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«Power», les commandements du pouvoir

Dans sa récente édition de luxe parue l’an dernier chez Alisio, une maison spécialisée notamment dans le développement professionnel, Power de Robert Greene est doté d’une sobre et solide reliure noire aux angles arrondis. Son papier est flatteur au toucher. La mise en page s’avère très aérée malgré des marges parfois remplies de renvois à des multiples sources textuelles. Les folios sont dorés sur tranche et un signet de tissu rouge agrémente l’avancée de la lecture. Ainsi paré, Power signifie bien ce que l’ouvrage veut être: une bible. Une bible du pouvoir.

Power s’apparente à un fécond vademecum du pouvoir que l’auteur a découpé selon un corpus
de 48 lois qu’il détaille et nourrit d’exemples. De «Ne surpassez jamais le maître» à «Soyez fluide»,
Robert Greene théorise et synthétise une réflexion qui fait de son travail un sorte de manuel à la fois stratégique et tactique. Son vaste propos ambitionne de synthétiser tout ce qui a pu être écrit sur l’art d’exercer le pouvoir,  tout en tentant d’alerter sur la fascination et le vertige de la toute-puissance qui peut saisir celui s’en sert. 

Le sens de la manoeuvre, le cynisme, le goût de la réussite constituent quelques un des ressorts  essentiels pour atteindre son but. En comparant par exemple les destinées de Nikola Tesla et de Rubens, Greene montre comment la fin justifie les moyens. Et la manipulation n’est jamais très loin. Déployer ses ailes pour fondre sur le pouvoir ou sur une forme de pouvoir, c’est être capable de passer de la stratégie du coucou en faisant son nid chez les autres à celle du rapace qui s’empare comme d’une proie d’une idée, d’un concept. De loi en loi, cet ouvrage qui dit comment être prêt à tout conseille aussi d’avancer masqué, en dissimulant ses intentions, en parlant  le moins possible mais en sachant aussi raison garder pour savoir s’arrêter, notamment dans l’euphorie de la victoire.

Ce livre éminemment politique s’apparente aussi à un implacable traité de management car dans toute structure s’épanouit un monde tissé d’intrigues, de vrais mensonges et de fausses vérités. Pour aider l’entreprenant, l’arriviste, l’audacieux ou l’intrigant o à garder son cap, l’auteur puise beaucoup d’exemples dans l’histoire de France. Ainsi Talleyrand s’érige en courtisan modèle qui parvient à préserver une grande liberté d’action sous cinq régimes différents. Tandis que Nicolas Fouquet s’est brûlé les ailes à vouloir impressionner le jeune Louis XIV. Côté féminin, Catherine de Médicis ou Diane de Poitiers incarnent une intelligence stratégique qui leur a permis de conserver un libre accès à certains leviers de commande et de détenir, dans l’ombre, une énorme influence.

Cet ouvrage paru aux États-Unis au siècle dernier n’est pas en mesure de prendre en compte l’influence de l’intelligence artificielle dans sa réflexion. Mais la vraie intelligence de l’ambitieux, c’est aussi celle de savoir s’adapter à son temps tout en sachant que c’est probablement dans les vieilles marmites que se concocte la «meilleure» des tambouilles politiques si l’on s’en réfère, comme l’auteur, à Sun Tzu, Jules César ou  Machiavel.

Âmes sensibles attention. Le pouvoir ne se donne à ceux qui le désirent le plus, quitte à s’en emparer ou à l’usurper. Power est donc un livre de combat qui ne s’étouffe pas de morale ni ne s’embarrasse de scrupules. Et de ce côté-là également, on peut trouver matière à réflexion.

Lire Power, c’est finalement être moins naïf!


«Power» par Robert Green, Éditions Alisio, octobre 2025, 480 pages.

Une phrase: «Personne ne réclame moins de pouvoir, tout le monde en veut davantage.»

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