
La reprise des frappes américaines contre l’Iran et l’élargissement des représailles de Téhéran ont fait basculer le conflit dans une nouvelle phase. Israël ne combat plus seul aux côtés de Washington: les monarchies du Golfe et la Jordanie sont désormais directement exposées. Derrière les échanges de missiles se dessine une recomposition durable des alliances, des dispositifs de défense et des routes énergétiques du Moyen-Orient.
La guerre contre l’Iran n’est plus une succession de frappes circonscrites à quelques installations militaires ou nucléaires. Elle est devenue un conflit régional dans lequel les ports, les ponts, les centrales électriques, les installations de dessalement, les bases américaines et les routes maritimes constituent autant de champs de bataille. Les États-Unis cherchent à réduire la capacité iranienne de contrôler le détroit d’Ormuz, d’alimenter ses forces et de projeter sa puissance dans le Golfe. L’Iran répond en frappant les pays qui hébergent des moyens militaires américains, mais également des infrastructures dont dépendent directement leurs populations.
Cette évolution place les États du Golfe et la Jordanie devant une réalité qu’ils avaient longtemps cherché à éviter: ils ne sont plus seulement les voisins d’un conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis. Ils en sont devenus des acteurs, parfois malgré eux.
Washington ne mène plus une campagne de représailles
Depuis la reprise des opérations américaines en juillet, les frappes ne se limitent plus aux systèmes de missiles, aux radars ou aux défenses aériennes de l’Iran. Elles visent également les infrastructures permettant au régime de déplacer ses forces, de ravitailler ses unités et de maintenir son contrôle sur les côtes du détroit d’Ormuz. Le CENTCOM présente ces opérations comme une campagne destinée à affaiblir les capacités militaires et logistiques iraniennes et à préserver la liberté de navigation. Les frappes ont notamment concerné des installations situées dans la province d’Hormozgan, autour de Bandar Abbas, de Chabahar et des principaux accès maritimes iraniens. Le commandement américain a annoncé plusieurs nuits consécutives d’opérations contre l’Iran.
La logique est claire: pour empêcher l’Iran de fermer durablement Ormuz, il ne suffit pas de détruire quelques lanceurs de missiles. Il faut neutraliser les radars côtiers, les dépôts, les infrastructures portuaires, les voies ferrées, les ponts et les centres de commandement qui permettent aux Gardiens de la Révolution d’opérer dans la région. La campagne américaine ressemble ainsi de moins en moins à une riposte ponctuelle. Elle prend la forme d’une opération prolongée de façonnage du théâtre militaire iranien.
Cette méthode consiste à désorganiser progressivement un adversaire: d’abord ses défenses aériennes, puis ses moyens offensifs, ses réseaux logistiques et enfin les infrastructures qui soutiennent son effort de guerre. L’objectif n’est plus seulement de punir Téhéran, mais de réduire sa capacité à reconstituer rapidement ses forces.
Couper le littoral iranien, mais aussi fragiliser une périphérie sensible
La stratégie américaine ne consiste pas seulement à détruire les moyens navals et logistiques iraniens. En frappant les ponts, les voies ferrées et les axes reliant le littoral du Golfe à l’intérieur du pays, Washington cherche à ralentir l’acheminement de troupes, de missiles, de carburant et de matériel vers les provinces côtières. Mais cette campagne possède également une dimension politique et territoriale.
Une partie du littoral occidental du Golfe appartient au Khouzistan, région pétrolière stratégique où vit une importante population arabe iranienne. Depuis plusieurs décennies, des organisations ahwazies dénoncent la marginalisation économique, les discriminations linguistiques et la redistribution insuffisante des revenus pétroliers produits dans la province. Certaines réclament davantage d’autonomie dans le cadre iranien ; d’autres revendiquent l’indépendance d’un territoire qu’elles nomment Al-Ahwaz ou Arabistan.
Le Khouzistan occupe une place singulière dans l’économie iranienne. Il concentre une partie importante des ressources pétrolières, des raffineries, des installations industrielles et des voies d’accès vers l’Irak et le Golfe. Il constitue donc à la fois une base énergétique essentielle et l’une des périphéries politiquement les plus sensibles du pays. En cherchant à couper le littoral de l’arrière-pays, les États-Unis peuvent ainsi produire deux effets simultanés: perturber les mouvements militaires iraniens et accentuer l’isolement de régions où les relations avec le pouvoir central sont déjà fragiles.
Cette dimension ne signifie pas nécessairement que les populations locales soutiendront les frappes étrangères. Les premières réactions recueillies dans le sud iranien montrent au contraire que les attaques peuvent renforcer le sentiment national et le rejet d’une intervention extérieure, même parmi des habitants très critiques envers le régime. L’enjeu pour Washington est donc délicat. Affaiblir le contrôle de Téhéran sur ses périphéries peut compliquer l’effort de guerre iranien. Mais si les bombardements provoquent des coupures d’eau, d’électricité ou des pertes civiles, ils peuvent également rapprocher temporairement ces populations du pouvoir central.
Israël frappe la profondeur stratégique iranienne
La stratégie israélienne est complémentaire de celle des États-Unis, mais elle poursuit également des objectifs propres. Pour Israël, l’enjeu central demeure la destruction ou l’affaiblissement durable des capacités nucléaires, balistiques et de commandement de la République islamique. Les centres de recherche, les installations souterraines, les bases des Gardiens de la Révolution et les responsables chargés de la conduite de la guerre constituent ses principales cibles.
Mais l’intensification du conflit entraîne un élargissement de cette stratégie. Les infrastructures énergétiques et industrielles iraniennes deviennent à leur tour vulnérables. Les informations relatives aux frappes contre des sites gaziers, pétrochimiques ou nucléaires doivent encore être examinées avec prudence lorsqu’elles ne sont pas confirmées indépendamment. Leur multiplication révèle néanmoins une tendance: la guerre touche progressivement les piliers économiques qui permettent à l’État iranien de financer et de soutenir son appareil militaire.
L’Agence internationale de l’énergie atomique a indiqué qu’elle avait interrompu ses activités de vérification sur le terrain en Iran depuis le début du conflit de février 2026. Cette absence de contrôle complique fortement l’évaluation de l’état réel des installations et des stocks nucléaires iraniens. Le paradoxe est évident. Plus les installations nucléaires sont frappées, plus il devient difficile de savoir avec certitude ce qui a été détruit, déplacé ou enfoui dans des réseaux souterrains.
L’Iran transforme les bases américaines en cibles régionales
Téhéran a adopté une réponse fondée sur un principe simple: tout pays qui accueille une installation militaire américaine peut être considéré comme participant à la guerre. Cette doctrine expose directement le Koweït, Bahreïn, le Qatar et la Jordanie. Ces pays abritent des bases, des centres de commandement, des systèmes de défense aérienne ou des moyens logistiques essentiels aux opérations américaines.
L’Iran a revendiqué des attaques contre des installations américaines ou alliées au Koweït, à Bahreïn, au Qatar et en Jordanie. Les autorités koweïtiennes ont rapporté l’interception de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones, tandis que plusieurs infrastructures militaires et civiles ont été endommagées. Le problème est que la distinction entre cible militaire et infrastructure civile devient de plus en plus ténue.
Une centrale électrique peut alimenter une base, mais aussi des centaines de milliers d’habitants. Une usine de dessalement peut servir des installations stratégiques, mais elle fournit surtout de l’eau potable à la population. Un port peut accueillir des navires militaires tout en assurant les importations alimentaires et énergétiques d’un pays. En visant ces réseaux, l’Iran tente d’augmenter le coût politique de l’engagement américain pour les gouvernements du Golfe. Il cherche à leur faire comprendre que leur coopération militaire avec Washington les expose à des conséquences directes.
Le Koweït découvre les limites de la prudence diplomatique
Le Koweït a longtemps cherché à maintenir un équilibre entre son alliance avec les États-Unis et une relation fonctionnelle avec l’Iran. Cette prudence s’expliquait par sa géographie, par le traumatisme de l’invasion irakienne de 1990 et par sa volonté de ne pas devenir le terrain d’affrontement des puissances régionales. Mais les attaques iraniennes contre son espace aérien, ses installations militaires, son réseau électrique et ses infrastructures de dessalement rendent cette position de plus en plus difficile à préserver.
Le Koweït dispose de moyens de défense importants et bénéficie de la présence américaine, mais sa faible profondeur stratégique constitue une vulnérabilité majeure. Quelques frappes contre des installations essentielles peuvent perturber rapidement l’électricité, l’eau, les transports et l’activité économique. Le gouvernement koweïtien doit donc arbitrer entre deux exigences contradictoires: éviter une escalade directe avec l’Iran et démontrer qu’une attaque contre son territoire ne peut rester sans réponse.
Cette situation explique aussi les discussions rapportées autour d’un renforcement de la coopération militaire entre le Koweït et le Pakistan. Selon Reuters, les deux pays examinent un possible élargissement de leurs accords de défense, même si aucune décision sur un déploiement de forces combattantes pakistanaises n’a été annoncée. Cette démarche traduit une évolution profonde: les monarchies du Golfe ne veulent plus dépendre d’un seul protecteur extérieur.
Bahreïn, première ligne de la présence navale américaine
Bahreïn occupe une position encore plus sensible. Le royaume accueille le quartier général de la Cinquième flotte américaine, chargée de surveiller le Golfe, la mer d’Arabie et plusieurs routes maritimes essentielles. Toute crise autour d’Ormuz place donc automatiquement Bahreïn au centre de la confrontation. Les attaques iraniennes contre le royaume montrent que Téhéran ne considère plus nécessairement la présence américaine comme un simple dispositif défensif. Pour les dirigeants iraniens, Bahreïn constitue l’un des centres opérationnels à partir desquels Washington peut conduire ses opérations navales et aériennes.
La petite taille du territoire bahreïni et la concentration de ses infrastructures augmentent cependant le risque qu’une frappe contre un objectif militaire cause des dégâts civils importants. Le royaume ne peut pas renoncer facilement à la protection américaine. Mais cette protection est aussi ce qui le transforme en cible.
La Jordanie n’est plus un arrière-pays protégé
L’implication de la Jordanie constitue l’une des évolutions les plus importantes du conflit. Pendant des années, Amman a été considérée comme une plateforme relativement sûre pour les forces américaines. Sa position géographique, entre Israël, la Syrie, l’Irak et l’Arabie saoudite, en faisait un point d’appui idéal pour le renseignement, la défense aérienne et les opérations régionales. Cette sécurité relative a disparu.
Le 17 juillet, deux militaires américains ont été tués lors d’une attaque iranienne en Jordanie et un troisième a été porté disparu, selon le CENTCOM et Reuters. Plusieurs autres militaires ont été soignés pour des blessures. Ces pertes modifient la perception américaine du théâtre jordanien. La Jordanie n’est plus seulement un territoire de transit ou de soutien. Elle devient une ligne de front.
Pour Amman, les risques sont multiples. Le royaume doit protéger son territoire, maintenir son alliance stratégique avec Washington, préserver sa coopération sécuritaire avec Israël et éviter que les tensions régionales n’aggravent ses fragilités économiques et sociales.
Sa défense aérienne joue aussi un rôle croissant dans l’interception de projectiles susceptibles de traverser son espace aérien. Certains missiles dirigés contre des installations américaines en Jordanie peuvent, selon leur trajectoire ou en cas de défaillance, menacer également le territoire israélien. La sécurité de la Jordanie et celle d’Israël sont donc désormais plus étroitement liées qu’elles ne l’étaient avant la guerre.
Le Conseil de coopération du Golfe se rapproche d’une défense collective
Les attaques iraniennes ont produit un résultat que Téhéran ne recherchait probablement pas: elles ont renforcé le sentiment de vulnérabilité commune parmi les membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Le CCG a condamné à plusieurs reprises les frappes visant ses États membres et la Jordanie, les qualifiant de violations de leur souveraineté et du droit international. Ses déclarations établissent progressivement l’idée que la sécurité d’un État membre ne peut plus être séparée de celle de l’ensemble du groupe.
Cette solidarité ne signifie pas encore l’existence d’une défense aérienne pleinement intégrée. Les armées du Golfe utilisent des équipements différents, dépendent de chaînes de commandement nationales et conservent des perceptions divergentes de l’Iran. Oman maintient une tradition de médiation. Le Qatar cherche à préserver des canaux avec Téhéran. Les Émirats arabes unis privilégient leur autonomie stratégique. L’Arabie saoudite veut protéger ses installations énergétiques sans se laisser entraîner dans une guerre incontrôlable. Le Koweït reste attaché à la prudence diplomatique. Mais les missiles iraniens réduisent l’espace disponible pour ces nuances.
Les pays du Golfe sont poussés vers un partage accru du renseignement, une meilleure coordination de leurs radars et une défense antimissile régionale plus cohérente. La coopération avec les États-Unis demeure centrale, mais elle pourrait être complétée par des accords avec la France, le Royaume-Uni, la Turquie ou le Pakistan.
Ormuz et Bab el-Mandeb, les deux mâchoires de la guerre énergétique
Le conflit ne se déroule pas uniquement dans les airs. Il se joue également sur les routes maritimes. Le détroit d’Ormuz reste le principal levier stratégique de l’Iran. Téhéran peut y ralentir ou perturber la navigation commerciale au moyen de missiles côtiers, de drones, de vedettes rapides, de mines ou d’opérations contre les navires. Près d’un cinquième du pétrole mondial transite habituellement par ce passage. Toute fermeture, même partielle, provoque immédiatement une hausse des coûts d’assurance, des prix de l’énergie et des tensions sur les marchés. Mais un second front est désormais apparu à Bab el-Mandeb.
Les Houthis ont annoncé un embargo naval contre l’Arabie saoudite et menacé d’élargir leurs opérations. Une telle stratégie permettrait à l’axe iranien de faire pression simultanément sur les exportations du Golfe et sur la route reliant l’océan Indien à la mer Rouge et au canal de Suez. Ormuz et Bab el-Mandeb constituent ainsi les deux extrémités d’une même bataille.
À l’est, l’Iran menace les flux sortant du Golfe. À l’ouest, les Houthis peuvent perturber les routes empruntées par les navires se dirigeant vers l’Europe. Cette double pression explique pourquoi l’Arabie saoudite cherche à augmenter ses exportations à partir de Yanbu, sur la mer Rouge, et pourquoi les projets de pipelines contournant Ormuz retrouvent une importance stratégique.
L’Iran peut encore frapper, mais il perd sa liberté d’action
La République islamique conserve une capacité réelle de nuisance. Elle dispose encore de missiles, de drones, de forces navales asymétriques et de réseaux alliés en Irak, au Liban et au Yémen. Elle peut frapper des bases, perturber le commerce maritime et obliger ses adversaires à mobiliser des moyens coûteux de défense aérienne. Mais cette capacité ne doit pas être confondue avec une position de force.
Chaque attaque contre un pays du Golfe renforce la coopération militaire entre ces États et Washington. Chaque tentative de fermeture d’Ormuz justifie de nouvelles opérations américaines contre les infrastructures côtières iraniennes. Chaque frappe contre la Jordanie rapproche davantage Amman des dispositifs de défense occidentaux et israéliens.
L’Iran réussit donc à imposer un coût à ses adversaires, mais il contribue aussi à construire la coalition régionale qui pourrait durablement limiter son influence. La guerre révèle également les limites de sa stratégie des milices et des fronts indirects. Lorsque les attaques sont revendiquées par les Gardiens de la Révolution ou conduites depuis le territoire iranien, Téhéran ne peut plus maintenir la même ambiguïté qu’auparavant. Le conflit devient plus direct. Et une guerre directe expose davantage les centres de décision, les infrastructures et l’économie iranienne.
Israël n’est plus isolé face à l’Iran
Depuis plusieurs années, Israël cherchait à convaincre les États arabes que la menace iranienne devait être considérée comme un problème régional commun. La guerre accélère cette évolution, mais sans produire nécessairement une alliance politique officielle. Les opinions publiques arabes restent profondément critiques à l’égard d’Israël, notamment en raison de la question palestinienne. Plusieurs gouvernements du Golfe refusent également d’apparaître comme les auxiliaires d’une campagne israélienne. Cependant, sur le plan militaire, les intérêts convergent.
Israël, la Jordanie, les États du Golfe et les forces américaines ont tous intérêt à détecter rapidement les lancements iraniens, à partager les informations radar et à coordonner l’interception des missiles et des drones. Il ne s’agit pas encore d’un «OTAN du Moyen-Orient». Mais une architecture de sécurité informelle se construit à travers les systèmes d’alerte, les centres de commandement, les accords bilatéraux et la coopération opérationnelle. Israël bénéficie ainsi d’un environnement stratégique différent de celui qui existait au début des années 2000. Il demeure contesté politiquement, mais il est de moins en moins seul face aux capacités militaires iraniennes.
Vers une nouvelle architecture stratégique régionale
La transformation la plus importante provoquée par la guerre ne se mesurera peut-être pas au nombre de missiles détruits ou d’installations endommagées. Elle résidera dans les décisions prises après le conflit. Les États du Golfe investiront probablement davantage dans leurs défenses antimissiles, leurs réseaux électriques, leurs réserves d’eau, la protection de leurs installations pétrolières et la diversification de leurs voies d’exportation.
La Jordanie cherchera à renforcer la protection de son espace aérien et de ses bases. Israël poursuivra sa stratégie contre les capacités nucléaires et balistiques iraniennes. Les États-Unis tenteront de maintenir leur rôle de garant de la liberté de navigation tout en demandant à leurs partenaires régionaux d’assumer une part plus importante de leur propre sécurité.
Le CCG pourrait approfondir son intégration militaire, même si les rivalités internes ne disparaîtront pas. Les accords de défense conclus avec des puissances extérieures se multiplieront. Les projets de pipelines reliant le Golfe, l’Irak, la Syrie, la Méditerranée et la mer Rouge gagneront en importance.
Quant à l’Iran, il devra choisir entre deux stratégies. Il peut poursuivre l’escalade, frapper les bases américaines et menacer les routes énergétiques, au risque d’accélérer la destruction de ses propres infrastructures et son isolement régional. Ou il peut rechercher une nouvelle négociation, en espérant préserver une partie de ses capacités militaires et nucléaires avant que le rapport de force ne lui devienne encore plus défavorable.
Des propositions de cessez-le-feu continuent de circuler et le Pakistan pourrait reprendre son rôle de médiateur. Mais la diplomatie est désormais soumise aux événements militaires et à la capacité des différents acteurs à imposer leurs conditions. La guerre a donc déjà produit une conséquence durable: elle a effacé la frontière entre le conflit iranien et la sécurité de l’ensemble du Moyen-Orient.
Les pays du Golfe et la Jordanie ne peuvent plus rester à distance. Israël n’agit plus dans un environnement régional entièrement hostile. Les États-Unis ne mènent plus une opération limitée. Et l’Iran ne peut plus utiliser les infrastructures, les détroits et les pays voisins comme des instruments de pression sans provoquer la formation d’un front opposé plus large.
Le Moyen-Orient qui émergera de cette guerre sera probablement plus militarisé, davantage intégré sur le plan défensif et toujours plus dépendant de la protection de ses routes énergétiques. En isolant progressivement la côte iranienne de l’arrière-pays, Washington cherche à réduire la capacité militaire de Téhéran autour d’Ormuz. Mais cette stratégie touche aussi des périphéries arabes, baloutches et sunnites dont les relations avec le pouvoir central sont anciennes, complexes et parfois conflictuelles. La guerre pourrait donc fragiliser l’unité territoriale iranienne, sans garantir pour autant que ces populations considèrent les États-Unis ou Israël comme des libérateurs. La question n’est donc plus seulement de savoir qui remportera la prochaine série de frappes. Elle est de savoir quelle architecture régionale survivra à la guerre.
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Sources principales
• Reuters
• CENTCOM
• Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA)
• Communiqués officiels des gouvernements concernés






