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COP31 : « Passer des promesses climatiques aux résultats concrets »

À quelques jours de l’ouverture de la COP31 à Antalya, Şebnem İncesu, ambassadrice de Türkiye en Suisse, à Berne, présente les priorités de son pays : accélérer la mise en œuvre des engagements climatiques, mobiliser les financements et renforcer la confiance entre les États. Une ambition portée dans le cadre d’un partenariat inédit avec l’Australie. Du 9 au 20 novembre 2026, Antalya accueillera la 31e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques. Plus de dix ans après l’adoption de l’Accord de Paris, ce rendez-vous doit permettre de faire progresser l’action collective face au dérèglement climatique. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de contraintes financières, la présidence turque entend défendre une approche fondée sur le dialogue, le consensus et l’action.

La Tribune des Nations : Quelle ambition la Türkiye porte-t-elle pour cette COP31 ?

Şebnem İncesu : Notre conviction est que le prochain chapitre de la coopération climatique internationale doit se définir autant par ce que les pays réalisent que par ce qu’ils promettent. Au cours de la dernière décennie, la communauté internationale a adopté des objectifs collectifs et élaboré des plans climatiques nationaux. Il faut désormais traduire ces engagements en politiques publiques, en investissements et en améliorations mesurables pour les populations.

Nous souhaitons donc faire de la COP31 une « COP de la mise en œuvre ». À l’approche de 2030, les priorités sont claires : accélérer la réduction des émissions, développer les énergies renouvelables, renforcer la résilience et mobiliser des financements à la hauteur des besoins.

Pourquoi cette conférence représente-t-elle aussi un enjeu pour le multilatéralisme ?

Les tensions géopolitiques, les incertitudes économiques et les préoccupations de sécurité énergétique exercent une pression croissante sur la coopération internationale. Dans le même temps, les effets du changement climatique s’aggravent, particulièrement pour les communautés vulnérables et les pays en développement, qui disposent souvent de moyens financiers et technologiques limités.

La COP31 doit contribuer à rétablir la confiance et à démontrer que la coopération internationale peut produire des solutions concrètes. L’action climatique touche au développement, à la résilience économique, à la sécurité énergétique et au bien-être social. Elle exige donc une capacité à travailler ensemble au-delà des divergences.

L’organisation repose sur un partage des responsabilités avec l’Australie. Comment ce partenariat fonctionnera-t-il ?

La Türkiye accueillera la conférence à Antalya, en assurera la présidence sous la direction de notre ministre de l’Environnement, de l’Urbanisation et du Changement climatique, Murat Kurum, et conduira son Programme d’action. L’Australie, représentée par son ministre du Changement climatique et de l’Énergie, Chris Bowen, conduira les négociations formelles en étroite consultation avec la Türkiye. Elle portera également la dimension Pacifique et contribuera à l’élaboration du Programme d’action.

Cette coopération réunit des perspectives complémentaires. La Türkiye se situe au carrefour de l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient et entretient des relations avec des pays de différentes régions. L’Australie apporte notamment son engagement auprès des États du Pacifique, dont les préoccupations climatiques doivent occuper une place centrale.

Comment rapprocher des pays dont les besoins et les capacités restent très différents ?

Notre approche repose sur trois principes : le dialogue, le consensus et l’action. Tous les pays doivent pouvoir exprimer leurs priorités et contribuer à l’élaboration des résultats collectifs.

L’action climatique ne peut pas suivre un modèle uniforme. Les structures économiques, les systèmes énergétiques, les besoins de développement et les capacités institutionnelles varient considérablement. Une transition réussie doit tenir compte de ces différences tout en préservant l’engagement commun envers les objectifs de l’Accord de Paris.

Cela suppose de faire progresser ensemble la réduction des émissions et l’adaptation, avec un financement adéquat, un meilleur accès aux technologies et un renforcement des capacités. C’est une condition pour construire la confiance et parvenir à des résultats équilibrés.

Que doit apporter le Programme d’action de la COP31 ?

Il constitue le volet concret de notre démarche. Son objectif est de mobiliser les gouvernements, les organisations internationales, les institutions financières, les entreprises et la société civile autour d’initiatives permettant d’accélérer la mise en œuvre des engagements existants.

Ses priorités couvrent notamment l’énergie propre et l’électrification, l’économie circulaire, les villes résilientes, l’industrialisation verte et le financement climatique. Il concerne également la jeunesse, l’éducation, la sécurité alimentaire, les océans et les systèmes de santé.

L’enjeu est de transformer des priorités partagées en projets susceptibles de recevoir des investissements, puis d’être déployés à plus grande échelle.

Quels objectifs concrets souhaitez-vous mettre en avant ?

Le Programme d’action propose plusieurs objectifs à l’horizon 2035 : porter la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie mondiale à 35 %, réduire de moitié l’augmentation projetée de la production de déchets municipaux, diminuer d’au moins 25 % l’intensité énergétique des bâtiments et porter à au moins 15 % le taux d’utilisation circulaire des matières. Ces propositions traduisent une vision large de l’action climatique. La réduction des émissions doit s’accompagner d’une meilleure utilisation des ressources, d’infrastructures plus résilientes et de modes de production et de consommation plus durables.

Ces initiatives créeront-elles de nouvelles obligations pour les États ?

Le Programme d’action est une plateforme de coopération volontaire. Ses initiatives ne créent ni obligations juridiques, ni exigences supplémentaires de communication d’informations, ni engagements additionnels pour les pays participants. Elles doivent permettre de traduire les priorités existantes en solutions concrètes. Ce travail complète les négociations intergouvernementales : chacun de ces deux volets a son rôle, et leurs avancées peuvent se renforcer mutuellement.

Quels engagements la Türkiye prend-elle elle-même pour sa transition climatique ?

Après avoir ratifié l’Accord de Paris en octobre 2021, la Türkiye s’est engagée à atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici à 2053. Cet objectif donne l’orientation générale de notre transition. Notre première contribution nationale actualisée prévoyait une réduction de 41 % des émissions à l’horizon 2030 par rapport à un scénario de référence. Il s’agit bien d’une comparaison avec une trajectoire projetée. Notre deuxième contribution, soumise à la COP30, fixe l’objectif de limiter les émissions à 643 millions de tonnes d’équivalent CO₂ d’ici à 2035.

Ces engagements s’accompagnent d’une stratégie climatique de long terme et de plans d’action pour l’atténuation et l’adaptation couvrant la période 2024-2030, dans des secteurs comme l’énergie, l’industrie, les transports, les bâtiments, l’agriculture et la foresterie.

Comment ces orientations se traduisent-elles dans le cadre national ?

L’adoption de notre première loi sur le climat, en 2025, a constitué une étape majeure. Elle fournit une base juridique pour renforcer la gouvernance climatique et développer un système national d’échange de quotas d’émission. Le règlement sur la taxonomie verte, publié le 24 septembre 2026, vise quant à lui à établir des critères communs pour les activités économiques durables, à orienter les financements vers les investissements verts et à prévenir l’écoblanchiment.

L’objectif est de donner davantage de visibilité et de prévisibilité aux acteurs économiques pour accompagner la transition vers une économie à faibles émissions de carbone.

À quoi jugerez-vous, finalement, la réussite de la COP31 ?

À sa capacité à renforcer la confiance, à mobiliser des ressources et à accélérer la mise en œuvre. La communauté internationale dispose déjà de nombreux objectifs climatiques. Pour les atteindre, il faut de la volonté politique, des capacités institutionnelles, des financements et une coopération durable. Nous souhaitons qu’Antalya marque une étape dans le passage des engagements aux résultats. Le succès se mesurera aux progrès que nous serons capables de rendre possibles pour les populations, les économies et les écosystèmes.

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