
Un an après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a profondément redessiné les équilibres internationaux. En Europe, les réactions oscillent entre indignation et sidération, révélant avant tout une impuissance stratégique. Trump est critiqué en permanence, mais aucune vision alternative crédible n’est proposée, car l’Europe n’a pas la capacité de renverser le rapport de force. L’émotion domine le débat, mais elle masque une réalité centrale : les États-Unis ont repris l’initiative, tandis que l’Europe demeure dépendante et hésitante.
Le tournant majeur de cette première année ne réside pas seulement dans le style brutal de Trump, mais dans sa transformation doctrinale. Élu sur une ligne anti-interventionniste, il a pourtant démontré sa volonté d’agir sur plusieurs théâtres, du Venezuela à l’Iran, en passant par Cuba et même le Groenland. Il ne s’agit pas d’un retour au messianisme américain ni à l’exportation de la démocratie, mais d’un interventionnisme sécuritaire, conçu comme une extension de la protection du territoire américain au-delà de ses frontières. Le renversement de Nicolás Maduro en constitue l’exemple le plus frappant : Washington ne l’a pas traité comme un chef d’État légitime, mais comme le centre d’un réseau de narcotrafic représentant une menace directe pour les États-Unis.
Trump est obsédé par la souveraineté matérielle : énergie, minerais critiques, routes commerciales, technologies. Cela explique ses initiatives en Amérique latine et dans l’Arctique.
Dans ce contexte, une nouvelle grammaire stratégique a émergé, souvent qualifiée de « doctrine Donroe ». Trump a réactivé la logique de la doctrine Monroe, mais dans une version plus coercitive et transactionnelle : réaffirmer une sphère d’influence dans l’hémisphère occidental et empêcher la Chine, la Russie et l’Iran de s’y implanter durablement. Le Venezuela, Cuba et même le Groenland s’inscrivent dans ce cadre. Trump agit au nom de la sécurité nationale, quitte à bousculer le droit international et à inquiéter ses alliés.
Contrairement aux caricatures, Trump n’est pas un président passif. Il gouverne par chocs administratifs, pression économique et démonstrations de force. Ce tempo creuse un fossé croissant avec l’Europe, qui peine à suivre. Il n’installe pas une dictature, mais un mode de gouvernance fondé sur la fermeté, qui trouve un écho puissant auprès de sa base, notamment sur l’immigration et la lutte contre les cartels de drogue. La relation transatlantique n’est plus un réflexe, mais un contrat. Trump ne financera plus la sécurité européenne ou celle de l’Ukraine si l’Europe ne prend pas sa part. Il veut des partenaires utiles, pas des dépendants.
Trump est obsédé par la souveraineté matérielle : énergie, minerais critiques, routes commerciales, technologies. Cela explique ses initiatives en Amérique latine et dans l’Arctique.
Sur le plan économique, il privilégie les droits de douane, les sanctions et l’armement du dollar plutôt que l’affrontement militaire. Son objectif est clair : réduire le déficit commercial et réindustrialiser l’Amérique. Cette ligne dure reste, pour l’instant, politiquement efficace. Sur le plan culturel, Trump mène une guerre contre ce qu’il perçoit comme l’hégémonie idéologique progressiste dans les universités et les médias. La lutte est autant civilisationnelle que géopolitique. L’identité américaine devient le prisme à travers lequel toutes les politiques, y compris la politique étrangère, sont interprétées.
Surtout, Trump est obsédé par la souveraineté matérielle : énergie, minerais critiques, routes commerciales, technologies. Même le dossier groenlandais s’inscrit dans cette logique de contrôle des ressources et des voies stratégiques. Il est également un unilatéraliste assumé. Pour lui, le multilatéralisme est coûteux et inefficace. Le renversement de Maduro illustre parfaitement cette posture : agir seul ou avec quelques partenaires, plutôt que rechercher un consensus international paralysant. Trump s’adresse aussi différemment au Sud global qu’à l’Europe. Là où Bruxelles moralise, Washington négocie des accords, des investissements et des dispositifs de sécurité. Cela ouvre des portes que les Européens peinent souvent à franchir. Enfin, Trump évite les guerres longues. Il privilégie des opérations ciblées, rapides et politiquement lisibles. C’est le cœur de son interventionnisme sécuritaire : neutraliser les menaces plutôt que remodeler des sociétés.
Pour l’Europe, l’enjeu est existentiel.
Après un an, le bilan est contrasté. Trump a renforcé la puissance américaine et repositionné les États-Unis au centre de la compétition technologique et industrielle. Mais il a aussi affaibli l’ordre multilatéral et éloigné certains alliés historiques. Le fait décisif demeure : l’Amérique ne cherche plus à sauver le monde, elle cherche à se sauver elle-même. Dans un environnement mondial de plus en plus dur et compétitif, Trump estime que l’inaction équivaut à la défaite.
Pour l’Europe, l’enjeu est existentiel. Peut-elle continuer à se réfugier derrière le multilatéralisme et le discours moral sans construire une véritable puissance militaire, énergétique et industrielle ? Si elle ne se dote pas de moyens crédibles, elle ne sera pas un acteur, mais un spectateur. Qu’on l’apprécie ou non, Trump force l’Europe à sortir de sa zone de confort. La question n’est plus de savoir s’il faut l’approuver, mais si l’Europe est prête à devenir réellement souveraine. Dans le monde qui vient, les principes sans la puissance ne suffiront plus.