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Dans un salon du Palais des Nations, la RDC relance la bataille diplomatique pour l’Est

En amont de son intervention ce mercredi au Conseil des droits de l’homme, le ministre Samuel Mbemba Kabuya a participé à un déjeuner-conférence à Genève, où Kinshasa a accentué la pression sur la communauté internationale, tandis que le président de la commission d’enquête a appelé la société civile à se mobiliser.


À quelques heures d’une prise de parole très attendue en séance plénière du Conseil des droits de l’homme, la République démocratique du Congo a choisi de prendre l’initiative. Mardi, dans un salon du Palais des Nations, diplomates, représentants d’ONG et experts internationaux se sont réunis autour d’un déjeuner-conférence consacré à l’évaluation de la résolution S-37/1, un an après son adoption. Une rencontre à forte portée politique, à laquelle participait le ministre des droits humains, Samuel Mbemba Kabuya.

Organisé en marge des travaux du Conseil, ce déjeuner visait à dépasser le simple exercice de bilan. « L’objectif de ce déjeuner est de fournir une plateforme de dialogue afin d’évaluer la mise en œuvre des recommandations (…) et d’identifier les manières concrètes d’accélérer l’opérationnalisation de la résolution », ont rappelé les organisateurs issus d’une coalition d’ONG internationales . Derrière cette formulation, une volonté partagée : transformer les engagements diplomatiques en actions concrètes.

Dans ce contexte, la présence du ministre congolais n’avait rien d’anodin. À la veille de sa prise de parole officielle devant le Conseil des droits de l’homme, Samuel Mbemba Kabuya a utilisé cette tribune informelle pour faire passer un message sans ambiguïté : la communauté internationale doit agir. Un an après l’adoption de la résolution, « l’opérationnalisation de la commission d’enquête indépendante (…) n’est pas effective jusqu’à ce jour », a-t-il déploré, pointant un retard qui alimente, selon Kinshasa, le sentiment d’impunité .

Le ministre a rappelé les échéances fixées par les Nations unies, notamment une première mission de la commission sur le terrain attendue au plus tard en juin 2026, ainsi que la production de rapports successifs devant le Conseil des droits de l’homme et l’Assemblée générale. Mais c’est surtout la gravité de la situation sur le terrain qui a dominé son intervention. « La situation des droits de l’homme à l’Est de la RDC est extrêmement préoccupante », a-t-il insisté, évoquant des « violations massives et systématiques » contre les populations civiles .

Assassinats, viols utilisés comme arme de guerre, déplacements forcés, enrôlement d’enfants soldats, pillage des ressources naturelles : la liste dressée par le ministre est longue et accablante. Il a évoqué des chiffres qui traduisent l’ampleur du drame, notamment « des millions de déplacés » et des violences sexuelles à une fréquence alarmante. Autant d’éléments destinés à rappeler que, derrière les discussions diplomatiques, la crise humanitaire continue de s’aggraver.

« Le peuple congolais attend l’opérationnalisation de cette commission pour que les faits soient réellement établis et que les responsabilités soient véritablement établies », a-t-il déclaré, appelant à une mobilisation effective des partenaires internationaux. Kinshasa, qui affirme n’« avoir rien à cacher », insiste sur la nécessité de doter la commission des moyens financiers, logistiques et politiques indispensables à l’accomplissement de son mandat .

Dans la continuité de cette intervention, le président de la commission d’enquête indépendante, Arnauld Akodjenou, a pris la parole dans un registre à la fois complémentaire et plus introspectif. Saluant les contributions des ONG présentes, il a tenu à replacer la mission de la commission dans une perspective centrée sur les victimes. « Le débat doit être placé là où il doit être : au niveau des victimes », a-t-il affirmé, rappelant que ce sont elles qui doivent guider l’action de la communauté internationale .

Face aux interrogations sur les retards, il a tenu à rassurer. « Nous serons au rendez-vous des délais qui nous ont été fixés », a-t-il assuré, évoquant un travail déjà engagé en interne : élaboration d’une méthodologie, définition des approches d’enquête, multiplication des échanges entre les membres de la commission. « Nous avons travaillé sur le mandat, nous avons travaillé sur la méthodologie (…) nous n’avons pas ménagé nos efforts », a-t-il insisté .

Mais le président de la commission n’a pas éludé les difficultés. « Les difficultés sont immenses », a-t-il reconnu, décrivant un environnement « particulier », celui d’« une région encore en guerre » et « sous occupation ». Dans ces conditions, la collecte de témoignages s’annonce particulièrement complexe. « Les victimes dont nous parlons sont-elles libres de s’exprimer ? », a-t-il interrogé, soulignant les contraintes qui pèsent sur le travail d’enquête .

C’est dans ce contexte qu’il a lancé un appel appuyé à la société civile, donnant à son intervention une dimension centrale dans les échanges. « Je sollicite votre concours », a-t-il déclaré, invitant les organisations présentes à se mobiliser activement pour soutenir la commission. Il a insisté sur la nécessité d’un appui concret, qu’il s’agisse de fournir des informations, de relayer des témoignages ou d’alerter sur des faits susceptibles d’échapper aux enquêteurs. « Chacun à votre niveau (…) apportez votre appui à cette commission », a-t-il insisté .

Allant plus loin, il a encouragé les participants à faire entendre leurs priorités dès ce cadre informel : « n’hésitez pas (…) à énoncer les points que vous jugez importants, dont nous devons nous saisir ». Une invitation à inscrire la société civile au cœur même du processus d’enquête, dans une logique de coopération renforcée.

Ce déjeuner-conférence, réunissant ONG internationales, représentants étatiques et experts, aura ainsi servi à la fois de plateforme d’échange et de levier diplomatique. En mettant en avant l’urgence de la situation et en appelant à une mobilisation collective, la RDC cherche à transformer l’attention internationale en engagement concret. À la veille de la plénière du Conseil des droits de l’homme, le message porté par Kinshasa est clair : face à l’ampleur des crimes commis à l’Est du pays, le temps des déclarations doit céder la place à celui de l’action. Reste à savoir si cet appel, renforcé par la mobilisation attendue de la société civile, sera entendu dans l’enceinte onusienne.

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