
Fresque de soutien au «Rojava, Kurdistan libre»photographié à Athènes en Grèce.
Lâchés par les Etats-Unis, les Kurdes qui ont combattu Daech lors de l’offensive des djihadistes en Irak et en Syrie en 2014 avec le soutien logistique et aérien des Américains et d’autres pays occidentaux, se retrouvent douze ans plus tard, seuls, face à la volonté du nouveau pouvoir islamiste de Damas d’unifier le territoire syrien sous l’autorité d’un Etat central et de la Turquie, hostile à une force et à un embryon d’autonomie kurde à sa frontière. Leur rêve d’une indépendance du Rojava, le terme qui désigne le territoire syrien sous leur autorité, s’éloigne, voire s’évanouit.
Le déclenchement de cette déroute des Kurdes syriens a été précédé par les déclarations de Thomas Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé en Syrie du président Donald Trump, qui signait le lâchage de l’allié américain. Pour Thomas Barrack, «l’objectif initial des FDS en tant que principale force anti-Etat islamique sur le terrain a largement expiré».
La situation des kurdes aujourd’hui est une nouvelle manifestation du peu de crédit à apporter à une alliance avec Washington sous administration trumpiste.
Ce revirement au nom de la stabilisation de la région sonne comme une nouvelle manifestation du peu de crédit à apporter à une alliance avec Washington sous administration trumpiste. L’envoyé spécial du président américain ajoutait que «le gouvernement syrien assumerait désormais la responsabilité des prisonniers restants de l’État islamique», jusqu’ici gardés prisonniers par les FDS. A cela s’ajoute le départ contraint des forces kurdes qui avaient le contrôle du plus grand camp de prisonniers, le camp d’Al-Hol, afin de défendre leurs positions menacées par l’offensive de l’armée gouvernementale syrienne.
Quelques 9 000 insurgés et 30 000 membres de leur famille sont détenus dans ces camps, soumis à des traitements inhumains dénoncés par l’. La défaite des FDS aurait déjà conduit à l’évasion de combattants salafistes (de 200 à 1500 selon les sources), suscitant de la part des capitales occidentales des craintes de nouvelles vagues d’attentats meurtriers sur leur sol avec le retour de djihadistes nationaux partis combattre au levant.
Après une semaine de combats , les forces du nouveau gouvernement syrien, dirigé par Ahmed al-Sharaa, ont pris le contrôle de 80% du territoire tenu par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les Kurdes du nord-est de la Syrie. Cette défaite s’explique en partie par la défection des membres des tribus arabes au sein des FDS dès les premiers combats, selon Fabrice Balanche, géographe expert de la région.
Les factions islamistes de l’armée nationale syrienne, financées et équipées par la Turquie et les anciens djihadistes de Hayat Tahrir el-Cham qui forment la nouvelle armée syrienne ont multiplié les humiliations, coupant les nattes des combattantes kurdes ou obligeant les hommes à aboyer comme des chiens (pire insulte en terre d’islam) lors de l’offensive sur le territoire tenu par les FDS.
La fiction d’un Occident soutien des kurdes laïques et nationalistes pour la plupart, vole en éclats.
Pourtant, un accord a été signé le 27 janvier à Damas entre le président syrien Ahmed al-Sharaa et le commandant des FDS, Mazloum Abdi. Ce dernier affirme que les forces de l’armée syrienne «ne seraient pas stationnées dans les villes kurdes et que la gouvernance resterait entre les mains des populations locales». Il a indiqué qu’«un comité mixte serait formé entre les deux parties pour réorganiser les institutions civiles et administratives, notamment la province d’Hassaké et l’aéroport de Qamichli» et dit avoir l’assurance que «l’armée syrienne n’entrerait dans aucune ville ni zone kurde, en particulier à Kobané et dans la région de Jazira» et que «la défense et la sécurité dans ces zones resteraient entièrement sous le contrôle des FDS».
Les massacres commis par des milices djihadistes liés au pouvoir ou toléré par lui à l’ouest de la Syrie contre les alaouites, qui ont soutenu le pouvoir d’un des leurs, Bachar el-Assad ou ceux des Druzes au sud, ont de quoi inquiéter les Kurdes quant à la fiabilité des promesses de concorde nationale du nouveau pouvoir syrien. Et font craindre que cet accord ne soit qu’un gain de temps ou un leurre.
Certains cadres des FDS estiment que l’occupation de territoire à population arabe majoritaire, comme Raqqa, qui fut entre 2014 et 2017 sous contrôle de l’État islamique, aura finalement abouti à la situation d’aujourd’hui où des villes à majorité kurde se retrouve soumises aux djihadistes d’Hayat Tahrir el-Cham, défilant index levé (le signe de ralliement salutiste) dans leurs 4×4 pick-up à Hassaké.
Avec cette affirmation d’autorité des nouveaux maîtres de Damas en territoire kurde et le lâchage des Américains, la fiction d’un Occident soutien du peuple kurde laïc et nationaliste vole en éclats. Cela n’empêchera cependant pas les déclarations pleine d’empathie des dirigeants européens et des manifestations de solidarités avec le peuple kurde dans les villes d’Europe.



