les provinces du Sud. Toutefois, de nombreuses divergences subsistent. Car les relations de Madrid avec Rabat, qui ont toujours été une question de politique intérieure en Espagne, le deviennent davantage, depuis cette date.

Quatrièmement, le diplomatique. L’Espagne entend maintenir une relation équilibrée avec le Maroc et l’Algérie. Une aventure risquée, mais incontournable. La récente visite de Pedro Sanchez à Alger en est l’exemple. Des commentaires, versant dans la spéculation la plus ennuyeuse, parlent d’un marché conclu entre les deux pays pour indisposer le Maroc. Une lecture raisonnable de l’échiquier stratégique régional démystifie, sans s’y attarder, une telle analyse.

Cinquièmement, le sécuritaire. Sebta (Ceuta) et Mellilia sont perçues par l’Espagne (et l’Europe) en général comme un rempart et une barrière contre la migration venant du Maroc. L’Espagne veut faire du Maroc une sorte de gendarme pour protéger les intérêts européens. Depuis quatre décennies, des engagements sont pris par les Espagnols et les Européens sans qu’ils soient totalement honorés.

Soulignons la mauvaise foi de certains réseaux de propagande qui reprennent une déclaration,du ministre des Affaires étrangères marocain qui remonte à mai 2021 où il dit que le Maroc n’est pas «le gendarme» ou «le concierge» de l’Europe. Les détracteurs du Maroc laissent croire qu’il s’agit d’une mise au point récente. 

Sixièmement, le militaire. Il revêt naturellement une connotation stratégique indéniable. Les enclaves de Sebta (Ceuta) et de Mellilia ne font pas partie des territoires qui tombent sous la protection de l’Organisation du traité de l’Alliance Nord (l’OTAN), en cas d’agression, en vertu de l’article 5 de la Charte de l’Alliance. Par contre, les îles Canaries bénéficient de la protection de l’OTAN en vertu de l’article 6, parce qu’elles sont intégrées dans l’aire géographique de l’Amérique du Nord, de l’Europe, de la Turquie ou des îles de l’Atlantique nord au nord du tropique du Cancer.

Une telle configuration indispose l’Espagne. Elle l’indispose d’autant que le Maroc jouit du statut d’allié majeur et de partenaire stratégique dans le voisinage sud de l’OTAN. De surcroît, le Maroc et les États-Unis signent le 16 avril 2026 un accord portant feuille de route pour la coopération en matière de défense pour la période 2026-2036.  Cet accord cible l’interpolarité, l’industrie de défense, l’innovation militaire et la cybersécurité. Il englobe aussi la création d’un centre conjoint de formation militaire pour les pays africains partenaires à Tan Tan. Cela ne manque pas de préoccuper les pays voisins, dont l’Espagne.

Septièmement, le drame migratoire devient un alibi de règlement de compte à distance entre les Européens et l’Espagne d’une part, et entre les États-Unis et l’Espagne, d’autre part. Déjà, des pays européens entendent suspendre les visas Schengen avec l’Espagne. L’Italie, qui souffre de la migration clandestine, monte au créneau et décide de le faire au grand dam de l’Espagne. Les États-Unis, pour leur part, stigmatisent la politique migratoire de l’Espagne et tirent une conclusion dramatique en prétendant que l’Europe serait bientôt «morte» à cause de son laxisme sur la question de la migration.

Des interprétations laissent pantois, dont celle qui fait valoir la théorie du complot. Apparemment, les éléments avancés tiennent la route. Or, rien n’est moins sûr. Les voici:

  • L’explication qui établit un lien entre la position de l’Espagne sur la question de la Palestine et sur la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran et le timing de l’assaut contre Sebta.
  • L’explication qui laisse entendre que le Maroc aurait délibérément encouragé l’assaut en représailles contre le réchauffement des relations entre l’Espagne et l’Algérie. Certains sont allés jusqu’à prétendre qu’un revirement spectaculaire serait déjà opéré au détriment du Maroc.
  • L’explication qui découle de la précédente selon laquelle l’Espagne serait irritée par le rapprochement spectaculaire entre le Maroc et la France. Les informations, non confirmées officiellement, sur une visite éventuelle du Roi Mohammed VI en France avant la fin de l’année confortent un tel narratif.

De surcroît, au cours de la visite programmée, il est prévu qu’une convention historique soit signée. L’effet d’annonce donne déjà des douches froides à la classe politique espagnole, toutes tendances confondues. Cette visite poserait les jalons d’un nouveau partenariat entre Rabat et Paris fondé sur une égalité souveraine qui se détacherait des dispositions de la déclaration de la Celle-Saint-Cloud du 6 novembre 1955 relatives à l’indépendance du Maroc dans la foulée des entretiens d’Aix-les-Bains (22-25 août 1955).

Si cela devait se matérialiser, ce serait une gifle aux intérêts espagnols ou, du moins, cela remettrait en cause les arrangements arrêtés dans l’esprit de l’accord tripartite de 1975 entre l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie.

  • Toujours au chapitre des appréhensions espagnoles, et pour conforter l’analyse des partisans de la théorie du complot, deux faits historiques. D’une part, les réactions musclées de la classe politique espagnole au lendemain de l’établissement de l’Union arabo-africaine entre le Maroc et la Libye en 1984. À l’époque, des voix importantes sur l’échiquier politique et militaire s’insurgent et demandent de mettre le Maroc sous observation.
  • Le timing des incidents. Là aussi, deux repères. D’une part, les incidents sur l’îlot de Leila coïncident avec la célébration par le Roi Mohammed VI de son mariage (21 mars-12 et 14 juillet 2002). D’autre part, les récents incidents coïncident avec la commémoration du 27ᵉ anniversaire de l’accession du Souverain au trône.
  • D’autre part, la virulence avec laquelle le gouvernement espagnol a traité la crise entre l’Espagne et le Maroc lors des incidents autour de l’îlot Leila, les 11-18 juillet 2002. Non seulement, José María Aznar, chef de gouvernement, a utilisé la menace militaire, mais il a signé un traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Algérie en octobre 2002, soit deux mois plus tard. Ce traité est suspendu par l’Algérie en mars 2022, après la reconnaissance par l’Espagne de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Il serait réactivé de facto après la visite du chef de gouvernement espagnol à Alger, le 21 juillet 2026.  

Huitièmement, l’économique. Le développement du Maroc n’est pas vu d’un bon œil par certains intérêts obscurs en Europe, et plus particulièrement en Espagne et en France. La stratégie des ports adoptée par le Maroc fait grincer des dents. La réussite du port Tanger-Med, les attentes prometteuses des ports de Nador au nord et du Dakhla au sud rabattent les cartes du commerce maritime international en faveur du Maroc sur les flancs méditerranéen et atlantique. 

De même que la nouvelle configuration pose la question de la souveraineté maritime. Les richesses sous-marines, notamment le narratif sur le mont Tropic, aiguisent les appétits. Elles posent un dilemme aux décideurs espagnols sur de nombreux dossiers, notamment celui justement de la souveraineté maritime au regard de la Convention internationale sur le droit de la mer (1982). 

Il en est ainsi de la définition de la mer territoriale et de son rapport à la notion d’archipels qui ne jouissent pas du statut d’États totalement souverains.Les appréhensions espagnoles s’accentuent au lendemain de l’adoption par le Maroc de la Loi no 37.17 sur la Délimitation Maritime du 30 mars 2020, complétant et modifiant la Loi no 1.73.211 du 2 mars 1973 pour fixer la limite de la mer territoriale a 12 milles marins. 

Neuvièmement, le renforcement de la présence américaine au Sahara face aux îles Canaries, et l’intérêt militaire qu’ils portent à l’Afrique de l’Ouest et au Sahel donnent des insomnies aux intérêts des puissances traditionnelles telles que l’Espagne et la France. Si la France s’attend à ne pas être reléguée dans la nouvelle configuration stratégique face aux États-Unis, en perspective de la signature d’une nouvelle convention avec le Maroc, tel n’est pas le cas de l’Espagne.

Les États-Unis réaffirment leur position sur le Sahara, à la veille et le jour de la Fête du Trône. Le Président Donald Trump remercie le Roi Mohammed VI de lui faire l’honneur de donner son nom à la voie rapide Tiznit-Dakhla. Dans son message de félicitations, il réitère la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud. 

La reconnaissance américaine revêt surtout une dimension sécuritaire et stratégique d’ensemble. C’est dans cet esprit qu’il faut interpréter la référence à la région du Sahel dans le message du chef de l’État américain. Le tout est associé au projet du gazoduc Afrique-Atlantique, qui se dirige vers sa concrétisation, au lendemain de la signature, le 19 juillet 2026, par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Accord intergouvernemental encadrant le développement de ce gazoduc.

Dixièmement, le juridique. C’est là l’explication qui mériterait plus d’attention et de rigueur. Il est temps de prendre le taureau par les cornes et de poser la question principale: le statut des deux enclaves de Sebta et de Melilla. S’agirait-il de territoires inclus indéfiniment dans la souveraineté espagnole, quel que puisse être le cas de figure? S’agirait-il, comme le revendique le Maroc, de deux villes et des îlots marocains qui doivent inéluctablement être rétrocédés au Maroc? Les deux revendications se télescopent depuis belle lurette. Cependant, les mentalités doivent évoluer.

Le statut des enclaves est le vrai problème

C’est la raison pour laquelle les deux pays se concertent pour ne pas provoquer l’irréparable.  Plusieurs solutions sont proposées, depuis les années 1980. 

La proposition de feu le Roi Hassan II, le 3 mars 1987, de créer une cellule mixte multidisciplinaire de réflexion structurée, diplomatique, discrète et ambitieuse sur l’avenir des deux villes et des îlots adjacents. DEUX, la gestion conjointe des affaires des deux enclaves et des îles adjacentes de manière permanente ou durant une période de transition raisonnable que les deux pays se fixeront loin des pressions politiques et diplomatiques.

Il est certain que les deux enclaves ne peuvent supporter éternellement l’isolement et l’étranglement économique. Ils constituent un fardeau pour l’Espagne depuis que le Maroc a mis fin au commerce de contrebande.

Sebta et de Mellilia ne présentent pas un cas isolé. Les enclaves posent la question plus large des territoires et des départements d’outre-mer de nombreux pays européens et nord-américains. Si bien que des voix, encore timides, commencent à s’affoler en Espagne, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Les incidents de Sebta invitent à revoir le narratif et les politiques de la migration-immigration en Europe. La migration, qu’elle soit sélective ou aléatoire, ne doit pas donner raison à ceux qui veulent transformer l’Europe en une forteresse tout en constatant le vieillissement de la population. On ne peut pas vouloir le beurre et l’argent du beurre. 

Mieux, l’Europe est invitée à sortir de son dogmatisme idéologique et de son ascendant culturel hypothétique : les populations étrangères en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient cherchent, en bonne conscience, l’intégration progressive et non pas l’assimilation arbitraire.  

Onzièmement, le psychologique. Entre le Maroc et l’Espagne, il y a des legs et des séquelles qui bloquent chaque fois que des incidents ont lieu. Les relations sont passionnelles. La dimension psychologique détermine les relations diplomatiques. Elle est présente dans deux étapes historiques contemporaines.

La guerre du Rif (1921-1926) et la guerre civile espagnole (1936-1939) d’une part. Le départ des Espagnols du Sahara –dit espagnol– en 1975, d’autre part. Dans les deux cas, l’échiquier politique espagnol est dominé par les impératifs de la transition ; ce qui amène les décideurs de l’époque à faire des concessions en faveur du Maroc.  Or, à quelque chose, malheur est bon. Dans un sens plus large, cela correspond à la réplique de Cervantes dans Don Quijote de la Mancha: ‘Confia en el tiempo, que suele dar dulces salidas a muchas amargas dificultades.’

 En fait, laisser le temps au temps et travailler à une solution gagnant-gagnant dans l’esprit de la proposition de feu le Roi Hassan II et dans la suite de la réflexion globale sur le partenariat stratégique entre les deux pays, maintenant que le blocage psychologique de la reconnaissance de la marocanité du Sahara par l’Espagne est levé.

Douzièmement, le social et l’entretien du pessimisme. L’autoflagellation est une attitude qui dérange parce que ceux qui la pratiquent en sont conscients. L’autoflagellation est doublée de la mauvaise foi. La mauvaise foi entretient le déni et le rejet de reconnaitre les progrès réalisés par le Maroc, en dépit des difficultés recentrées.   

Ce qu’il sied de retenir de ces événements dramatiques peut être résumé comme suit.

  • Le rôle nocif des médias à la carte et des réseaux sociaux qui déforment l’information, fabriquent des histoires et travaillent consciemment ou inconsciemment pour des agendas internes et externes.
  • Il est temps d’oser adopter un arsenal juridique cohérent pour l’assainissement des médias de masse. Une telle revendication peut susciter des objections sous prétexte de la liberté d’expression. Il faudrait alors trouver l’astuce légale pour concilier cette liberté et la neutralisation des voix qui se nourrissent de la zizanie.
  • La mauvaise foi des acteurs politiques et des mouvances de la société civile. Ils exploitent des drames de l’ampleur de ceux qui ont lieu ces derniers jours pour avancer des agendas politiciens. Il est certain que les prochaines élections législatives vont changer dans une large mesure la perception traditionnelle du jeu politique.
  • Une transition est en train de se faire dans le bon sens. Elle est la suite logique des transitions qui s’opèrent à l’échelle régionale et internationale. Des intérêts diffus voire obscurs s’agitent. Ils saisissent la situation pour se repositionner. Cette ambition est légitime, mais elle doit être raisonnable.
  • La problématique de la migration et de l’immigration. L’Europe devient une forteresse. L’accueil des étrangers est depuis trois décennies au moins très sélectif. Les incidents de Sebta offrent le prétexte idéal à certains pays membres de l’Union européenne de demander la fermeture des frontières à la migration illégale. Ils appellent à l’adoption des lois draconiennes et à soustraire cette problématique aux considérations politiciennes d’ordre interne.
  • La non-réaction, en son temps, des forces de l’ordre marocaines s’expliquerait par des considérations sécuritaires. Le narratif sur l’orchestration des incidents de Sebta par le Maroc, en réaction à la visite de Pedro Sánchez à Alger, est nul et il doit être condamné de la manière la plus vigoureuse. Si les forces de l’ordre avaient réagi de manière musclée, elles auraient provoqué des confrontations avec les groupes instrumentalisés par les réseaux de migration clandestins. Un tel scénario aurait été condamné par les défenseurs des droits de l’Homme et du droit à la libre circulation en pleine saison estivale.

Les incidents de Sebta interpellent la société et l’État sur l’image qu’ils se font –et donnent– du vivre ensemble, de l’ascension sociale et des disparités qui vont grandissant. Cependant, il faut se garder de cultiver les discours manipulateurs tels que ceux qui, se réveillant après une bonne grasse matinée, appellent la création d’une commission d’enquête indépendante sur d’éventuelles complicités (sous-entendues gouvernementales) dans ce qui vient de se passer.

De même qu’il est dangereux de ne pas mettre en garde contre le discours appelant à organiser une chasse à l’homme contre des personnes ou des groupes dont l’enrichissement rapide poserait des questions. Il y a des procédures légales dans ce sens. Il faut les respecter et dénoncer les irrégularités si elles sont notées. C’est tout. 

Une hypocrisie manifeste est constatée dans toutes les couches de la société marocaine. Les plus incroyables sont les personnes qui appartiennent à des catégories moins dans le besoin que la majorité de leurs concitoyens. Elles expriment leur solidarité verbale, mais rechignent à payer leurs impôts, à honorer leurs engagements familiaux et à se comporter comme citoyen modèle.

À l’occasion d’un échange sur ce type de comportement, un ami suggère, pour décongestionner l’atmosphère, que les personnes autour de la table qui, grâce à Dieu, possèdent des villas de 500 m² à 1000 m², où elles n’habitent plus depuis le départ des enfants, les transforment en habitat social, et les offrent aux personnes qui en ont besoin. Silence de mort.

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