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Avec la mondialisation, le crime se délocalise

Article écrit avec IA.

Les homicides reculent dans le monde, mais la criminalité organisée prospère. Dans un rapport publié en septembre, l’UNICRI (Institut interrégional de recherche des Nations Unies sur la criminalité et la justice) décrit un crime qui se déplace des rues vers les ports, les zones franches et les écrans, face à des États qui répondent par la force et la surveillance.

Le taux mondial d’homicides est passé de 5,9 pour 100 000 habitants en 2015 à 5,2 en 2023, et pourrait baisser d’un quart d’ici 2030. Pourtant, le rapport « Crime and Justice in a Changing World », que vient de publier l’Institut interrégional de recherche des Nations Unies sur la criminalité et la justice (UNICRI), dresse un tableau bien plus sombre. Bilan de neuf études régionales menées depuis 2025, il décrit un monde où le crime recule d’un côté et explose de l’autre. Pas de contradiction, assurent ses auteurs : le profit criminel a simplement changé d’adresse. Il se fabrique moins dans la prédation locale que sur les marchés transnationaux, dans la fraude en ligne et dans l’exploitation du commerce légal.

Deux régions, deux tiers des victimes

La moyenne mondiale masque de fortes inégalités. L’Amérique latine et les Caraïbes, ainsi que l’Afrique subsaharienne, concentrent à elles seules environ les deux tiers des victimes d’homicide de la planète. Dans ces régions, la violence est souvent nourrie par les gangs et les groupes criminels transnationaux. Ailleurs, la criminalité « classique » (vols, agressions) baisse. Mais le trafic de drogue, la cybercriminalité, les crimes environnementaux, la traite des êtres humains et le trafic de migrants progressent.

Le trafic de cocaïne, d’héroïne ou de méthamphétamine n’est plus qu’un point de départ. Les cartels latino-américains se sont étendus à l’agriculture, aux mines, à la pêche ou à la vente d’alcool et de cigarettes. En Océanie, des gangs de motards touchent à la drogue, à l’extorsion, aux jeux clandestins et à la traite. En Europe, Europol estime qu’environ 18 % des réseaux criminels sont « polycriminels ».

Les cartels de Sinaloa et du CJNG mexicains ont même adopté, selon des analystes cités, une « politique étrangère » : ils nouent des liens avec des courtiers et des responsables corrompus pour ouvrir de nouvelles routes, comme le ferait un État avec ses partenaires commerciaux.

Cambodge : quand le crime pèse jusqu’à 60 % du PIB

Le rapport parle de « zones de convergence » : des territoires où des opportunités criminelles, une supervision absente et des réseaux organisés se rencontrent. L’exemple le plus spectaculaire se trouve en Asie du Sud-Est, dans certaines zones du Laos, du Cambodge et du Myanmar, souvent des zones économiques spéciales. Des milliers de personnes y sont victimes de traite et forcées de mener des arnaques en ligne, dont les fameuses escroqueries sentimentales aux faux investissements, dites « pig butchering », et des fraudes aux cryptomonnaies.

Au Cambodge, les revenus illicites liés à ces activités et aux jeux clandestins sont estimés entre 12,5 et 19 milliards de dollars par an, soit jusqu’à 60 % du PIB. L’économie criminelle, note le rapport, a « commencé à dépasser » l’économie légale. Et le modèle s’exporte : il a déjà été observé en Afrique australe.

Ports, mines, immobilier : le commerce légal infiltré

C’est le fil rouge du rapport : la frontière entre marchés légaux et illégaux s’efface. Les ports d’Anvers, du Cap ou de Guayaquil sont ciblés par des réseaux qui y placent des complices pour faire passer la cocaïne. Au Sahel, des groupes terroristes préfèrent « taxer » le passage des motos, du carburant, de l’or et de la drogue plutôt que de les trafiquer. En Haïti, les gangs visent les zones commerciales par où transitent les marchandises. L’immobilier et la construction servent à blanchir l’argent de la drogue et de la corruption, de l’Océanie à l’Afrique de l’Ouest. Les conséquences dépassent la sécurité. Quand les trafiquants empruntent de nouvelles routes, les pays de transit deviennent des pays de consommation. L’Océanie, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe voient grimper l’addiction, alors qu’elles ont le moins de moyens d’y faire face.

Le crime à bas prix

La technologie a fait chuter le ticket d’entrée. Intelligence artificielle générative, « cybercriminalité en tant que service », drones du commerce, messageries chiffrées, actifs numériques : un groupe criminel n’a plus besoin d’être sophistiqué pour frapper à grande échelle.

L’ampleur des dégâts reste difficile à chiffrer. Les estimations du coût de la cybercriminalité vont de 172 milliards de dollars en 2017 à 8 000 milliards en 2021, jusqu’à 10 500 milliards pour 2025. Sur les seules arnaques, l’Alliance mondiale contre les arnaques indique que 57 % des adultes interrogés dans 42 pays en ont subi une, et que 23 % ont perdu de l’argent sur douze mois.

L’addition globale est vertigineuse : l’impact économique de la violence atteint 21 800 milliards de dollars en 2025, soit 10,5 % du PIB mondial. En Amérique latine, le crime coûte 3,44 % du PIB, l’équivalent de 78 % des dépenses d’éducation de la région.

Des États qui serrent la vis

Face à cela, les gouvernements durcissent le ton. L’UNICRI parle d’un consensus d’après-guerre froide, celui d’une police respectueuse des droits et de l’État de droit, qui « s’effiloche ». Police militarisée, armée déployée contre le crime, prisons plus punitives, détention provisoire en hausse : la sécurité prend le pas sur les libertés.

Les mineurs sont en première ligne. Plusieurs pays d’Océanie, d’Asie de l’Est et d’Amérique latine ont abaissé l’âge de la responsabilité pénale, alors que les travaux cités ne montrent pas d’effet dissuasif. Sur la migration, le rapport souligne que la recherche trouve peu de lien avec la criminalité, mais que les perceptions du public se sont durcies et nourrissent des politiques de plus en plus sécuritaires.

La surveillance suit : lecteurs de plaques, caméras à IA, reconnaissance faciale. Le rapport pointe un décalage : les États s’équipent plus vite qu’ils ne se dotent de garde-fous. Il cite le risque d’erreurs dans des rapports de police rédigés par IA, ou celui d’une police prédictive qui supplanterait la police de proximité.

Chacun pour soi, ou presque

La coopération internationale se fragmente. Les fournisseurs d’aide à la réforme de la justice (formation, équipements, technologies) se multiplient, avec des modèles de police différents. Pour les pays bénéficiaires, c’est plus de choix et moins de dépendance. Mais le socle commun, fait des normes onusiennes comme les Règles Nelson Mandela, s’effrite.

La coopération entre États devient plus « transactionnelle », dictée par des intérêts économiques ou commerciaux plus que par la lutte contre le crime. Les organisations régionales comblent en partie le vide. En Afrique de l’Ouest, un réseau de procureurs a traité plus de 1 000 demandes d’entraide judiciaire entre 2013 et 2023, même si les affaires aboutissent rarement.

Cinq angles, une même mécanique

Le rapport éclaire ces tendances par cinq thèmes transversaux.

Conflits et terrorisme. Les groupes armés vivent d’économies illicites : armes, or, enlèvements, bois, méthamphétamine. Les réponses uniquement militaires échouent souvent, car ces économies font vivre des communautés entières, comme la contrebande de migrants au Sahel.

Environnement. Le climat ne crée pas directement le crime, mais la pauvreté, les déplacements et la rareté des ressources lui offrent un terrain fertile. Des pêcheurs privés de ressources basculent dans le trafic de drogue ou de migrants.

Villes. L’urbanisation n’est pas criminogène en soi : tout dépend de la gouvernance et des inégalités. Le rapport salue des initiatives municipales, comme Alto al Fuego à Mexico ou la baisse des homicides à São Paulo, liée à une police fondée sur les données, à des restrictions sur les armes et à la prévention.

Violences de genre. Elles s’aggravent dans les conflits et sur les routes migratoires. Les statistiques sous-estiment largement la réalité, et le harcèlement en ligne et les deepfakes sexuels explosent, notamment en Corée du Sud et en Chine.

Jeunesse. Les groupes armés recrutent des enfants : 371 ont été vérifiés en Colombie en 2025, près de 900 en Haïti. En Équateur, le taux d’homicide des enfants et adolescents a bondi de 640 % entre 2019 et 2023.

Des chiffres à manier avec prudence

L’étude assume ses limites. Seuls 9 des 18 instituts du réseau onusien de prévention du crime ont répondu, soit 50 %. Elle repose sur 26 entretiens, deux contributions écrites et plus de 300 sources, dont des articles de presse quand les données manquaient. La couverture reflète donc la disponibilité des experts plus que la réalité du crime : l’Europe et l’Afrique du Nord sont moins représentées, et l’Asie centrale et méridionale, plus d’un quart de la population mondiale, n’a aucun institut dans le réseau. Les définitions et les statistiques varient d’un pays à l’autre, ce qui rend les comparaisons fragiles.

Et maintenant ?

L’UNICRI ne propose pas de recettes mais cinq pistes de recherche : comment les modèles criminels se propagent d’une région à l’autre ; quand et où se forment les zones de convergence, et peut-on les défaire avant qu’elles ne s’installent ; quels effets à long terme a la « sécuritisation » sur la criminalité et la légitimité des institutions ; ce que change une coopération plus transactionnelle ; et comment la réforme multipolaire de la justice transforme les pratiques sur le terrain

Lire le rapport complet ici:

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