
L’assaut du Hamas et de ses alliés a fait environ 1 200 morts et emporté 251 otages vers Gaza. Trois ans après, les défaillances sécuritaires sont documentées, mais les responsabilités politiques attendent toujours une enquête indépendante. Dans les kibboutzim ravagés, la vie reprend à des rythmes différents, avec une confiance encore fragile.
À Kfar Aza, les jardins d’enfants ont rouvert le 1er septembre. À Nahal Oz, un concert a accompagné, en mai, la renaissance du pub communautaire. À Nir Oz, la majorité des anciens habitants n’était toujours pas revenue à la fin août. Ces situations donnent la mesure du troisième anniversaire du 7 octobre : des communautés recommencent à vivre, tandis que beaucoup de survivants cherchent encore où et comment retrouver un foyer. [1–3]
Leur avenir dépend des logements, des services et du travail, mais aussi de la possibilité de se sentir protégés sur les lieux où cette protection a brutalement disparu. La reconstruction rejoint ainsi la question des responsabilités. Comprendre pourquoi l’État a échoué demeure une exigence des familles et une condition de la confiance à rétablir.
Un assaut contre les militaires et les civils
Le 7 octobre 2023, une attaque coordonnée frappe le sud d’Israël. Les assaillants franchissent la frontière de Gaza et attaquent des bases, des localités et le festival de musique Nova. La branche armée du Hamas, les Brigades al-Qassam, conduit l’opération. Les Brigades al-Qods du Jihad islamique palestinien y participent, avec d’autres groupes armés dont Human Rights Watch a identifié la présence. [4] Le rapport de la commission d’enquête de l’ONU mentionne également la participation de certains habitants de Gaza, aux côtés des groupes armés. [16]
Des civils sont tués chez eux, sur les routes ou pendant leur fuite. Des maisons sont incendiées et des familles enlevées. Le bilan couramment retenu par Reuters reste d’environ 1 200 morts, en majorité des civils, et de 251 personnes emportées vers Gaza, parmi lesquelles des enfants, des personnes âgées, des ressortissants étrangers et des militaires. Le bilan de l’attaque et celui des décès survenus ensuite en captivité doivent être distingués. [5]
Dans son enquête sur l’assaut du 7 octobre, Human Rights Watch qualifie les meurtres de civils et les prises d’otages de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Cette documentation permet de rappeler la nature des actes sans reprendre les récits non vérifiés qui ont circulé après l’attaque. [4]
Les violences sexuelles nécessitent la même précision. La mission de l’ONU conduite par Pramila Patten a conclu, en mars 2024, à l’existence de motifs raisonnables de croire que des violences sexuelles, dont des viols, avaient été commises sur plusieurs sites. Elle a aussi recueilli des informations claires et convaincantes sur des violences sexuelles subies par certains otages. La mission demandait des investigations supplémentaires. [6]
Des enquêtes sécuritaires déjà conduites
Les défaillances israéliennes font l’objet de travaux substantiels. Présentée en février 2025, l’enquête militaire reconnaît l’échec à protéger les civils. Elle souligne la sous-estimation des capacités du Hamas et une dépendance excessive envers le renseignement, les barrières et les moyens défensifs. Les commandants n’avaient pas identifié de menace suffisamment urgente pour renforcer la frontière avant l’assaut. [7]
Les enquêtes locales complètent ce constat. À Be’eri, l’armée a reconnu qu’elle n’avait pas rempli sa mission de protection. Son rapport met aussi en évidence le rôle des habitants et de l’équipe civile de défense dans les premières heures. Ces investigations éclairent des séquences précises, y compris les conditions d’arrivée et d’engagement des forces, sans constituer à elles seules une enquête sur toute la politique de sécurité. [8]
Le Shin Bet, service de sécurité intérieure, a publié ses propres conclusions en mars 2025. Il reconnaît avoir échoué à fournir l’alerte nécessaire. Le résumé public évoque notamment une mauvaise exploitation des plans d’invasion connus, des responsabilités insuffisamment définies entre services et des signaux reçus dans la nuit du 6 au 7 octobre qui n’ont pas entraîné de mesures significatives. Une partie des conclusions reste classifiée. [9]
Ces travaux portent sur des institutions qui examinent leurs propres décisions. Ils permettent de tirer des leçons opérationnelles, mais laissent entière la nécessité d’une investigation transversale : comment les informations ont-elles circulé, quelles décisions ont été prises, et comment les choix politiques ont-ils influencé l’appréciation de la menace ?
La responsabilité politique demeure disputée
Trois ans après l’assaut, une commission d’État indépendante n’a toujours pas été établie pour examiner l’ensemble des responsabilités. Benjamin Netanyahu s’oppose à ce dispositif, dont la création est réclamée par des familles et par ses adversaires politiques. Le débat concerne autant les faits à établir que l’indépendance des personnes chargées de les examiner. [10]
Le 7 juillet 2026, la Knesset a adopté en première lecture un projet de commission dite « nationale d’État ». Il prévoit un mécanisme parlementaire de désignation des membres, reposant sur un accord large ou sur une répartition entre coalition et opposition. Cette étape législative ne vaut ni installation d’une commission ni publication de conclusions. [11]
L’Israel Democracy Institute critique cette formule et souligne sa différence avec une commission d’État dont les membres sont désignés par le président de la Cour suprême. Selon l’institut, la nomination politique et la définition du mandat risquent de compromettre l’indépendance de l’enquête. Les promoteurs du projet présentent, pour leur part, la représentation des deux camps comme une garantie de confiance. [11–12]
Les défaillances reconnues des services israéliens ne réduisent en rien la responsabilité des auteurs des massacres. L’enquête interne poursuit un autre objectif : déterminer pourquoi les dispositifs de prévention et de secours ont échoué, et qui devait décider de leur adaptation.
Les kibboutzim retrouvent une vie inégale
À Kfar Aza, un reportage publié le 26 septembre fait état d’environ 50 familles revenues sur quelque 300 foyers d’avant-guerre. Les jardins d’enfants rouvrent, mais 30 à 40 % des familles hésitent encore, tandis que 10 à 15 % annoncent qu’elles ne reviendront pas. La direction espère le retour d’environ 70 % des habitants d’ici la fin de 2027, sous réserve de la situation sécuritaire. [1]
Le traumatisme influence aussi l’aménagement. Le devenir du quartier des jeunes, ravagé lors de l’attaque, divise la communauté. Certains veulent préserver les traces ; d’autres souhaitent dégager l’espace pour reconstruire. Des familles endeuillées ont contesté en justice le projet de déplacement de bâtiments vers un mémorial extérieur. Le lieu de vie reste également un lieu de mémoire. [1]
À Nir Oz, le président du kibboutz, Tzvi Tessler, expliquait fin août que beaucoup d’anciens habitants ne pourraient pas revenir, même s’ils le souhaitaient. Il reliait cette difficulté au traumatisme et exprimait ses inquiétudes sur la protection de la frontière. La peur d’une nouvelle intrusion s’ajoute ainsi, dans son témoignage, au souvenir de l’attaque. [2]
À Be’eri, un reportage publié le 6 octobre évoque une centaine de personnes vivant à nouveau sur place, tandis que de nombreux habitants restent à Hatzerim ou ailleurs. Le secrétaire de Be’eri décrit aussi des familles dont un membre veut revenir, tandis qu’un autre ne peut envisager d’y dormir ; des psychologues les accompagnent dans ces choix. À Nahal Oz, la réouverture du pub communautaire illustre une autre étape : retrouver un endroit pour se rencontrer, écouter de la musique et célébrer ensemble. Ces signes de reprise ne permettent pas de conclure que les blessures psychiques se sont refermées. [3,13]
Des traumatismes qui demandent un suivi prolongé
Les recherches confirment la diversité des trajectoires. Une étude portant sur 392 rescapés du festival Nova relève que 54,6 % de cet échantillon présentent, durant la première année, des symptômes durablement élevés ou en aggravation. D’autres participants s’améliorent ou conservent des niveaux plus faibles. Ce chiffre décrit les personnes suivies, à cette période ; il ne mesure pas l’état de tous les rescapés trois ans après. [14]
Une étude longitudinale publiée en 2026 suit 680 adultes israéliens, juifs et arabes, avec une mesure antérieure à l’attaque. La proportion présentant un stress post-traumatique probable passe de 16,1 % avant le 7 octobre à 29,8 % un mois après, puis à 19,7 % au terme de 27 mois. La détresse diminue donc dans cet échantillon, avec des vulnérabilités persistantes chez les personnes les plus exposées. [15]
Il s’agit de résultats de dépistage, et non de diagnostics individuels. Ils concernent l’attaque et la guerre prolongée qui a suivi. Ils ne doivent être assimilés ni à un bilan spécifique des kibboutzim ni à une photographie clinique au troisième anniversaire. Les travaux sur Nova soulignent notamment l’association entre troubles du sommeil et trajectoires défavorables, ainsi que la nécessité d’un accompagnement durable. [14–15]
La reconstruction devra donc se juger aussi à la continuité des soins et à la possibilité, pour chaque famille, de choisir son lieu de vie. Revenir peut exprimer un attachement profond à la communauté ; rester ailleurs peut être nécessaire pour retrouver un quotidien supportable. Une rentrée scolaire ou une soirée collective marque une avancée réelle, sans fixer un calendrier de guérison.
Le troisième anniversaire pose cette double exigence : établir les responsabilités avec une enquête crédible et permettre aux survivants de reconstruire leur existence. Les chantiers rendent des maisons habitables. La confiance dans la protection de l’État dépendra aussi des réponses apportées sur le 7 octobre.
Le 7 octobre a aussi déclenché une guerre dont les conséquences ont été catastrophiques pour la population civile de Gaza. La campagne militaire menée par Israël a ravagé le territoire ; les déplacements répétés et les privations ont bouleversé la vie de ses habitants. Début octobre, l’ONU décrit encore une situation sanitaire critique, des pénuries de médicaments et des difficultés d’accès à l’eau potable. [17]
Reconnaître cette catastrophe, comme les souffrances des victimes du 7 octobre, impose de rechercher les responsabilités propres à chaque acteur. La protection des civils demeure une obligation pour tous les belligérants.
Mots-clés :
Repères éditoriaux et sources
[1] Ynet, 26 septembre 2026 — Retours à Kfar Aza et devenir du quartier des jeunes
[2] The Jerusalem Post, 28 août, actualisé le 29 août 2026 — Nir Oz et le retour des habitants
[3] The Times of Israel, 23 mai 2026 — Réouverture du pub de Nahal Oz
[4] Human Rights Watch, 17 juillet 2024 — Groupes participants et crimes documentés
[5] Reuters, 7 octobre 2026 — Bilan et troisième anniversaire
[6] ONU, 4 mars 2024 — Rapport de la mission de Pramila Patten
[7] Reuters, 27 février 2025 — Conclusions de l’enquête militaire
[8] Armée israélienne — Enquête sur la bataille de Be’eri
[9] The Times of Israël, 4 mars 2025 — Résumé public de l’enquête du Shin Bet
[10] The Jerusalem Post, 29 septembre 2026 — Absence de commission d’État
[11] Knesset, 7 juillet 2026 — Projet adopté en première lecture
[12] Israel Democracy Institute, 24 décembre 2025 — Comparaison des dispositifs d’enquête
[13] JNS, 6 octobre 2026 — Reconstruction et présence d’habitants à Be’eri
[14] Étude scientifique, 2026 — Trajectoires de symptômes chez 392 survivants de Nova
[15] eClinicalMedicine, 2026 — Suivi de 680 adultes pendant 27 mois
[16] ONU, 27 mai 2024 — Rapport de la commission d’enquête sur les attaques et la guerre
[17] OCHA, rapport du 2 octobre 2026 — Situation humanitaire à Gaza
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