Accueil / Focus / À Paris, le soft power des puissances étrangères prospère: l’exemple de l’Asie

À Paris, le soft power des puissances étrangères prospère: l’exemple de l’Asie

Holi 2026 au Jardin d’Acclimatation à Paris.

Au printemps 2026, Paris s’affirme comme un terrain privilégié du rayonnement culturel asiatique. Portée par des diplomaties culturelles efficaces et des diasporas dynamiques, l’Asie de l’Est et du Sud y déploie une influence croissante, qui dépasse largement le cadre festif pour s’inscrire dans une logique d’influence politique et culturelle assumée.

L’Inde s’installe dans la durée

Le 31 mai, le Jardin d’Acclimatation, géré par le groupe LVMH, accueillait une célébration du Holi en présence de l’ambassadeur d’Inde en France. L’événement a été l’occasion d’une double annonce: l’organisation prochaine d’une fête Diwali dans ce même lieu, et l’officialisation du Swami Vivekananda Cultural Center (SVCC), nouveau centre culturel indien placé sous la tutelle de l’ICCR, organisme rattaché au ministère indien des Affaires étrangères. Un signal clair de la volonté de New Delhi d’ancrer durablement sa présence culturelle à Paris.

La Chine, entre diaspora et diplomatie universitaire

Du côté chinois, la stratégie repose sur deux leviers complémentaires. D’un côté, la diaspora et ses associations animent la vie culturelle parisienne: célébration du Nouvel An lunaire dans le 13ᵉ arrondissement, ateliers de calligraphie, promotion du Hanfu. De l’autre, une diplomatie universitaire assumée, illustrée par le salon des universités chinoises organisé à l’INALCO le 6 juin, où de grandes institutions, dont la prestigieuse université Tsinghua, fréquentée par Xi Jinping, actuel secrétaire général du Parti communiste chinois, cherchaient à attirer de futurs étudiants étrangers. Le Centre Culturel de Chine, lui, multiplie les efforts pour attirer des nouveaux apprenants à leurs cours de mandarin, transformant l’apprentissage de la langue en vecteur d’adhésion culturelle.

Le 13ᵉ arrondissement, épicentre d’une visibilité croissante

Ce bouillonnement trouve un ancrage territorial fort dans le 13ᵉ arrondissement, devenu une véritable destination culturelle. Aux communautés chinoises s’ajoutent d’autres présences asiatiques, comme la communauté vietnamienne qui investira la rue le 27 juin pour un défilé traditionnel. Les réseaux sociaux amplifient cette visibilité, faisant de ces quartiers des vitrines spontanées du soft power asiatique.

Les centres culturels, outils d’influence assumés

C’est toutefois dans les centres culturels que la dimension politique du soft power se révèle le plus clairement. Le Centre Culturel Coréen est ainsi particulièrement actif cette année, dans le cadre des 140 ans des relations franco-coréennes, rythmées par des événements diplomatiques de premier plan comme la visite d’Emmanuel Macron à Séoul en avril ou encore la présence de Lee Jae-myung au G7 d’Évian en juin.

Le Centre Culturel Japonais a quant à lui marqué les esprits fin 2025 avec une exposition consacrée à Isao Takahata, co-fondateur des studios Ghibli, conjuguant rayonnement artistique et attractivité grand public.

Mais le phénomène dépasse l’Asie. Dans un contexte géopolitique instable, les centres culturels s’imposent comme des espaces de dialogue indispensables. Le centre Pouya, dédié à la culture persane, illustre cette tendance avec discrétion mais efficacité, proposant concerts, conférences et ateliers dans un contexte iranien particulièrement sensible. Jusqu’à la Mission bretonne à Paris, centre consacré à une culture régionale, qui rappelle que le soft power n’est pas réservé aux grandes puissances: toute identité culturelle peut chercher à rayonner et à se pérenniser par ce biais.

À Paris, ces institutions culturelles forment ainsi un écosystème d’influence discret mais structuré, où langue, art et diplomatie se conjuguent au service d’intérêts bien réels.

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *